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Publié le jeudi 29 octobre 2015 à 20h23min par Aurélie de Varax

Santé et climat : la viande est sur le billot

Accusée de tous les maux environnementaux et classée « cancérogène » par l’Organisation mondiale de la santé, la viande est sur le billot. Quel avenir pour la filière en Région ? Rencontre avec Christian Couturier de Solagro, co-auteur du scénario After 2050.

La viande semble clouée au pilori. Il y a d’une part son impact sur l’environnement et maintenant son classement officiel par l’OMS comme « cancérogène » pour les produits carnés transformés et « probablement cancérogène » pour la viande rouge. Comment voyez-vous l’avenir de la filière ?
Cette annonce n’est pas une interdiction de consommer. Tout est une question de quantité. Le fait qu’on consomme trop de viande de façon générale n’est pas un scoop. Son impact sur les maladies cardiovasculaires est établi depuis longtemps. Mais entre ceux qui en mangent pas du tout et trop, il y a un juste milieu. Nous assistons à des réactions très hostiles à la publication par le CIRC (centre international de recherche sur le cancer) mais il n’est dit à aucun moment qu’il faut arrêter de manger de la viande.

Dans le scénario prospectif After 2050 développé par Solagro, vous envisagez néanmoins une limitation importante de la consommation de viande ?
Ce scénario prospectif autour de l’agriculture et l’alimentation entend effectivement bâtir une assiette plus équilibrée sur les plans climatiques et nutritionnels mais ce n’est pas un scénario végétarien. Pour différentes raisons, on divise par deux la consommation de viande et de lait. Beaucoup de scientifiques préconisent ce régime "demitarien". C’est un régime où on consomme deux fois moins de viande que le régime occidental habituel (80 kg par personne et par an) qui se rapproche des régimes alimentaires d’il y a quelques générations. Il faut actuellement 11 calories végétales pour produire une calorie animale de boeuf, le méthane émis par les ruminants est un des des principaux gaz à effet de serre. Il n’y a pas vraiment de solution aujourd’hui. Réduire les GES est la priorité absolue car si on n’y arrive pas, les écosystèmes agricoles vont prendre le changement climatique de plein fouet.

Comment voyez-vous l’impact de ce régime "demitarien" sur la filière agricole ?
Nous proposons une assiette plus riche en protéines végétales donc plus de céréales, de légumineuses, de fruits coques, de légumes et de fruits et deux fois moins de viande et de lait et un peu moins d’alcool, de sucre et de farines raffinées. Pour l’agriculture en général, nous prônons une évolution vers des productions orientées qualité avec des volumes à peu près identiques et une orientation générale qui va plus vers les filières végétales qu’animales.

Que vont devenir les éleveurs ?
Dans ce scénario, nous cherchons à préserver le pâturage sur prairie naturelle, en zone de montagne où l’on n’a pas d’autre alternative que d’élever des ruminants. Nous conservons ces productions souvent sous indice qualité. Par contre ce qui est réduit dans nos scénarios, c’est les élevages de poules ou porcs en cages. On a des bâtiments mais avec de l’espace et du plein air et des animaux qui vivent plus longtemps, avec des productions de meilleures quaités. Pour les ruminants, le scénario prône la fin des élevages laitiers sans pâturage donc le retour des races mixtes capable de produire du lait et une viande de bonne qualité, comme autrefois. Et d’une façon générale le mix de l’agriculture et de l’élevage. Tout ceux qui nous opposent des pertes d’emploi dans notre scénario se trompent. Nous sommes gagnants sur les deux plans - l’environnement et l’emploi -, mais il faut changer le logiciel : arrêter de raisonner chiffre d’affaires et raisonner valeur ajoutée.

Comment envisagez-vous l’adaptation des agriculteurs ?
Aujourd’hui nous perdons des actifs agricoles par dizaine de milliers. Des agriculteurs n’arrivent pas à vivre de leur travail car le prix du lait et du porc sont trop bas. La crise agricole est là et l’agriculture est confrontée à des choix. Soit on veut être compétitif sur des marchés mondiaux contre des pays moins disant au niveau social et environnemental, comme le Brésil et la Chine, et on s’aligne sur leurs normes. Soit on veut garder nos terroirs, nos productions de qualité, nos appellations d’origine, et il faut alors un système productif adapté à cette vision. Actuellement il y a une demande sociale pour du terroir, du paysage et la politique agricole commune a les moyens d’orienter les aides pour favoriser des productions de qualité plutôt que des marchés à l’export.

Quels sont les atouts de notre région dans cette transition que vous prônez ?
Nous avons d’abord une grande fragilité. Nous seront concernés de plein fouet par le réchauffement climatique, notamment par la question de la ressource en eau. Soit on continue de multiplier les cultures irriguées et ce n’est pas sûr que la Garonne suive, soit on s’adapte avec des cultures qui ont moins besoin d’eau. Côté atouts, notre territoire est très diversifié avec à la fois des productions végétales et animales et beaucoup de produits sous label. Sur l’élevage, nous avons des races - Aubrac, Limousine, Gascone - qui méritent d’être conservées à minima et des pâturages adaptés, notamment en montagne.
Propos recueillis par Aurélie de Varax

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