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Anne-Leila Meistertzheim, Plastic@Sea : « Proposer des alternatives au plastique »

Hébergée par l’observatoire océanologique de Banyuls-sur-mer, la société Plastic@Sea teste des prototypes de plastiques biodégradables et non toxiques. Sa présidente, la passionnante toxicologue Anne-Leila Meistertzheim, nous explique la démarche de la jeune pousse.

Anne-Leila Meistertzheim, comment vous êtes-vous intéressée à la question des plastiques ?
Je suis docteur en biologie marine et je suis spécialisée sur les impacts des contaminants dans les écosystèmes marins. Il y a quelques années, je me suis intéressée aux plastiques. C’était une question de toxicologue : est-ce que les plastiques agissent sur la physiologie et la biologie de ces êtres vivants ? J’ai commencé à travailler avec Jean-François Ghiglione, qui était directeur de recherche au CNRS. Il n’avait pas la même vision que moi, lui regardait comment les organismes modifiaient les plastiques. Nous avons monté un projet à l’observatoire océanologique de Banuyls. L’idée était de regarder, en présence de plastiques dans l’eau, comment les micro-organismes colonisent cette matière qui est pour eux un nouvel habitat. Comment vont-ils réagir avec d’autres polluants qui sont dans l’eau ?

On s’est rendu compte que cela avait des effets assez forts. Les plastiques vont prendre la place de ce que mangent ces organismes de manière naturelle. Il y a des endroits où la concentration plastique est égale à la concentration en plancton. L’organisme qui se nourrit de cela a moins d’énergie, il est affaibli. Cela touche ses systèmes immunitaires et reproductifs. Face à cela, la question était de savoir s’il était possible de faire des plastiques biodégradables ou non-toxique.

Selon vous, il est préférable d’utiliser des plastiques plus propres que d’en supprimer totalement l’utilisation ?
Le plastique est une matière qui a été inventée dans les années cinquante, qui est extrêmement intéressante et rend des services. Quand vous regardez, il est utilisé partout autour de vous. Supprimer le plastique, c’est quasiment infaisable. Par exemple, on ne peut pas enlever le plastique des voitures, sinon le poids des véhicules serait beaucoup plus important. Il faudrait alors plus d’énergie pour se déplacer, ce qui créerait plus de gaz à effet de serre.

Ce que l’on a dans la tête quand on pense plastique, c’est le plastique à usage unique. Pourtant, on a utilisé au départ cette matière légère et résistante pour de l’électroménager et pour des choses qui durent dans le temps. Là où on s’est trompé, c’est quand on a commencé à utiliser ce plastique pour faire des objets qui durent deux minutes. On n’a pas pensé à leur fin de vie. Ces plastiques-là n’ont pas vocation à exister. Vous pouvez remplacer par exemple les bouteilles en plastique des distributeurs par des cannettes et des bouteilles en verre.

Quel est l’objectif de Plastic@Sea ?
L’idée, c’est de favoriser la voie du recyclage pour des objets très déterminés ou de développer les matières biodégradables. Notre société essaye de guider ces choix. De proposer des alternatives et de les tester. Si c’est une matière biodégradable, alors c’est super intéressant pour l’alimentaire. Si on part plutôt dans l’idée du recyclage, nous allons essayer de voir si le fait de recycler l’objet plusieurs fois le rend toxique ou non. Quand on recycle la matière, on la broie, on la mélange avec d’autres matières. Une fois ces étapes passées, reste-t-elle inerte ou reverse-t-elle des substances qu’elle ne devrait pas ? Nous participons à ce que nous appelons la « Transition plastique ». L’idée est de remettre le plastique à sa juste place.
Propos recueillis par Matthias Hardoy

Crédit : Plastic@Sea et Photo Fusion

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Source : https://www.touleco-green.fr/Anne-Leila-Meistertzheim-Plastic-Sea-Proposer-des-alternatives,30923