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Publié le jeudi 28 novembre 2019 à 12h24min par Johanna Decorse

Toulouse. Un nouveau collectif en route contre la pollution de l’air

Créé en juin 2019, le Capat réunit une vingtaine d’associations qui veulent peser sur les politiques publiques en matière de lutte contre la pollution atmosphérique. Il a intégré le réseau indépendant de mesure de l’air Luftdaten, à Stuttgart et déploie ses propres capteurs.

Il rassemble près de quinze comités de quartier, des associations et des citoyens inquiets sur la qualité de l’air à Toulouse. En gestation depuis deux ans, le Capat, Collectif antipollution de l’agglomération toulousaine, a été officiellement lancé en juin 2019. Pensé comme un « observatoire critique » et un « lanceur d’alerte » auprès de la population et des élus, le Capat veut jouer un rôle d’information sur la réalité de la pollution et de son impact sur la santé.

« La pollution atmosphérique dans le monde, en France et à Toulouse est un véritable fléau sanitaire. En 2016, l’OMS a fait état de 48.000 décès anticipés par an. En Occitanie, l’agence régionale de santé en recense 2800 liées à des pathologies respiratoires et cardiovasculaires », soulignent ses membres.

Malgré les recommandations de l’OMS et le cadre fixé par l’Union européenne, la population des grandes agglomérations est de plus en plus exposée. Elle subit les carences de l’État, condamné le 24 octobre dernier par la cour de justice de l’Union européenne (CJUE) pour son « incapacité à protéger ses citoyens contre la pollution de l’air ». Parce qu’elle dépasse depuis 2010 de manière systématique et persistante, la valeur limite annuelle pour le dioxyde d’azote, la France manque à ses obligations issues de la directive qualité de l’air de mai 2008, estime la justice européenne.

Toulouse en dépassement

« Toulouse, qui attend 250.000 voitures de plus en 2025, participe à ce contentieux puisque l’agglomération dépasse régulièrement le seuil de pollution au NO2, gaz très toxique émis surtout par le trafic routier et les avions. Il y a pourtant des solutions simples à mettre en œuvre pour réduire les émissions. Mais déjà, les premières réunions sur la zone à faible émissions qui doit entrer en vigueur fin 2020 sont très décevantes : aucun des périmètres envisagés n’inclut l’ensemble du périphérique qui est pourtant la première source de pollution », regrette Karine Wallerand du comité de quartier de Rangueil-Saouzelong.

Les mesures réalisées en 2017 par Atmo Occitanie, en charge de la surveillance de la qualité de l’air, révèlent en effet que trois des neuf stations toulousaines de l’organisme agréé par l’État dépassent le seuil de 40 µg/m³ fixé par l’UE pour le dioxyde d’azote. Il s’agit des stations de Toulouse périphérique (quartier Rangueil avec 74µg/m³ de moyenne annuelle), Toulouse Route d’Albi (40) et Toulouse Port de l’embouchure (49).

La pollution en temps réel

Au-delà de la seule pollution par le gaz carbonique, la population reste peu ou mal informée sur les effets délétères des particules fines en suspension dans l’air, estime le Capat. Elle ignore sûrement que ces trois mêmes stations dépassent aussi la valeur guide de 20 µg/m³ de l’OMS pour les particules fines de diamètre inférieur ou égal à 10 micromètres (PM10). « Quant aux PM 2,5, elles ne sont mesurées qu’en trois points de l’agglomération alors qu’on sait que plus les particules sont fines, plus elles sont dangereuses », pointe le Capat.

En parallèle du réseau officiel d’Atmo qu’il estime « très limité » en nombre de capteurs et de polluants mesurés, le collectif a donc décidé d’intégrer un réseau indépendant de mesure de la qualité de l’air. Soixante capteurs ont déjà été installés et alimentent la base de données Luftdaten du OK Lab Stuttgart, à l’origine de ce réseau. Connectés par wifi, ces capteurs transmettent des données toutes les deux minutes et alimentent en temps réel une carte internationale de la pollution aux particules fines. « Notre objectif est d’avoir une vue instantanée et localisée pour définir la source précise et le contexte de la pollution », explique le Capat. Avec ses premiers « résultats indicatifs », le collectif espère faire la démonstration s’il le fallait encore, de l’urgence à agir.
Johanna Decorse

Sur les photos : Le Capat, créé en juin 2019, veut davantage de transparence et d’actions concrètes contre la pollution de l’air.

La carte de la pollution atmosphérique à Toulouse, fortement concentrée le long du périphérique. Crédits ToulÉco – Valentine Chapuis.

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