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Le Bassin Adour-Garonne face au triple défi de la qualité de l’eau, du climat et des réductions budgétaires

Le Comité de bassin et l’Agence de l’eau Adour-Garonne ont fait le point sur 50 ans d’actions pour la qualité des eaux et pointé les défis à venir. 43 % des eaux sont en bon état. 800 millions de mètres cubes d’eau viendront à manquer en 2050.

Mercredi 18 octobre. C’est sur fond de campagne d’alerte intitulée « S. Eau S. » que le Comité de Bassin et l’agence de l’eau Adour-Garonne ont dressé le bilan de cinq décennies d’actions sur l’eau. Lancée par l’UFC-Que Choisir la veille, « S. Eau S. » dénonce une qualité de l’eau qui se dégrade en pointant du doigt l’agriculture intensive.

"Cette campagne n’enlève rien au constat de ce qui est réalisé depuis cinquante ans et ni à la situation actuelle qui effectivement n’est pas satisfaisante", admet Martin Malvy, président du Comité de Bassin. "Depuis 50 ans la population a gagné quelques 40.000 nouveaux habitants par an, 2000 stations de mesure ont étoffé le socle des 250 créées en 1971, les relevés biologiques sur la faune et la flore ont été multipliés par cent et 500 paramètres sont mesurés actuellement contre 40 à l’origine," égrenne Martin Malvy. "Ces outils et les actions mises en places par l’agence et les acteurs des territoires sont certes venus contrecarrer les pollutions importantes liées à des rejets industriels et domestiques importants mais pas totalement."

43% des masses d’eau en bon état

Certes les pollutions ont largement régressé sur des paramètres de suivi historiques comme le phosphore (baisse de 70%), l’ammonium (baisse de 90%) et les pollutions organiques (baisse de 55%). Mais les stations de mesures témoignent des nouveaux enjeux liés aux pollutions diffuses d’origine agricole, par les nitrates et les phytosanitaires. "Nous sommes à 43% des masses d’eau en bon état. Il faut que nous allions plus loin dans les années à venir avec plus de rigueur pour atteindre les objectifs européens : 69% en bon état d’ici 2021 et 100% pour 2027," précise Martin Malvy.

Sur ce volet complexe des pollutions agricoles diffuses, l’agence multiplie les appuis sur le volet préventif pour développer une agriculture performante qui préserve l’eau. Elle y consacre un budget annuel de dix millions d’euros et 25 millions d’euros pour accompagner les conversions vers le bio. Et Martin Malvy de saluer les 3000 agriculteurs du "réseau Défi" qui ont réussi à maintenir les rendements tout en baissant de 18% le taux de pesticides. "Nous soutenons également l’expérimentation sur 8000 hectares de la coopérative Qualisol dans le Tarn et Garonne qui a baissé de 44% les herbicides et de 50% l’azote notamment en développant la filière Pois chiche," ajoute-t-il.

Autre dossier chaud : les pollutions d’origine médicamenteuse. L’agence Adour-Garonne fait partie des agences pionnières en France sur l’anticipation de l’évolution réglementaire pour traquer ces polluants. "Notre conseil scientifique travaille actuellement sur le sujet. Des expérimentations sont menées à Bordeaux et Toulouse et un rapport sur les futurs défis Eau et Santé devrait sortir en 2019", précise le directeur général de l’agence de l’eau Guillaume Choisy.

"Nous manquerons d’eau"

Enfin, le défi ultime reste celui du réchauffement climatique sachant que "nous sommes le Bassin de France le plus exposé car celui où l’augmentation démographique est la plus importante", rappelle Martin Malvy. La pluviométrie restera abondante mais l’évapotranspiration va provoquer des pertes importantes et un allongement des périodes d’étiage. "Les scientifiques estiment que nous avons un déficit actuel annuel de 150 millions de m3 sur la Garonne mais qui devrait s’amplifier jusqu’à 800 millions d’ici 2050". Il faut certes poursuivre la réduction des pollutions mais aussi préfacer le futur avec des plans d’économies d’eau ainsi que la mise en oeuvre de technologies nouvelles, notamment sur l’irrigation.

Si l’agence construit actuellement son plan d’adaptation au réchauffement climatique, elle déplore les réductions budgétaires annoncées dans une "période d’immense défis et alors qu’elle hérite de compétences nouvelles dont la biodiversité, l’Office de la chasse et les Parcs naturels régionaux" selon Guillaume Choisy. Le budget annuel du onzième plan devrait en effet passer de 271 millions d’euros à 210 millions.
Aurélie de Varax

Photo de Une : la Garonne en 1885 marquée par les pollutions organiques, à côté des Abattoirs. Photo Philippe Thiébaut. Photo 2 : Martin Malvy, président du Comité de Bassin. Photo Claudine Simon.

Source : https://www.touleco-green.fr/Le-Bassin-Adour-Garonne-face-au-triple-defi-de-la-qualite-de-l,22953