Nos autres médias ToulÉco | ToulEmploi | ToulÉco TV | ToulÉco Tarn

Stefan Ambec, Centre énergie et climat TSE : « La décarbonation de l’économie commence avec l’énergie »

La flambée actuelle des prix de l’énergie est liée à des mécanismes de marché, mais aussi à la manière dont on produit et dont on consomme l’énergie. Le point avec Stefan Ambec, économiste, directeur de recherche à l’Inrae et professeur à Toulouse School of Economics, dont il dirige le Centre énergie et climat.

Stéphane Ambec, pourquoi les prix des énergies augmentent-ils ? Quels sont les mécanismes à l’origine de ces phénomènes ?
Pour répondre à ces questions, il faut distinguer les sources d’énergie. Concernant les énergies fossiles - pétrole et gaz -, c’est la reprise économique qui explique la montée des prix. En effet, les prix varient selon les cycles économiques, avec un délai entre croissance, récession et offre des énergies fossiles. En période de croissance, les besoins augmentent donc les prix des énergies augmentent, avec une offre qui a du mal à suivre puisqu’il est complexe d’ajuster la production à la demande. L’extraction des énergies fossiles et la mise en service des nouveaux forages dépendent certes des taux d’intérêt mais aussi des aspects techniques d’exploration et d’extraction, qui impliquent un délai.
En ce moment, il y a donc tension sur le marché car l’offre ne suit pas la demande, c’est le facteur économique principal. Cela devrait s’atténuer, mais on ne peut pas prédire à quel moment.

Et pour l’électricité ?
Pour le marché de l’électricité, les variations s’expliquent en partie par le coût des énergies fossiles, notamment du gaz. Il faut prendre en compte le fait que le gaz est la source d’énergie dite marginale. En effet, parmi les sources d’énergie nécessaire pour produire l’électricité, la source marginale est celle qui est la plus chère et c’est elle qui « fait le prix ». Même si pour les énergies renouvelables, y compris le nucléaire, le coût de production est proche de zéro une fois les infrastructures installées, ce ne sont pas ces sources d’énergie qui font le prix de l’électricité, mais bien les sources marginales.
Enfin, les conditions climatiques ont un effet sensible sur le prix de l’électricité. Au mois d’aout dernier, par exemple, les prix de l’électricité étaient négatifs. C’est le paradoxe du marché de l’électricité.

A-t-on raison de s’inquiéter de cette flambée des prix ?
Oui, car il faut prendre en compte les deux facteurs, conjoncturel et structurel. Le facteur conjoncturel, on l’a vu, va se résoudre. Le facteur structurel, en revanche, est pérenne, car avec la transition énergétique, le coût de l’énergie va avoir tendance à être de plus en plus élevé. Le prix de la tonne de CO2 sur le marché du carbone européen a beaucoup augmenté. Il est actuellement à 60 euros par tonne, alors qu’il s’établissait entre 10 et 20 euros il y a à peine quelques années. Toutes les centrales thermiques doivent acheter des permis d’émission pour les tonnes de carbone qu’elles émettent. Si on considère sérieusement les objectifs de réduction d’émission des gaz à effet de serre, alors il faut nécessairement mettre en place des politiques qui vont augmenter le prix des énergies, la transition énergétique n’étant pas seulement la substitution des énergies fossiles en énergies renouvelables. Pour la réussir, il faut réduire notre consommation d’énergie, c’est la seule solution.

Qu’est-ce que ces hausses de prix disent de notre mix énergétique ?
Elles nous disent que nous sommes toujours tributaires des énergies fossiles : on fait toujours appel au gaz pour la production d’électricité quand la demande augmente. En ce moment, les discussions portent sur la construction même du marché de l’électricité ; devrait-on le « redesigner » ? Ce qui est important, à mon sens, c’est que les prix des énergies reflètent les coûts, pas seulement les coûts de production, mais aussi les coûts environnementaux. Les investissements dans les infrastructures de production d’énergies renouvelables sont conséquents, ils doivent continuer à augmenter et devront être rémunérés, via le marché ou via des subventions.

La décarbonation de l’économie commence avec l’énergie. La bonne nouvelle, c’est qu’avec les énergies renouvelables, les coûts de l’énergie ont baissé et l’empreinte carbone de notre consommation a diminué sur notre territoire européen. Mais si on veut atteindre nos objectifs, il va falloir continuer à la décarboner, pour les secteurs de l’électricité, du transport, mais aussi l’agriculture, l’industrie partout dans le monde et pas seulement à l’intérieur de nos frontières. En résumé, il faut utiliser des outils de production moins gourmands en énergie, pour faire évoluer notre efficacité énergétique, mais aussi baisser notre consommation. La taxation est un outil de politique publique mais il ne suffit pas.

La Région Occitanie peut-elle prendre des mesures spécifiques pour son territoire ?
La production en Occitanie est spécifique, grâce à une production d’énergie renouvelable, hydro-électricité, éolien et solaire. On peut offrir aux consommateurs une électricité renouvelable locale, certains fournisseurs le proposent. C’est une force que la Région peut continuer à développer.
Propos recueillis par Valérie Ravinet

Sur la photo : Stefan Ambec, directeur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et professeur à Toulouse School of Economics – Crédits : DR.

Réagir à cet article

Source : https://www.touleco-green.fr/La-decarbonation-de-l-economie-commence-avec-l-energie,32331