ToulÉco Green

Publié le mercredi 11 novembre 2015 à 18h47min par Aurélie de Varax

Toulouse en 2050. Quelles énergies, quelle alimentation, quelle eau, quelle cité ?

Comment vivrons-nous à Toulouse en 2050 dans le contexte du changement climatique ? Quelles opportunités politiques, économiques et sociales se dessinent ? A l’occasion de la Journée 123 Climat le 9 novembre, ToulÉco Green réunit prospectivistes et innovateurs pour y répondre.

Nous sommes le 10 août 2050. Il fait 42 degrés à Toulouse. Le climat s’est déplacé de 150 kilomètres vers le nord, l’eau se fait plus rare. La métropole toulousaine accueille près d’un million d’habitants. Ce scénario est notre futur probable mais nous pouvons innover pour nous adapter. Quelle gestion de l’énergie, quelle alimentation, quelle eau ? A l’occasion de son Café Green, ce lundi 9 novembre, ToulÉco Green et ses partenaires donnent la parole aux auteurs toulousains de scénarios prospectivistes. Pour regarder l’avenir avec des lunettes positives, déceler les opportunités économiques qui se profilent et que chacun puisse agir, à son échelle.

Eau : économiser et innover pour créer de nouvelles réserves

A horizon 2070, le débit des cours d’eau du sud-ouest pourrait diminuer de moitié dans certaines zones du Bassin Adour-Garonne. Pionnière du genre en France, l’étude Garonne 2050 centrée sur la raréfaction de la ressource en eau et les scénarios possibles d’adaptation, a nécessité deux ans et demi. « C’est la première étude qui combine la participation des acteurs du bassin versant de la Garonne et la modélisation, en prenant en compte l’augmentation démographique », a souligné Françoise Goulard, experte recherche, prospective et innovation à l’Agence de l’Eau Adour-Garonne. L’étude met en avant trois scénarios possibles. « Le premier laisse faire en compensant à minima le débit d’étiage. Le second compense totalement la baisse de volume annuelle en mobilisant 770 millions de m3 d’eau si on veut la nature fluviale d’aujourd’hui. Le dernier est intermédiaire et compense pour moitié le débit en mobilisant 350 millions de m3. C’est le scénario le plus réaliste », détaille Françoise Goulard.

Dans les trois scénarios, la tendance est à l’économie d’eau. La traque des fuites d’eau du réseau d’eau potable a commencé, la baisse des cultures irriguées comme la maïs est inéluctable. Côté nouvelles réserves, l’agence table sur des ouvrages de stockage d’eau hivernale. Côté innovation, plusieurs pistes sont à l’étude. « Nous travaillons sur l’augmentation du niveau d’infiltration des nappes phréatiques, sur la réutilisation des eaux usées traitées par exemple pour la végétation en ville, ou encore sur la mise à disposition des turbines hydroélectriques, l’été, pour soutenir l’étiage », précise Françoise Goulard. L’experte ajoute aussi qu’il faut instaurer une gestion collective de la ressource, au plus près des territoires, avec des instances de régulation pour limiter les conflits d’usage.

Energies : nucléaire zéro, fossiles un peu, renouvelables beaucoup

En 2003, les scientifiques de l’association négaWatt publient le premier scénario permettant d’atteindre le facteur 4, la division par 4 des émissions de GES à horizon 2050. Actualisé en 2011 et en 2015, négaWatt propose de se passer de l’énergie nucléaire et presque totalement des énergies fossiles d’ici 2050, grâce aux actions de sobriété et d’efficacité énergétiques et en développant massivement les énergies renouvelables. « Nous sommes dans le comment y arriver, année par année. L’article un de la loi de transition énergétique est inspiré directement de négaWat, » souligne Christian Couturier, directeur énergie au sein du bureau d’étude toulousain Solagro et co-auteur du scénario. « Nous partons de l’existant et notamment la puissance phénoménale du flux solaire, sans inclure des innovations de rupture encore trop aléatoires, mais nous pouvons avoir de bonnes surprises. »

Dans le scénario, l’aménagement du territoire doit être repensé pour limiter l’étalement urbain. Les déplacements individuels en voiture, principalement électrique, restent majeurs mais sa part d’utilisation passe de 60% à 40% des trajets grâce au développement du télétravail, du covoiturage etc. Les poids lourds roulent massivement au gaz renouvelable. Côté bâtiments, le parc existant a été rénové au rythme d’un million de logements par an. Les réseaux de chaleurs sont massivement développés ainsi qu’une technique nouvelle : la méthanation. « Regardée par tous les majors de l’énergie, cette technique utilise les excédents d’électricité nouvelle pour faire de l’électrolyse, produire de l’hydrogène et ensuite du méthane sur les réseaux de chaleurs, » précise Christian Couturier. NégaWatt table sur un gisement de 630.000 emplois dès 2030 et de nombreuses opportunités dans l’économie de la fonctionnalité, de la réparation et du recyclage.

Urbanisme : innover pour limiter l’îlot de chaleur urbain

En 2050, le réchauffement du climat à Toulouse verra la combinaison de deux effets : l’effet planétaire global avec au moins un degré de plus à Toulouse ajouté au phénomène d’îlot de chaleur urbain, certains jours. Le soleil chauffe le matériel urbain, à commencer par le béton, ce qui empêche l’air de se refroidir le soir. « L’îlot dépend de la taille de la ville et de son aménagement. Nous avons simulé des expansions jusqu’à doubler la taille de l’agglomération. Conclusion : une augmentation possible des température jusqu’à 3 voire 5 degrés », explique Valéry Masson. Expert en climat urbain à Météo France, l’ingénieur étudie le phénomène d’îlot de chaleur urbain pour proposer aux métropoles des solutions.

« De nombreuses approches sont expérimentées aujourd’hui comme l’isolation par l’extérieur, une voie encore peu utilisée en France car elle pose problème sur la rénovation des bâtiments historiques. En Californie, des travaux sont menés autour des cold roof, les toits froids grâce à des peintures qui n’absorbent pas le soleil. A Paris est expérimenté l’arrosage des rues », détaille Valéry Masson. Autre solution : la végétalisation des parkings et des places qui permettrait de diminuer jusqu’à deux degrés le réchauffement en centre ville. Encore faut-il réussir à créer de nouvelles voies de stockage de l’eau et gérer autrement les ressources existantes. Une question aujourd’hui au coeur de l’avenir de la végétalisation des villes.

Assiette : place au régime demitarien

Que mangerons-nous à Toulouse en 2050 ? Le scénario After 2050 autour de l’agriculture et de l’alimentation du bureau d’étude Solagro, entend bâtir une assiette plus équilibrée sur les plans climatiques et nutritionnels. « After 2050 n’est pas basé sur des ruptures comme l’arrivée massive des protéines d’insectes mais sur ce qui est connu », précise Christian Couturier. La consommation de viande est divisée par deux au profit des céréales et légumineuses. « On oriente la consommation des céréales vers les humains en réduisant les cheptels. On garde les terroirs et paysages avec de grandes ceintures maraichères autour des villes » ajoute l’expert.

L’objectif ? Produire la même quantité de biomasse primaire végétale mais en réduisant d’un facteur 2,5 les émissions du secteur agricole notamment en divisant par trois les engrais et phytosanitaires et par deux la consommation d’énergie. Le modèle agricole d’After repose sur la baisse du maïs irrigué au profit du tournesol et du blé dur, la diversification de pratiques connues comme la lutte intégrée biologique, les couverts permanents, l’agroforesterie, l’agriculture de conservation des sols. Il vise également la relocalisation des productions et la baisse des exportations avec un effet sur le maintien de l’emploi. Selon Christian Couturier, « le scénario maintient deux fois plus d’emplois que la tendance actuelle. » Il privilégie également le déploiement des biomatériaux et bioénergies en complémentarité avec le scénario négaWatt.

Prêts pour la sobriété ?

L’ensemble des scénarios proposés prônent une sobriété à l’opposée des diktats de la société de consommation. Les citoyens sont-ils prêts ? Selon Carole Maurage, oui. Spécialiste des démarches d’innovation ouverte pour mobiliser l’intelligence collective, elle est à l’origine du C3, un challenge en prélude à la Cop 21, proposé aux acteurs publics, privés et aux citoyens dans quatre villes, dont Toulouse, pour développer des solutions d’adaptation au changement climatique. « Pour influencer sur les usages et les comportements, il faut impliquer tous les acteurs ensemble, dès le départ, dans la recherche de solutions. Les citoyens sont prêts pour la sobriété à laquelle invitent les scénarios prospectifs, certainement plus que les grandes entreprises du CAC 40. » Et c’est bien là le problème.

Parmi les projets toulousains lauréats du marathon de l’innovation du C3, Green my city a présenté son projet de déploiement de la verdure en ville, et notamment sur les toits, à partir de données cartographiques. Une solution qui pourrait contribuer à limiter l’îlot de chaleur urbain en 2050.
Aurélie de Varax


Crédits photos : Hélène Ressayres Touléco.

Les Cafés Green sont organisés par ToulÉco Green, en partenariat avec l’Agence de l’eau Adour-Garonne, la CCI Midi-Pyrénées, Cler verts, Ecocert et Toner d’Encre.