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Publié le jeudi 15 septembre 2016 à 22h35min par Aurélie de Varax

Depuis Toulouse, Pili réinvente le colorant du jean

Lauréate du concours mondial de l’innovation, la biotech Pili prévoit de commercialiser son premier colorant biosourcé - du bleu jean - d’ici trois ans. Elle vient d’intégrer le démonstrateur pré-industriel Toulouse White Biotechnology (TWB).

Imaginez des bactéries du sol ou des champignons capables de produire par fermentation des molécules au pouvoir colorant en grande quantité après avoir grignoté de la biomasse à base de sucre ? C’est le procédé que développe la biotech Pili créée en mai 2015, un projet issu de La Paillasse, le premier laboratoire communautaire français en biotechnologies situé à Paris.

Si le principe est bien connu des scientifiques mais à l’échelle du laboratoire et pour certaines couleurs seulement, l’entreprise vient d’intégrer le très prisé accélérateur de projets Toulouse White Biotechnology (TWB) pour perfectionner ses process et passer à l’étape industrielle. Sa cible numéro un : le bleu indiggo du jean. « L’environnement ultra privilégier du démonstrateur va nous permettre de monter en échelle la production en passant à un fermenteur de 200 litres et en parallèle de valider l’intégration de nos colorants dans des teintures et des encres » précise Jérémie Blache, cofondateur de Pili et ancien étudiant à TBS.

Des produits naturels avec la productivité pétrochimique

Face aux colorants végétaux, la seule alternative existantes aux colorants de synthèse très polluants, Pili veut proposer des colorants biosourcés non polluants avec des performances industrielles. « Les moyens de production des colorants naturels actuels à bas de plantes ou d’insectes sont limités, souligne Jérémie Blache. »Un exemple : l’indigotier, qui produit la couleur des jeans, présente un rendement de l’ordre de 50 kg/ha/an. La demande mondiale annuelle dépasse les 80 000 tonnes. Il faudrait donc recouvrir intégralement l’Allemagne d’indigotiers pour y pourvoir sans parler des pesticides et de la concurrence avec les cultures alimentaires !"

Pili est en mesure de produire la production annuelle d’un indigotier en une semaine, dans des conditions sécurisées et écologiques puisque le process n’implique aucun produit toxique. La biotech compte clôturer une levée de fonds à hauteur de trois millions d’euros d’ici début 2017. D’ici deux à trois ans, elle espère réussir son entrée sur le marché avec un partenaire industriel et des volumes de production satisfaisants. Cible prioritaire : l’industrie textile qui consomme plus de deux millions de tonnes de colorants par an mais aussi le secteur des encres, de la cosmétique et à plus long terme des bioplastiques. PIli compte actuellement cinq collaborateurs dont ses trois fondateurs : Marie-Sarah Adenis (designer et biologiste), Thomas Landrain (docteur en biologie de synthèse et par ailleurs président de La Paillasse) et Jérémie Blache.
Aurélie de Varax

Photo ToulEco Rémy Gabalda

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