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Publié le jeudi 14 mai 2015 à 10h22min par Virginie Mailles Viard

Le parc éolien de Troye d’Ariège : dernier round ?

Les cinq éoliennes de Troye d’Ariège sentiront-elles un jour le vent tourner ? Les zéphyrs ariégeois tirent en sens contraire, alors l’entreprise exploitante fait le grand saut : elle ouvre le parc éolien au financement participatif.

Sur les hauteurs de la colline de Sarraute en Ariège, le projet d’installation d’un parc éolien - soutenu par Troye d’Ariège - se heurte toujours au refus des communes environnantes, de l’association de Protection du Tourisme et des sites du pays des Pyrénées Cathares, ainsi qu’à la Fédération Patrimoine Environnement (FPE) ariégeoise. Après un permis de construire refusé par le préfet du département en mars 2015, une enquête publique obligatoire pour toute installation ICPE (installation classée pour la protection de l’environnement), close le 21 mai, sera soumise au préfet de région.

Saméole lance un financement participatif pour soutenir le parc éolien

Face à ces vents contraires, l’entreprise Saméole ( anciennement Raz Energie), lance une offensive dans l’air du temps : le financement participatif. Pour, explique Fréderic Madec, responsable de l’agence toulousaine « permettre aux habitants d’investir dans une production d’énergie renouvelable. Cet appel permet à la population d’intervenir y compris financièrement sur l’élaboration de ce projet. Nous l’avons lancé à la demande de l’association Vive le vent, porté par Patrick Falcou ( ancien maire de Tourtrol, battu en 2008 suite au projet d’un parc éolien ndlr.) qui promeut l’énergie éolienne sur le territoire de Mirepoix. Le financement participatif est un investissement direct à moyen ou long terme rémunéré de 2 à 5% par an. »

Ce qui n’est pour l’instant qu’un appel - le formulaire en ligne est consultatif - permet à l’entreprise de prendre la température de l’engagement citoyen. « C’est tout à fait nouveau pour nous, et c’est plus compliqué qu’un développement classique qui demande que la société réalise un emprunt bancaire pour exploiter le parc éolien. Mais l’argent qui sera investi via le financement participatif, on n’aura pas à aller le chercher dans une banque. » Saméole estime entre 100 et 200 000 euros les possibilités de ce financement participatif. « Mais nous n’avons pas besoin de ça pour légitimer le projet, il y a déjà une volonté locale de développer l’éolien. Il s’agit ici de démystifier cette énergie. »

L’éolien n’a rien d’un mythe pour Claude Cambus, délégué départemental FPE de l’Ariège, et co-président de l’association de Protection du Pays Cathare. « Ce sont les communes de Léran et d’Aigues-Vives, qui n’ont rien demandé, qui seront plus touchées par le parc, que Troye d’Ariège, parce qu’elles sont plus proches du parc. Mais elles n’en tireront aucun bénéfice financier. » Des bénéfices estimés par Salméole à 4,5 millions d’euros pour les entreprises locales, et à 200 000 euros par an pour la communautés de communes et le département.

"Les objectifs du financement participatif sont dérisoires par rapport aux enjeux"

Des chiffres qui ne font pas frémir Claude Cambus. Les 150 mètres d’éoliennes sur une colline de 150 mètres, ce seront « autant de Tours Eiffel qui viendront rompre l’équilibre d’un paysage, entraver notre activité touristique basée sur nos richesses architecturales, nos chemins de randonnées, et briser le silence de notre paysage rural. » De surcroît s’émeut-il, « Les jeunes viennent y habiter parce que ce n’est pas trop cher. Ils ne voudront pas s’exposer ni exposer leurs enfants aux nuisances éoliennes. Plus d’habitants jeunes, c’est plus d’école, et plus d’école c’est la mort de la commune… »

L’association a fourbi ses arguments qui vont au delà des enjeux touristiques. « Les dernières études sanitaires exposent le syndrome éolien lié aux infrasons. Le Danemark vient de geler ses projets de parcs éoliens suite à des incidents sur ses visons. Quant aux objectifs du financement participatif, ils demeurent dérisoires par rapport aux enjeux. Que représentent 100 000 euros quand 28 millions sont nécessaires ? Il s’agit juste de l’achat d’un accord… Nous espérons que la préfet va refuser l’exploitation. »

Alors que la FPE ariégeoise vient de lui transmettre son avis circonstancié, que l’entreprise Saméole convoque les habitants à participer au financement participatif, un nouveau projet éolien controversé pousse en terre ariégeoise : le parc de Cintegabelle.
Virginie Mailles Viard