ToulÉco Green

Publié le mercredi 2 avril 2014 à 22h44min par Virginie Mailles Viard

Les Fermes de Figeac inventent la coopération territoriale

Les Fermes de Figeac ont su dépasser les seuls enjeux agricoles pour prendre en compte l’avenir économique et environnemental de leur territoire. Le Lot est ainsi devenu une terre de référence pour tous ceux qui ont compris les atouts du modèle coopératif.

C’est sur la route qui le ramène du Jura dans le Lot, à Figeac, que Dominique Olivier répond à notre demande d’entretien. Dans la région qui a porté l’histoire et la création des premières coopératives, cet ingénieur agricole de formation, est venu partager l’expérience de la coopérative qu’il dirige, les Fermes de Figeac. Ce n’est pas la première fois que Dominique Olivier se rend sur les terres de Pontarlier, où les fruitières du Comté sont des piliers indispensables du développement économique, social et environnemental. « Le Jura a une histoire magnifique, liée à un produit et à un territoire. Les 150 fruitières ont fait de leurs cahiers des charges un paysage et un cahier de ressources. Les coopératives sont petites, avec une dizaine de salariés par fruitière, ce qui permet de créer des lieux de parole, de discuter plus facilement de l’avenir. »

Une coopérative au service d’un territoire

Quid alors du modèle des Fermes de Figeac, avec ses 650 adhérents, ses 120 salariés, ses 17 millions d’euros de chiffres d’affaire, ses filiales, ses activités agricoles, son engagement dans la filière bois du Lot et le développement local du photovoltaïque ? Quels sont les atouts de ce modèle, plus diversifié ? Est-ce qu’à force de vouloir être plus gros que le boeuf, le modèle coopératif ne perd pas son âme ? "Non", répond Dominique Olivier, puisque « les Fermes de Figeac ont inventé un modèle qui repose sur la coopération territoriale, où le territoire est un support et une ressource. »
Sur ce territoire, d’une étendue de 15 kilomètres - la zone Ségala-Limargue, soit 5 cantons du Nord-Est du Lot : Figeac, Lacapelle-Marival, Latronquière et Sousceyrac - , la coopérative s’attache à conserver des secteurs d’activité, et leurs emplois. Elle a ainsi repris la dernière scierie du territoire de Figeac et préservé sept salariés. Elle a récupéré un garage de mécanique agricole et ses vingt salariés. « Notre modèle évolue en permanence, nous devons sans cesse le réinterroger pour l’adapter aux exigences contemporaines. »

L’histoire des Fermes de Figeac est édifiante et montre les capacités de projection de cette coopérative unique en Midi-Pyrénées. A l’origine, il y a la fusion entre deux coopératives en 1985 et la création de la Sicaseli, une Société d’Intérêt Collectif Agricole. Ce regroupement permet de créer une coopérative d’achats et d’adhérer à la société Gamm Vert où les Fermes de Figeac ouvrent trois boucheries et valorisent les produits locaux sous la marque « Sens du terroir. ». « Deux axes de développement donc », détaille Dominique Olivier. « L’agriculture - nous réalisons 55% de notre chiffre d’affaire sur les aliments pour le bétail et les magasins, en s’appuyant sur le commerce agricole de proximité. »

Un modèle entre Scop et Coop

Pas à pas, la coopérative gravit les échelons du développement durable : depuis 1991, elle interroge son territoire à travers des audits pour comprendre la perception qu’en ont les habitants, les agriculteurs, les commerçants. « Nous étions face à un territoire vieillissant, au bord de la désertification. Il fallait que l’on fasse de ce lieu un allié, en interrogeant notre gouvernance et notre rapport à l’environnement. » La coopérative obtient les certifications ISO 9001 et 14001. Elle monte le plus gros projet coopératif de panneaux solaires en France : 200 toits d’étables, débarrassés, du coup, définitivement de l’amiante. Devenue SICA, modèle hybride entre coopérative et Scop, les Fermes de Figeac peuvent dorénavant réaliser 50% de leur chiffre d’affaire avec leurs adhérents. Elles ont crée un mouvement d’entrepreneurs « Mode d’emplois », et travaillent avec les élus pour réfléchir aux enjeux et à l’avenir de leur territoire. Elles sont également adhérentes à la plate-forme toulousaine d’achats responsables, Synethic.

En 2014, Les Fermes de Figeac visent la certification ISO 26000, la création de crèches inter-entreprises, et celle d’une association culturelle… Finalement conclut Dominique Olivier, « Entre le Jura et le Lot, nous n’avons pas les mêmes atouts, mais notre point commun, c’est de savoir que seuls, on ne peut rien faire. »

Virginie Mailles Viard
Sur la photo : Dominique Olivier, directeur de la coopérative « Fermes de Figeac ».