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Publié le jeudi 8 octobre 2015 à 19h57min par Julie Rimbert

Reconversion : deux anciens de Freescale créent la scop Au Pain Levé

Après vingt ans passés dans l’usine américaine Freescale, deux anciens ouvriers ont créé leur boulangerie sous forme coopérative, loin du monde de l’industrie. Indépendant des banquiers, ils gèrent seuls leur commerce et son organisation.

Ils ont changé de vie, en passant des chaînes d’assemblage de l’usine Freescale au four à pain d’une coopérative. Après leur licenciement en août 2012, Eric Hirson, ancien délégué CGT, et Bernard Tazzioli ont décidé de monter un projet commun, avec Julie Baradel, qui a travaillé dans l’économie sociale et solidaire. Après des formations et les démarches pour leur reconversion, ils ont créé leur coopérative autogérée, baptisée Au Pain Levé, en avril.

Une fois licenciés comme les 800 autres salariés de l’usine, Eric et Bernard se sont laissés du temps. Pendant que Bernard fait du pain dans le vieux four de sa maison et les vend sur les marchés et Amaps, Eric entame un CAP de boulangerie à Aurillac. Un an après, ils se retrouvent et murissent le projet. Aujourd’hui, leur petite entreprise est basée à Gardouch où ils produisent 500 pains bio par semaine. « J’avais toujours eu envie de faire du pain donc le licenciement de Freescale, cela m’a permis de concrétiser ce projet, raconte Eric Hirson. Aujourd’hui, on est loin des composants électroniques de l’usine mais on est fiers d’avoir le retour des mangeurs de pains, la reconnaissance de notre travail. Et surtout, plus de patron derrière nous, c’est à nous de prendre les initiatives et les décisions où chacun a sa voix ».

Totale indépendance

Car Eric, Bernard et Julie sont tous les trois salariés-coopérateurs au sein dune Scop. « C’est un modèle de gestion qui nous tenait à cœur, souligne Eric. Et surtout d’être indépendant en ne contractant aucun crédit auprès d’une banque : on n’a plus de patron, ce n’est pas pour avoir un banquier sur le dos ! Si on échoue, ce sera notre affaire ». Les anciens ouvriers ont donc investi leurs indemnités de licenciement dans la société qui affiche aujourd’hui un capital de 40.000 euros. C’est cet engagement dans les valeurs solidaires qui a aussi convaincue Julie du projet. Elle s’occupe de la vente des pains sur les différents marchés, Amaps et points de livraison de la coopérative. Elle assure également la comptabilité et les questions administratives. « Nous nous rejoignons sur les horaires et l’organisation du travail, explique cette trentenaire. Nous travaillons pour vivre et non l’inverse donc c’est important de savoir équilibrer le temps libre et le travail ».

Dans six mois, les trois salariés-coopérateurs veulent produire 650 pains par semaine, pour assurer leurs trois salaires. Actuellement, ils dégagent deux salaires au Smic, grâce à leur absence d’emprunt. « Ce que j’apprécie, c’est de voir le pain, le produit fini, ce que je ne pouvais pas voir chez Freescale, conclut Eric. Nous privilégions le circuit court de l’alimentation biologique. Nos pains sont fabriqués uniquement avec des farines, achetées aux agriculteurs voisins, de l’eau et du sel car je suis persuadé que l’on empoisonne les gens quand on ajoute des tas d’additifs ». La société vend majoritairement son pain par commande.

Julie Rimbert

sur la photo : Eric Hirson, ancien délégué CGT, avec Julie Baradel. Photo Touléco RG