À Lannemezan, au pied des Pyrénées, trois entreprises unissent leurs forces pour un projet 100 % local. La première, PSI Environnement, trie, valorise ou stocke sur son "Enviropôle" des déchets issus de l’activité économique, principalement du BTP, de l’artisanat et de l’industrie. Sa nouvelle usine, qui ouvrira ses portes en janvier 2026, transformera chaque année près de 65.000 tonnes en combustible pour alimenter la chaudière de l’énergéticien Dalkia, 300 mètres plus loin. La vapeur servira ensuite au géant industriel Arkema, lui aussi tout proche. « C’est un alignement des planètes incroyable », s’enthousiasme Nicolas Tarrene, président de PSI Environnement depuis 2012.
Il initie le projet en 2017, sur une proposition de Dalkia, qui lui soumet l’idée de produire du Combustible solide de récupération (CSR) pour sa voisine industrielle. « J’ai tout de suite trouvé l’idée géniale. La clé, dans ce secteur d’activité, c’est l’indépendance, et elle s’acquiert avec la capacité à traiter les déchets », confie-t-il. Emballé par cette vision d’une « boucle vertueuse », le dirigeant décide d’y aller à fond. « Nous investissons 27 millions d’euros sur trois ans », confirme-t-il. Un investissement important pour cette entreprise dont le chiffre d’affaires atteignait 17,5 millions d’euros l’an dernier.
Bénéfices financiers et environnementaux
Pour financer ce projet colossal, Nicolas Tarrene a d’abord ouvert son capital en 2022 à Pléiade Investissement, un fonds d’entrepreneurs parisien qui a pris 28 % de l’entreprise. L’entreprise a également bénéficié de 6 millions d’euros de subventions, apportés par le fonds Feder géré par la Région Occitanie, l’Ademe et le Fonds Vert. Des risques calculés, comme l’est la rentabilité : « On vise 20 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2026, 30 millions en 2030 », projette le dirigeant.
À en croire les concernés, les bénéfices environnementaux s’annoncent considérables. Le projet permettra à Arkema d’éviter l’émission de 10.000 tonnes de CO2 par an. Surtout, il devrait permettre de réduire de 80 % l’enfouissement des déchets chez PSI Environnement, eux aussi sources d’émissions de carbone. À ce jour, l’entreprise valorise environ un tiers de ce qu’elle reçoit. Avec la nouvelle usine, les taux vont s’inverser. « Le site CSR traitera 65 % des déchets. Seuls les 35 % restants repartiront sur le site actuel », souligne-t-il.
Une « minorité active » d’opposants
PSI Environnement compte à ce jour quatre-vingt-sept salariés. L’usine CSR, actuellement en phase de tests, créera dix-neuf emplois directs, principalement conducteurs d’engins, chefs d’équipe, techniciens de maintenance et ouvriers qualifiés, auxquels s’ajouteront des recrutements chez Arkema et Dalkia. Des embauches bienvenues et saluées sur le territoire. Mais, parallèlement, un collectif d’une dizaine d’opposants, principalement pour des raisons environnementales, a déposé un recours contre l’autorisation préfectorale avant de le retirer peu après. La procédure aura néanmoins bloqué pendant six mois les financements bancaires.
Si le nouveau site devrait ouvrir ses portes dans un climat apaisé, un autre souci perdure sur l’Enviropôle : des odeurs nauséabondes affectent depuis quelques années les riverains, émanant du puits servant au contrôle des déchets enfouis. « Ils ne contiennent qu’une part infime de matières organiques mais cela suffit à émettre du biogaz, qui sent effectivement très fort. Des nuisances olfactives mais aucun risque sanitaire », précise Nicolas Tarrene. Pour y remédier, le dirigeant investit dans une torchère avec système de captage. Un dispositif qui devrait être opérationnel dans les prochains mois.
Marie-Dominique Lacour
Sur la photo : L’Enviropôle de PSI Environnement à Lannemezan. Crédit : PSI Environnement.
