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Publié le vendredi 29 janvier 2016 à 09h04min par Aurélie de Varax

Patricia Éon : « Plus de 50% des entreprises de l’ESS dans le secteur des déchets sont en développement d’activités »

Dans son analyse des entreprises de l’ESS dans l’économie circulaire qui vient de paraitre, la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire (CRESS) de Midi-Pyrénées a levé les forces et faiblesses du secteur comme son potentiel. Rencontre avec Patricia Éon, sa directrice.

Patricia Éon, en quoi l’économie social et solidaire (ESS) est-elle innovante sur le secteur des déchets et de l’économie circulaire ?
L’ESS et l’économie circulaire ont la même finalité : l’utilité sociale et le développement durable. Par rapport à l’économie classique, elle répondent à des besoins de territoires. L’innovation peut être technologique, si l’on prend l’exemple d’Emmaüs Le Relais qui a créé à partir de textiles, le produit isolant métisse. Et elle est toujours sociale. On développe les marchés non selon une opportunité mais une utilité sur un territoire. Enfin, la méthode aussi est innovante. Elle est collaborative en intégrant des partenariats avec l’économie classique et les collectivités. Ils vont même ensemble créer des structures communes sous forme de SCIC.

Vous dites que l’économie circulaire est un enjeu pour le développement de l’ESS et plus largement de l’économie régionale, sur quelles données vous appuyez vous ?
Le secteur compte 156 entreprises en Midi-Pyrénées mais notre étude s’est basée sur un échantillon de 43 structures qui représentent 983 salariés. 43% sont en postes permanents donc hors emplois aidés et insertion. Ce sont donc des structures qui créent de l’emploi. Les activités prépondérantes sont la collecte et le tri, fortement utilisateurs de main d’oeuvre, et le réemploi et recyclage. Elle sont très présentes sur les textiles (le Relais, Vertex dans l’Ariège), les encombrants (Regain dans le Lot) et tout ce qui est multi-matière à travers l’activité des ressourceries comme Valoris dans le Gers. Et plus de 50% de ces acteurs sont en perspective de développement d’activités avec un chiffre d’affaires en hausse de 70% sur les trois derniers exercices.

Quels sont les points forts majeurs des sociétés de l’ESS sur ce marché des déchets ?
Leurs forces, c’est leur encrage territorial, la coopération, la possibilité d’explorer des niches de marché. Et ce sont des structures flexibles et pourvoyeuses d’emplois non délocalisables. Elles ont finalement trois missions : réaliser des activités sur un marché, insérer des publics en difficulté lorsqu’elles sont entreprise d’insertion et assurer un service public de gestion des déchets en lien avec les collectivités.

Et côté faiblesses ?
C’est une force et aussi une fragilité d’être sur plusieurs enjeux et matières. Cela nuit à leur visibilité, crée un problème d’image et alimente les idées reçues comme, par exemple, le manque de professionnalisme. Autre faiblesse : leur modèle économique avec des ressources hybrides qui proviennent de la vente de produits mais aussi de cotisations (80% sont des associations) et, pour 15% de notre échantillon, de subventions. Parallèlement, elles sont de plus en plus en concurrence avec l’économie classique donc elles doivent développer des stratégies de coopération avec d’autres structures. Pour cela, il faut qu’elles soient visibles et reconnues comme des entreprises à part entière. Ce diagnostic est pour nous l’étape initiale pour construire un programme d’accompagnement sur 2016. Cela veut dire les intégrer dans les politiques du conseil régional, à commencer par le schéma de développement économique. Nous allons aussi les accompagner sur de la formation, sur la mutualisation de l’offre, l’accès à des financements et bien sûr comment monter des modèles de coopération économique.

Sur ce point justement, qui sont les structures exemplaires ?
Vous avez par exemple Greenburo qui travaille sur la filière papier, carton et mobilier de bureau. C’est une entreprise d’insertion et une scop de quinze salariés qui a développé des partenariats forts avec quatre entreprises industrielles dont Suez, Veolia et ils travaillent aussi avec Cler Verts sur les déchets organiques. Il y a aussi le syndicat départemental du Lot qui a intégré les entreprises ESS pour leur permettre d’accéder au gisement des déchets pour les traiter et créer des emplois. Enfin, le récent PTCE Organic Vallée. C’est vraiment un modèle par la mise en place d’un écosystème où la coopération territoriale passe par le modèle de l’ESS.
Propos recueillis par Aurélie de Varax

Sur la photo : Patricia Éon, directrice de la CRESS Midi-Pyrénées. Photo Kevin Figuier.