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Publié le jeudi 25 octobre 2018 à 19h03min par Johanna Decorse

Pollution plastique. La Garonne sous surveillance pendant trois ans

Durant trois ans, des chercheurs toulousains vont suivre et mesurer la pollution plastique dans la Garonne et son impact sur la biodiversité. Ce projet scientifique va permettre d’enrichir les données sur la pollution des eaux continentales, un sujet encore mal documenté à l’échelle (...)

Depuis mi-octobre, une dizaine de scientifiques toulousains prélèvent dans la Garonne toutes sortes de déchets plastiques pour les analyser et bientôt, mesurer leur impact sur la biodiversité. Baptisé PlastiGar, ce projet de recherche inédit, financé par l’agence Adour Garonne et la Région Occitanie à hauteur 340.000 euros, est conduit par les équipes des laboratoires toulousains, Interactions moléculaires et réactivité chimique et photochimique (IMRCP) et Evolution et diversité biologique (EDB), deux unités mixtes du CNRS et de l’Université Paul Sabatier.

Prévu pour durer trois ans, il sera mené dans la partie amont du bassin versant de la Garonne sur quelque 200km, de Loures-Barousse dans les Hautes-Pyrénées à Agen en passant par Muret et Castelsarrasin.

Encore peu d’études en eaux douces

« La pollution plastique dans le milieu marin fait l’objet d’études depuis environ quarante ans. Pour les eaux continentales, le phénomène est encore très mal caractérisé. Les premiers travaux datent de 2013 et sont peu nombreux. Les rares études ont porté sur le Danube qui déverserait chaque jour 4 tonnes de plastique dans la mer ou encore sur le Rhin, qui en transporterait quotidiennement 200 millions de tonnes », explique Alexandra Ter Halle, physico-chimiste à l’IMRCP.

Selon le CNRS, il n’existerait quasiment pas de données sur les débris de plus petites tailles. C’est justement sur ce type de déchets, micro-plastiques primaires comme les micro-billes utilisées dans les cosmétiques ou les fibres synthétiques et secondaires, provenant d’objets plus gros qui se sont cassés dans l’environnement, que les chercheurs vont concentrer leur travail minutieux.

Identifier les sources de pollution

Equipés de filets aux mailles de 500 à 25 microns, ils effectueront leurs prélèvements dans l’eau et les sédiments, en quatorze points différents sur les principaux affluents amont de la Garonne dont la Neste, le Salat, la Save ou le Gers et sur le fleuve même, en amont et en aval de Toulouse, afin d’identifier si le passage dans la métropole engendre une hausse des concentrations de résidus.

A partir de juillet 2019, les scientifiques se pencheront sur l’impact de cette pollution sur la biodiversité. Macro-invertébrés type vers, escargots d’eau douce et écrevisses et poissons (truites, goujons, silures, brochets) seront capturés et le contenu de leur estomac analysés, afin de mesurer le transfert potentiel des micro-plastiques dans la chaîne alimentaire. Leur caractérisation permettra aux scientifiques de déterminer quelle activité humaine, industrielle, agricole ou liée aux particuliers est surtout source de pollution. Et aux élus et décideurs qui auront ces données en main, d’adapter leurs politiques publiques en conséquence.
Johanna Decorse

Sur les photos : Le projet Plastigar a commencé mi-octobre avec des premiers échantillonnages au niveau de la ville de Muret. Crédits : Vincent NGuyen /Plastigar/CNRS Photothèque