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Publié le jeudi 15 janvier 2015 à 19h30min par Virginie Mailles Viard

RGE : un dispositif trop complexe pour les petits artisans ?

Pour bénéficier des aides à la rénovation énergétique, le particulier doit faire appel à un professionnel RGE. Mais la lourdeur des formations pénalise les petits artisans. Récemment allégées, sont-elles plus accessibles ?Réponses avec Eric Lalande, vice-président de l’UR de la (...)

Eric Lalande, ces aides à la rénovation et l’appel d’air qu’elles provoquent ne cachent-ils pas un danger pour les petits artisans ?
Eric Lalande : Les clients cherchent maintenant en priorité, des entreprises « RGE »… Ce qui peut favoriser l’émergence d’opportunistes générant des offres médiocres dans la dimension métier, mais performantes pour capter les euros des clients ! Mais dans le même temps, ce plan d’action avec cette campagne de promotion du « RGE » sont une aubaine, pour le client et pour l’artisan. Les entreprises stables et durables qui ont un bon standard de qualité dans leurs cœurs de métiers respectifs, s’adaptent aux nouvelles exigences et se forment car elles sont naturellement dans l’esprit des démarches sur le fond.

L’obtention du label paraît ressembler à un parcours du combattant : le temps à consacrer, le coût, les dédales administratifs. Est-ce le cas ?
Effectivement, l’obtention de la reconnaissance « RGE » nécessite déjà un effort important pour une entreprise de taille moyenne ayant plusieurs salariés, dont un poste administratif permanent pour constituer les dossiers et en assurer le suivi.
L’artisan a la volonté et la capacité de faire toutes les démarches aussi bien qu’une grande entreprise. Sauf qu’il est un homme de terrain et de métier qui doit assurer son quota de production pour boucler la fin du mois. Il faut donc comprendre, que le temps qu’il consacre aux formations spécifiques, aux inscriptions puis à la gestion et au suivi des dossiers administratifs, puis des audits qualité, plus l’ensemble des coûts induits pour être « RGE »… sont devenus insupportables !

Les modules de formation des professionnels ont été dernièrement assouplis. A quoi vont ressembler ces formations en 2015, quels changements par rapport à 2014 ?
Toutes les professions du bâtiment sont impactées par le dispositif « RGE » et autres « Quali… ». Certaines professions comme les plombier-chauffagistes sont carrément mises en difficultés, car l’artisan polyvalent dans ces métiers où il existe une qualification par spécialités (Chauffage fuel, gaz ,bois etc.) doit les acquérir toutes s’il veut avoir du travail dans son cœur de métier. Sur la base des premiers dispositifs, une adaptation était donc nécessaire. La prise en compte des mesures de simplification proposées par la Capeb, donne une bonne orientation.

Est-ce que vous voyez à la Capeb les effets de ces mesures d’assouplissement ?
Le nombre de demandes de formations est de plus en plus élevé, car elles sont poussées par le marché, puisque les clients très informés et bien conditionnés exigent maintenant que l’entreprise soit « RGE ». Donc, les entreprises qui étaient dans la démarche accélèrent le processus pour obtenir « RGE » et celles qui n’avaient pas anticipé, se rajoutent maintenant dans la file en voulant passer au plus vite. Les mesures d’assouplissements pour se mettre à la portée des plus petites entreprises commencent juste à arriver, donc il est difficile d’en apprécier les effets à ce jour. Il faut comprendre que ce projet ambitieux pour la France « d’incitation aux constructions et rénovations du bâti économe en énergies » a été construit et modélisé pour se donner des bonnes bases de travail au départ. Or, la traduction de ce plan d’actions dans le monde réel des petites entreprises, se construit dans l’opérationnel au jour le jour avec des problématiques à résoudre chemin faisant.Le rôle d’une organisation professionnelle comme la Capeb est important, pour initier et accompagner la montée en compétences des entreprises

Est-ce que le risque demeure de voir les travaux monopolisés par de grosses structures, pas forcément locales ou même nationales ?
Ce marché, composé majoritairement de petits et moyens chantiers répartis à l’échelle nationale, attire naturellement l’attention des grandes entreprises. En prenant leurs marges au passage, des grandes entreprises se positionnent et redistribuent le travail en sous-traitance vers des moyennes, puis des petites entreprises qui n’ont plus d’autres choix que se positionner avec l’offre la plus basse. Offre la plus basse, qui incite l’appel à la main d’œuvre la moins chère possible, qui dans certains cas est mobilisée à l’extérieur du territoire national. Il est difficile de créer des contraintes pour empêcher ce type de développement qui peut démanteler le tissu d’entreprises locales, créatrices d’emplois pérennes, près de chez nous. Une voie possible pour que l’artisanat du bâtiment puisse garder de bonnes parts de ce marché, est l’approche collaborative entre entreprises partageant les mêmes valeurs, les mêmes logiques de travail et de qualité, pour construire des offres globales valables, réalisées dans des temps corrects.
Propos recueillis par Virginie Mailles Viard

Eric Lalande est Vice-Président de l’Union Régionale de la Capeb. Il est également le Président de la CAPEB du Lot. Il se définit avant tout comme un authentique artisan du bâtiment, ayant le titre de Maitre Artisan Menuisier.