ToulÉco Green

Publié le jeudi 14 janvier 2016 à 23h26min par Virginie Mailles Viard

Toulouse. « L’Inra cherche des solutions durables face au changement climatique. »

Des choux fleurs qui poussent jusqu’en décembre, des bourgeons qui pointent à la veille des grands froids… A l’Inra Toulouse, les agronomes comme le directeur de recherche Philippe Debaeke, accompagnent les agriculteurs dans ces scénarios saisonniers incertains.

Philippe Debaeke, comment les agriculteurs réagissent au changement climatique ?
Ils arrivent souvent à anticiper, à faire évoluer leurs pratiques. Tout simplement parce qu’ils sont les premiers observateurs de ces évolutions. Quand l’hiver est trop doux comme cette année, les éleveurs prolongent la mise à l’herbe des animaux ; si l’été devient plus sec, ils feront alors du stock de fourrage en prévision. Dans le même temps, ce réchauffement nous pousse à remettre à plat notre façon de produire, ce sont de nouvelles contraintes et de nouvelles opportunités. Mais quelle sera la réponse de l’agriculture à ce changement climatique ? C’est une question que nous devons tous nous poser.

Quel est l’apport des agriculteurs à ces réflexions ?
Au sein de l’Inra, dans le secteur de l’agro-écologie, nous parlons de la « traque des innovations ». Il s’agit sur le terrain d’écouter les témoignages des agriculteurs qui ont imaginé de nouvelles solutions. La recherche peut ensuite accompagner, se demander pourquoi et dans quelle situation précise, la solution a fonctionné. L’agriculture n’a pas de modèle unique de production, elle est très diversifiée et le sera de plus en plus. La recherche doit donc elle aussi se situer dans cette approche très variée. Toutes les formes d’agricultures doivent trouver des solutions adaptées.

Comment l’Inra Toulouse accompagne ces évolutions climatiques et agricoles ?

D’un côté, nous travaillons sur la recherche de ressources génétiques mieux adaptées au changement climatique, nous orientons la recherche vers des solutions opérationnelles à moyen terme. Bien que les technologies soient de plus en plus rapides, il faut quand même 10 ans pour créer une nouvelle variété. Le tournesol a une place importante dans ces recherches : il est emblématique de Midi-Pyrénées, nous sommes le berceau du tournesol et sa première région de production. Il faut fournir aux agriculteurs de nouvelles variétés plus tolérantes à la sécheresse, dans une approche respectueuse de l’environnement (sans augmenter la pression des pesticides). En parallèle, il s’agit d’intégrer nos connaissances actuelles dans de meilleurs outils, comme la modélisation. Grâce à elle, nous pourrons aider l’agriculteur à se projeter dans un futur possible : en utilisant la variabilité des saisons, nous recherchonss en fonction des cultures, des solutions techniques optimales puis nous les testons. Ce qui doit aider l’agriculteur, dans le cadre de son système de culture, à faire des choix, à utiliser ces outils comme des « aides à la décision » : quelle variété semer ? A quel moment ?

Quelle recherche menez-vous en tant qu’agronomes sur ces questions ?
En tant qu’agronomes, nous travaillons sur la question de l’économie des ressources : réduire la sensibilité de l’agriculture à la sécheresse pour irriguer moins, travailler sur les légumineuses qui produisent moins de gaz à effet de serre et n’ont pas besoin d’engrais azoté, valoriser les ressources en eau du milieu, mieux contrôler les bio-agresseurs par des méthodes non chimiques, tout cela dans le cadre d’une agriculture écologique. Au sein du programme ACCAF - pour Adaptation au Changement Climatique de l’Agriculture et de la Forêt - l’Inra cherche des solutions durables face au changement climatique. Par exemple, nous travaillons sur les « portrait-robot » des variétés du futur : moins sensibles à la sécheresse, moins dépendantes des pesticides.

Quelles sont les agricultures concernées par le changement climatique dans la région Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon ?

Toutes le sont. C’est une région très diversifiée, avec des vignes, des arbres fruitiers, de l’élevage, des grandes cultures sèches et irriguées. Nous sommes dans l’oeil du cyclone : les prévisions à 2050 prédisent que le grand quart Sud Ouest sera au coeur des zones impactées, là où sécheresses et canicules seront les plus fréquentes et marquées. Mais il n’y aura pas de solution générale, prête à l’emploi, il faudra toujours adapter les réponses au local.
Propos recueillis par Virginie Mailles Viard

Sur la photo : Philippe Debaeke, directeur de recherche de l’unité Agroécologie Inra Toulouse Copyright Sunrise