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Publié le jeudi 5 novembre 2015 à 21h05min par Aurélie de Varax

Figeac. Les entrepreneurs sociaux, nouveaux pompiers des territoires sinistrés

Le Mouves, Mouvement des entrepreneurs sociaux, a lancé le 5 novembre à Figeac la première étape de son tour des solutions consacré à « l’emploi pour tous ». Rencontre avec Dominique Olivier, gérant des Fermes de Figeac et administrateur du Mouves.

Le Mouves, mouvement des entrepreneurs sociaux, a lancé hier à Figeac, la campagne "Ouvrons les possibles", un plaidoyer en faveur de l’entrepreneuriat social, quels sont les messages ?
Cette campagne est née d’un constat. Retisser le lien social, générer de l’emploi pour tous, permettre l’autonomie pour chacun, et réduire notre empreinte environnementale, sont quatre grands défis auxquels doit faire face notre société qui nous semblent parfois impossible à déverrouiller. Or, partout en France, des entrepreneurs sociaux innovent et développent des clés, des solutions à même de débloquer la situation. Celles-ci devraient être mieux connues du grand public d’une part, et plus valorisées auprès des pouvoirs publics et des entreprises classiques d’autre part. C’est dans cette optique que le Mouves lance cette campagne « Ouvrons les possibles ». Après l’étape d’hier à Figeac, des événements dans trois autres villes vont souligner l’importance de la co-construction avec les pouvoirs publics d’un côté et les entreprises classiques de l’autre pour permettre le changement d’échelle de ces solutions.

Pourquoi Figeac a t-elle été choisie comme ville pilote pour illustrer le thème de "l’emploi pour tous" ?
Nous avons souhaité intégrer une commune de milieu rural pour ouvrir aussi d’autres perspectives. C’est un territoire sur lequel il y a de l’emploi lié entre autre à l’aviation dans le cadre de Mecanic Vallée, mais nous sommes face à un défi : les entreprises ont du mal à pourvoir les postes et à les garder. Figeac avait 1500 emplois industriels il y a dix ans, en a 2500 aujourd’hui et voudrait en avoir 3500 dans cinq ans. Nous avons une population âgée et un problème de médecins, de crèches, de mobilité, de déclin agricole, d’emploi limité des conjoints etc. et les gens ne veulent pas rester. Comment rendre ce territoire attractif ? C’est par des actions transversales qu’on peut le faire. Or l’économie sociale et solidaire peut apporter des clés pour construire ces solutions. Si nous avons un territoire vivant avec des projets de qualité et qui donnent du sens aux gens, nous trouverons et garderons les compétences nécessaires.

Par exemple ? Quelles solutions des entrepreneurs sociaux ont-ils expérimenté pour créer des emplois et de l’attractivité sur leurs territoires ?
Prenons l’exemple du Groupe Archer à Romans. Une ville de 45.000 habitants, le paradis de la chaussure il y a quinze ans. En cinq ans, toutes les boites familiales sont vendues. 8000 licenciements, une pauvreté catastrophique. C’est alors que Christophe Chevalier à la tête d’une entreprise d’insertion qui s’appelle Archer mobilise une centaine d’acteurs du territoire avec un objectif : recréer de l’emploi. Petit à petit, la holding a lancé de nombreuses activités pour tendre vers l’objectif d’un travail pour tous : relance de la fabrication de chaussures haut de gamme, reprise d’une entreprise de transport, de maraîchage etc. Aujourd’hui 500 emplois équivalent temps plein ont été créés qui, par les services mis en place, recréent de l’attractivité.

Est-ce l’ambition que porte l’association FigeActeurs pour Figeac ?
Lancé par cinq acteurs du territoire dont les Fermes de Figeac et Regain, FigeActeurs est une association au service de notre territoire pour créer de nouvelles activités économiques, sociales et solidaires. Nous avons été labellisé PCTE, pôle territorial de coopération économique. C’est un bel outil, entériné par la loi de l’ESS de 2014. Nous menons plusieurs projets : le déploiement d’une recyclerie, une conciergerie d’entreprises pour des employés, une application mobile de covoiturage, l’aide au maraîchage, la création d’une plate-forme de crowdfunding et même la création d’un Fablab. Il pourrait être un lieu d’émergence où les jeunes viennent le soir et rencontrent des chefs d’entreprise, des ingénieurs, des chercheurs.

Quelle suite allez-vous donner à cette mobilisation à Figeac ?
C’est le boulot du PTCE : rebondir sur les propositions qui ont émané des débats. Avec les réductions budgétaires, nous ne pouvons plus compter sur les élus. Notre but est que les entreprises prennent aussi la main, participent au PCTE et expriment leurs besoins. Ce territoire n’existera demain que s’il crée de la valeur ajoutée.
Propos recueillis par Aurélie de Varax