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Publié le jeudi 9 janvier 2020 à 17h24min par Sophie Arutunian

Déficit en eau dans le Sud-Ouest : « économiser l’eau représente la moitié de la solution »

L’Agence de l’eau Adour-Garonne propose des solutions pour diminuer l’important déficit en eau qui adviendra dans le Sud-Ouest si rien n’est fait. Pour Guillaume Choisy, le président de l’agence, il faut éviter l’augmentation des conflits d’usage de l’eau. Interview.

Guillaume Choisy, l’Agence de l’eau Adour-Garonne vient de communiquer sur les solutions à mettre en œuvre face au changement climatique. À quel point la situation est-elle alarmante ?
Nous prévoyons un déficit hydrique de l’ordre de 1,2 milliard de mètres cubes à l’horizon 2050. Cela représente la moitié de la consommation d’eau annuelle sur le bassin Adour-Garonne. Un tiers va à l’agriculture, un tiers à l’eau potable, un tiers à l’industrie. En fait, c’est le débit dans les rivières qui va diminuer, c’est donc autant de prélèvement qu’on ne pourra plus faire. Il faut savoir qu’ici, contrairement au bassin parisien ou lyonnais, on capte une majorité de l’eau dans les rivières et non pas dans les nappes phréatiques.

Quels sont les risques, concrètement ?
Le premier risque, ce sont des conflits d’usage de l’eau. C’est quand on dispose d’une ressource de X litres mais que les demandes industrielles et agricoles sont supérieures. C’est la police de l’eau (la Préfecture) qui décide l’attribution des volumes de manière plus ou moins arbitraire, avec pour conséquence, l’été dernier par exemple, soixante quinze départements en restriction d’eau. Les conséquences économiques peuvent être importantes : un agriculteur qui avait planté une céréale et qui ne peut pas l’arroser va perdre en revenus, et peut-être bénéficier d’aides. En termes d’argent public, ce n’est pas tenable.
On peut prévoir aussi un assèchement des sols, et une augmentation de la température des rivières de deux degrés en moyenne. Quand l’eau se réchauffe, nous avons des problèmes liés à la bactériologie (problèmes sanitaires) mais aussi des problèmes économiques puisque la centrale de Golfech a été arrêtée deux fois cet été à cause d’un problème de température d’eau.

Quelles solutions avez-vous identifiées ?
L’objectif premier est d’économiser au moins 20% d’eau, dans les différents usages. Cela représente 50% de la solution. On commence à avoir des technologies qui peuvent améliorer ça. Chez les usagers par exemple, on peut installer des surpresseurs d’eau. Cela permet de prendre une douche avec 60% d’eau utilisée en moins. Ces technologies devraient se démocratiser et être installées dans les nouveaux logements. En ce qui concerne les collectivités locales, il faut agir sur la réduction des fuites dans les réseaux. Aujourd’hui, entre ce que l’on pompe dans la rivière et ce qui coule au robinet, on perd 30% d’eau. Il faudrait arriver à 8% dans les cinq ans en regardant où sont les fuites et en renouvelant les canalisations.

Et pour l’agriculture ?
Il faut mettre en œuvre des filières agricoles moins consommatrices d’eau et qui permettre un meilleur stockage de l’eau dans le sol. Cela implique d’utiliser moins de pesticides, de mettre des couverts végétaux (les sols nus l’hiver ne sont pas bons pour le stockage d’eau), d’installer des haies, de préserver des zones humides. Et puis, sans faire le procès du maïs, il faut surtout trouver de de nouvelles filières moins consommatrices d’eau sur périodes estivales. C’est un travail de long terme, il faudra dix ans probablement.

Il y a aussi un levier sur le stockage de l’eau en montagne…
Oui il faut trouver une meilleure adéquation entre la production d’électricité et la réalimentation des rivières. On va travailler avec l’État, EDF et Engie, qui exploitent les concessions hydroélectriques. On a, sur le bassin 1,8 milliard de m3 stockés dans des barrages, remplis l’hiver et déstockés quand y a des besoins d’électricité. Ces retenues retiennent une quantité d’eau considérable et il faut optimiser le fonctionnement des réserves en fonction des besoins de la Garonne, de l’Adour, du Lot et la Dordogne. Enfin, à la marge, il faudra créer des retenues nouvelles là où c’est nécessaire.

Si toutes les mesures sont mises en place, que se passera-t-il ?
Si toutes les mesures sont mises en place correctement, on peut descendre à un déficit de 200 millions de m3. Si on les met en place partiellement, on sera à 700 millions. On n’a pas toutes les solutions pour dire qu’on va palier le 1,2 milliard de déficit. Mais on peut améliorer la situation.
Propos recueillis par Sophie Arutunian

Sur la photo : Guillaume Choizy, directeur de l’agence Adour-Garonne. Crédits : DR

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