ToulÉco Green

Publié le jeudi 30 juillet 2015 à 20h00min par Virginie Mailles Viard

Toulouse. Onze chercheurs en herbe au chevet du Canal du Midi

Publié le 3 décembre 2014

Alors que le chancre coloré vient d’atteindre Castanet, onze étudiants remportent une médaille d’or lors de la prestigieuse compétition « International Genetically Engineered Machine », organisée par le MIT de Boston. Leur projet pourrait sauver les platanes du Canal du Midi.

Il a fallu le concours MIT de l’université de Boston, pour qu’Abdel, Diane, Laureen, Manon, Mathieu … tous étudiants [1] en Master de l’Université Paul-Sabatier et de l’Insa, sortent du bois. Parmi 250 équipes venues du monde entier, le projet SubtiTree de ces onze apprentis chercheurs a atteint la cime, et décroché une médaille d’or lors de la prestigieuse compétition « International Genetically Engineered Machine » (iGEM).

Voilà plusieurs mois que leurs vacances et leurs soirées se passent au chevet des platanes malades du Canal du Midi : 15.000 sont concernés, et c’est la totalité des 42.000 platanes qui à terme est menacée. Les membres du jury ont salué un projet novateur, couronné dans son approche expérimentale, et l’attachement de jeunes chercheurs à leur territoire, témoigne Mathieu Fournié. « Le Canal du Midi, classé au patrimoine Mondial de l’Unesco, est à leurs yeux un ouvrage exemplaire et un symbole du Sud de la France. Notre cité universitaire touche le Canal, nous sommes concernés par ce patrimoine. Nous avons voulu essayer une nouvelle piste de recherche, bousculer la fourmilière, proposer une solution et si possible la mener jusqu’au bout. Cette médaille est un sésame, c’est comme gagner aux Jeux Olympiques ! ».

Mathieu Fournié et ses confrères ont ainsi imaginé et testé en laboratoire SubtiTree, dont le principe repose sur la modification du patrimoine génétique de l’arbre. « Le champignon provoque une obstruction des vaisseaux, et l’arbre meurt au bout de deux ou cinq ans. En modifiant une bactérie présente dans l’arbre, et en la réinjectant, nous pouvons détruire ce champignon. Nos premiers résultats au bout de 4 mois, suggèrent que la bactérie détecte le pathogène. »

Le chancre avance et la recherche végète

Le travail des étudiants mené hors des sentiers battus est suivi avec beaucoup d’intérêt par VNF. Les Voies Navigables de France, aux côtés de l’Inra, ont soutenu « moralement et financièrement » ce projet qui pourrait remettre en cause l’abattage systématique des arbres malades et une replantation, dont le coût dépasse les 200 millions d’euros.

« Dès l’apparition de la maladie en 2006, nous nous sommes rapprochés de la communauté scientifique. » rappelle Jacques Noisette, en charge de la communication de VNF. « Mais aucune recherche n’a encore aboutie. L’entreprise audoise Cetev développe un vaccin, en attente de validation par le Ministère de l’Agriculture, qui peut limiter la maladie mais pas la soigner. » En dehors de Cetev, les recherches sur le chancre coloré sont le fait de chercheurs « à la marge ». Le platane n’a pas les attraits du pin des Landes pour l’industrie forestière et les laboratoires privés.

Le chercheur André Vigouroux crée Platanor

André Vigouroux, ancien chercheur à l’Inra, y a consacré douze années de son existence. « Le platane n’intéressait pas mon laboratoire. Mais tant que mes recherches n’empiétaient pas sur le reste, on m’a laissé faire. » Il est revenu aux origines de l’arbre, qui puise ses racines en Orient et en Amérique, et parmi des milliers de graines, créé une variété hybride résistante au chancre. Ainsi est né Platanor, ou platanus vallis clausa. Planté en lieu et place des platanes abattus, Platanor partagera les rives du Canal avec d’autres types d’arbres. « Pour ne pas reproduire les conditions de propagation d’un champignon. » En attendant, la recherche végète. Les étudiants reconnaissent avoir du mal à se projeter. Mais la réalisation d’une thèse en collaboration avec l’Inra devrait leur donner les moyens techniques pour améliorer cette bactérie.

Castanet, première commune touchée en Midi-Pyrénées

Le rapport Chatillon [2]réalisé en 2012, souligne la puissance économique d’un paysage touristique exemplaire, et les effets délétères de cette maladie sur l’attractivité du Canal du Midi. Le rapport relève 45.000 passagers par an sur 550 bateaux de location, correspondant à 28% du marché national, avec une importante clientèle étrangère. Il estimait à plus de 2 millions d’euros la contribution à des programmes de recherche sur le développement de la maladie. Les prospections réalisées par VNF en octobre, dont le coût avoisine les 25 000 euros par an, ont mis à jour trois nouveaux foyers, dont un à Castanet. C’est la première fois que le chancre coloré pénètre la région Midi-Pyrénées. Castanet, qui accueille une vaste communauté scientifique, et, désormais touchée par le chancre coloré, se retrouve à la croisée des chemins. Proche des matières grises, elle peut prétendre devenir territoire d’expérimentation.

Virginie Mailles Viard
Sur la photo de gauche à droite : Abdel Touré, Diane Barbay, Emeline Flajollet, Laureen Mirassou, Manon Molina, Florie Gosseau, Mathieu Fournié, Pierre Reitzer, Aurélie Kanitzer et Camille Jourdan.

Notes

[1L’équipe, composée de 11 étudiants provenant de l’INSA Toulouse (4e année) et de l’université Toulouse III - Paul Sabatier, spécialisés dans différentes disciplines biologiques, a été encadrée par un chercheur et un enseignant-chercheur de l’INSA Toulouse du Laboratoire d’Ingénierie des Systèmes Biologiques et des Procédés et un enseignant-chercheur de l’université Toulouse III - Paul Sabatier

[2Une ambition légitime pour le canal du Midi et le canal des Deux Mers, Alain Chatillon Sénateur

2 Commentaires

  • Le 4 décembre 2014 à 09:26 , par Jérôme

    Pourquoi ne pas simplement adopter du « bon sens », reconnaître ses erreurs et ne pas les reproduire ?
    On sait qu’il faut éviter de planter les mêmes essences cote à cote pour limiter les proliférations et la propagation de maladies. Par ailleurs, les platanes ont des feuilles imputrescibles qui engorgent les canaux engendrant des coûts importants d’entretiens.
    Ne faudrait-il pas mieux redonner vie au canal en lui donnant une fonction pour le bien de la collectivité plutôt que de conforter les erreurs du passées sans que cela soit justifié par une quelconque utilité ?

  • Le 31 juillet 2015 à 09:31 , par NOUVEL

    Bravo à tous .

    étudiants, chercheurs et tous les anonymes qui ont participé à ce sauvetage du canal du midi de Riquet…..
    Ce collecteur d’impôts de Louis XIV qui a réussi à nous offrir cette merveille qui perdure encore trois siècles plus tard,

    aujourd’hui les platanes permettent à chacun, étudiants , flâneurs, vttistes, badauds ou simplement toulousains de pouvoir se balader à l’ombre , encore merci à vous et toutes mes félicitations.

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