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Publié le jeudi 27 août 2015 à 14h40min par Aurélie de Varax

Thierry Suaud, Oramip : « Une baisse des particules fines permettrait de gagner 3,6 mois d’espérance de vie »

Article diffusé le 16 avril 2015

Quel air respire-t-on lors de nos déplacements domicile/travail à Toulouse ? C’est l’enjeu d’une étude cofinancée par la Région et l’État. Elle étudie la qualité de l’air sur 35 trajets très empruntés dans 7 moyens de transport. Le point avec Thierry Suaud, président de l’Oramip.

La Région et l’Oramip, l’association pour la qualité de l’air en Midi-Pyrénées, ont présenté lundi une nouvelle étude sur la qualité de l’air dans les transports. Que mesurez-vous ?
Thierry Suaud : L’Oramip est une association agréée par le Ministère du Développement durable qui effectue des missions réglementaires ou des missions commandées par ses membres : l’État, la Région et plusieurs agglomérations. Cette étude qui concerne plus directement les transports est cofinancée dans le cadre du plan État-Région. Nous mesurons le dioxyde d’azote et les particules en suspensions dont le diamètre est inférieur à 2,5 microns : les particules fines. Nous étudions les conséquences de l’exposition à ces pollutions pour le piéton, l’utilisateur du vélo, de la voiture ou des transports en commun : bus, métro, tramway et TER. Ces polluants sont représentatifs des principales émissions dues aux transports. Dans l’agglomération toulousaine, les transports routiers sont à l’origine de 78% des émissions d’oxydes d’azote et de 44% des particules fines.

Justement dans le cadre de la première étude 2008-2009, qu’aviez vous observé ?
En 2008 les niveaux de pollution dans l’habitacle de la voiture étaient au moins deux fois plus élevés que dans les stations de mesure de l’air de l’Oramip situées en bordure du trafic routier, et six fois plus élevées que les stations en fonds urbain. L’idée de l’étude 2015 est de mesurer l’évolution des expositions sachant que de nouveaux modes de déplacements ont été mis à disposition des usagers, comme le tramway ou le vélo. Nous n’avons pas les résultats de l’ensemble de l’étude donc nous ne pouvons pas tirer tout de suite les conclusions mais nous constatons que l’automobiliste qui était le plus exposé en 2008 reste le plus exposé en 2015, au moment des heures de pointes.
Si vous êtes en vélo et que vous vous échappez de la circulation par les pistes cyclables ou en tramway donc relativement éloigné de la circulation, alors vous êtes moins exposé.

Quel est l’enjeu pour la santé de cette exposition ?
L’enjeu de nos mesures de l’air est que la qualité de l’air est effectivement intimement liée à la santé. En 2013, le CIRC [1] a classé cancérigène la pollution extérieure. Une étude de l’INVS montre aussi qu’une baisse des particules fines de 14,2 microgrammes par mètre cube à 10 microgrammes, permettrait à chaque toulousain de gagner 3,6 mois d’espérance de vie.

Qu’attendez de cette étude ?
Deux forces de frappe. L’intérêt est de mesurer à quelques années d’intervalles, 2008 et 2015, si les quantités ont évolué et dans quel sens et vérifier si l’exposition se confirme. Ensuite, il faut porter ces données à la connaissance des citoyens et des autorités pour faire évoluer les comportements, par exemple circuler plus en vélo sur de trajets courts. Il y a un véritable enjeu de santé public qui passe par l’utilisation des modes de mobilité douce, la réduction de l’émission des véhicules par leur modernisation ou une moindre utilisation des voitures. En tant que maire, je vois les incidences que cela peut avoir en terme de création de pistes cyclables et de transport en commun. Les études viennent conforter l’idée de l’engagement général d’une société pour un changement de pratiques.
Propos recueillis par Aurélie de Varax.
Sur la photo : Thierry Suaud, devant le triporteur collectant les particules dans l’air. Photo Kevin Figuier - ToulÉco

Notes

[1Centre international de recherche contre le cancer.