Nos autres médias ToulÉco | ToulEmploi | ToulÉco TV | ToulÉco Tarn

De l’eau dans le biogaz à Gramat, dans le Lot

En Occitanie, l’opposition entre les méthaniseurs industriels en milieu rural et ceux, à la ferme, est vive. L’unité de méthanisation de Bioquercy dans le Lot reste sous les feus des associations environnementales. Un arrêté complémentaire est en cours.

L’usine de biogaz Bioquercy sera opérationnelle d’ici la fin de l’année. Ce projet illustre l’opposition entre les deux modèles de méthanisation [1] en Occitanie : les petites méthaniseurs à la ferme permettant un complément de revenus pour les agriculteurs et ceux, de taille industrielle, capables de traiter des matières organiques d’origines divers sur des périmètres étendus.

Bioquercy devrait traiter chaque année 50.000 tonnes de matières - essentiellement des lisiers et des déchets agroalimentaires en provenance des membres de la coopérative Capel - collectés sur un périmètre moyen de 32 kilomètres. Le projet fait encore l’objet d’une vive opposition de la part des associations environnementales qui dénoncent un risque de pollution de l’eau. Un arrêté préfectoral complémentaire devrait sortir ces jours-ci proposant une diminution de la zone d’épandage autorisée, actuellement de 4500 hectares, sur l’AOC de Rocamadour.

8000 tonnes d’équivalent CO2 évitées

Initié en 2011 et porté par la coopérative agroalimentaire Capel associée à l’entreprise spécialisée dans les énergies renouvelable Fonroche, le projet Bioquercy mobilisera treize millions d’euros dont une subvention de 2,5 millions d’euros accordée par la Région Occitanie. Sa raison d’être est principalement d’aider les exploitations d’élevages de canards de Capel dans la gestion des lisiers pour répondre aux normes environnementales, de mettre en place un plan d’épandage raisonné sur un rayon de 25 kilomètres avec un digestat contrôlé et de réduire les engrais de synthèses tout en fournissant de l’énergie verte à l’abattoir La Quercynoise ainsi qu’au territoire.

« Au lieu de mettre sur les parcelles agricoles du lisier brut non traité et des engrais de synthèse importés, les agriculteurs pourront épandre du digestat, un engrais naturel local et hygiénisé. Ce sera plus de 1000 tonnes d’engrais de synthèse évités dans le sol », précise Jean-Michel Geniez, chef de projet méthanisation chez Fonroche. Selon le responsable, 80% des produits traités viendront du Lot et ce nouveau projet permettra d’éviter 8000 tonnes équivalent CO2 tout en générant 1,5 mégawatt par an (la consommation électrique de 13500 habitants) et de la chaleur thermique permettant de couvrir 70% des besoins de l’abattoir La Quercynoise.

La question de l’épandage

Selon Liliane Réveillac, secrétaire générale du Gadel (Groupement Associatif de défense de l’environnement du Lot), le problème essentiel est la préservation de la ressource en eau dans une vallée lotoise au sol kastique très poreux. « Nous nous inquiétons de la prolifération dans le digestat de germes sporulés que sont les clostridies responsable du tétanos, du boutlisme ou de la gangrène. L’hygiénisation des intrants à 70 degrés pendant une heure ne permet pas de détruire ces sporulés. Au contraire, ils sont réactivés et se multiplient ensuite dès que la température baisse à 35 degrés puis persistent dans le digestat. » Actuellement, la réglementation sur les analyses sanitaires n’inclut pas les clostredies. L’association milite pour des alternatives à l’épandage comme le compostage demi-mature du digestat.

Du côté de Fonroche et de La Gadel, on déplore que les associations environnementales n’aient pas participé aux réunions d’informations organisées sur le projet courant 2016 et on se veut rassurant. « Un épandage correspond à une pluviométrie de 1,5 mm. C’est très faible. Nous devons fournir des analyses sanitaires mensuelles du digestat ainsi qu’avant chaque épandage. Les plans d’épandage sont extrêmement réglementés pour contrôler les teneurs en PCB et métaux lourds et apporter l’azote au bon moment et ne pas épandre avant les épisodes de pluies » rapporte jean-Michel Geniez. L’entreprise a un an et demi de recul sur l’unité de méthanisation de Villeneuve (sur la photo) dont les analyses sanitaires resteraient « quatre fois en dessous des seuils réglementaires. »

Si La Gadel reconnait qu’un des arguments pour justifier le méthaniseur de Gramat est de fournir de l’électricité renouvelable à une ville comme Figeac, elle déplore qu’il n’y ait pas de plan départemental de la méthanisation comme c’est le cas sur les énergies renouvelables afin que les projets soient plus harmonieusement répartis sur le territoire et éviter l’explosion des épandages. « Certains projets du type »méthanisation à la ferme« ne verront pas le jour à Gourdon et dans le figeacais pour que celui de Gramat puisse fonctionner, » regrette Liliane Réveillac.
Aurélie de Varax

Sur la photo : l’unité de méthanisation de Villeneuve-sur-Lot, un chantier du constructeur Fonroche proche du projet qui sera réalisé à Gramat.

Notes

[1La méthanisation est un processus biologique naturel de dégradation des matières organiques pour produire : du biogaz, transformable en électricité et chaleur et du digestat qui est un fertilisant naturel.

Réagir à cet article

Source : https://www.touleco-green.fr/De-l-eau-dans-le-biogaz-a-Gramat-dans-le-Lot,21595