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Publié le jeudi 31 mai 2018 à 16h17min par Aurélie de Varax

Pierre Monsan, TWB :« Les bactéries sont des alliés pour la sauvegarde de l’environnement »

Du 30 mai au 5 juin se déroulera la semaine européenne du développement durable. L’occasion de rappeler que les meilleures amies de l’environnement sont les bactéries ! Pierre Monsan, directeur de l’accélérateur de projets Toulouse White Biotechnology, nous explique pourquoi.

Toulouse White Biotechnology (TWB) [1] s’intéresse de longue date aux bactéries, pourquoi ?
Pierre Monsan : Présentes partout, les bactéries ont une image négative mais en réalité, elles sont d’une grande richesse pour le corps humain et l’environnement. Nous abritons plus d’un kilogramme de bactéries dans notre corps. Notre peau, nos muqueuses sont couvertes de bactéries. Et ces bactéries jouent un rôle essentiel dans l’équilibre de notre santé : elles contrôlent par exemple notre prise de poids, nos états inflammatoires etc.. Donc heureusement elles ne sont pas toutes dangereuses et pathogènes et on peut vivre en bonne intelligence avec elle. Il ne faut pas les supprimer - ce que font un peu trop les antibiotiques mais il ne faut pas non plus les laisser nous envahir. C’est un juste équilibre à trouver. Les chercheurs s’évertuent à les comprendre car les bactéries sont notre avenir à bien des égards.

Justement, vous dites qu’elles sont les meilleures amies de l’environnement. Pourquoi ?

Les bactéries sont partout et elles sont très gourmandes. Elles ont donc la capacité de nettoyer tous nos déchets : nos résidus, nos sols contaminés…, tout en ayant une capacité d’adaptation extraordinaire du fait de leur reproduction accélérée toutes les vingt à trente minutes. Prenons l’exemple du nylon, apparu industriellement il y a 60 ans. Par le jeu de l’évolution du vivant, des bactéries sont déjà capables de le dégrader. Facilement cultivables en laboratoires, les bactéries représentent précisément un moyen efficace de contribuer à l’avènement d’une industrie ‘verte’. Nous leur demandons par exemple de produire des enzymes (protéines qui accélèrent les réactions de notre métabolisme) qui vont dégrader des matières plastiques.

Quelques exemples de projets que vous soutenez à TWB ?
Nous avons deux exemples travaillés avec la société Carbios, basée à Clerment-Ferrand autour du recyclage de deux composants plastique : le PET et le PLA. Carbios a développé une enzyme qui débarde le PLA (acide polylactique utilisé pour faire des fibres textiles) utilisé ensuite comme film de paillage agricole. Carbios a monté une joint venture sur le sujet et levé 8,5 millions d’euros pour développer la production de cette enzyme. Quand ces bactéries dégradent nos déchets, par exemple alimentaires, elles peuvent produire de l’énergie : hydrogène et méthane. C’est la méthanisation. Mais ne perdons pas de vue que l’application la plus importante en volume du travail des bactéries est la dépollution de l’eau dans les stations d’épuration.

Un exemple toulousain également ?
Nous avons récemment fait venir à Toulouse la société PIli qui propose de colorer des jeans à partir de bactéries. L’industrie chimique de production des colorants est extrêmement polluante et très mauvaise pour l’environnement. L’idée de Pili est d’utiliser des bactéries qui, à partir du sucre, produisent des colorants. Ils ont déjà produit du bleu. Avec eux, nous revivons l’histoire du pastel. C’était une biotechnologie ancestrale empirique : les feuilles de la plante étaient mis sous forme de boule (la cocagne) et ensuite une fermentation spontanée se produisait pour obtenir cette coloration bleue.
Propos recueillis par Aurélie de Varax

Photo DR.

Notes

[1L’ambition des biotechnologies blanches est de produire durablement des substances biochimiques, des biomatériaux et des biocarburants à l’échelle industrielle et à partir de ressources renouvelables.