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Publié le jeudi 6 août 2015 à 20h20min par Aurélie de Varax

Midi-Pyrénées, territoire pionnier de la mobilité à l’hydrogène vert

article publié le 26 juin

L’ouverture de la première station de remplissage à l’hydrogène à Albi préfigure le corridor de mobilité hydrogène de Midi-Pyrénées. La filière se profile comme un atout de la région dans sa transition énergétique.

Catherine Jeandel, vous êtes présidente de Madeeli, l’agence régionale de développement économique de Midi-Pyrénées. Quels sont les atouts de l’hydrogène comme vecteur d’énergie ?
Le dihydrogène est un vecteur d’énergie à fort potentiel tout en ne contribuant pas à l’ajout de gaz à effet de serre. Il peut être utilisé directement comme carburant mais pour l’instant son plus fort développement, c’est dans une pile à combustible. Et comme il ne produit que de la vapeur d’eau et de l’énergie, il est présenté comme l’alternative la plus écologique au remplacement du pétrole dans les moteurs thermiques, en même temps qu’une source de stockage intéressante pour le développement des moteurs électriques et des énergies renouvelables. Soit on utilise de l’hydrogène piégée dans la matière organique - par exemple le biogaz que l’on raffine - soit produite par électrolyse de l’eau. Il faut alors de l’électricité qui peut provenir d’une source classique - une centrale thermique ou nucléaire mais ce n’est pas optimum - ou de sources de production d’électricité décentralisées et renouvelables comme l’éolien ou le solaire. C’est ce qu’on appelle l’hydrogène vert.

Sur cet axe de l’hydrogène vert, quels sont les atouts de Midi-Pyrénées ?
Nous pouvons développer des unités locales car nous ne manquons ni d’énergies de flux - solaire et vent -, et ni de biogaz. A l’agence nous avons fait une étude avec le laboratoire de génie chimique sur le fait que si vous fabriquez de l’hydrogène de façon délocalisée avec des petites unités de production, c’est 7,7 fois moins impactant en terme de production de gaz à effets de serre que si vous la fabriquez de façon centralisée. C’est vrai que c’est plus économique au départ, mais en terme d’évolution d’une société vers une transition énergétique, c’est beaucoup plus intéressant de produire de l’hydrogène de façon délocalisée avec des systèmes de stockage locaux.

Peut-on parler de l’émergence d’une filière en Midi-Pyrénées ?
D’une façon générale, l’hydrogène est peu développée en France, contrairement à l’Allemagne. En Midi-Pyrénées, il y a une belle énergie autour de cette filière avec des acteurs moteurs. D’une part PHyRENEES, l’association qui anime le secteur. Elle a parmi ses fondateurs des universités, le syndicat mixte de Trifyl, Airbus, et GDF Suez. Trifyl est très investi dans le reformage du méthane pour produire de l’hydrogène. Vous avez la Sem Eveer’Hy’Pôle, une plateforme technologique de R&D pour véhicules et équipements à hydrogène qui fait la une aujourd’hui avec l’inauguration de la première station de remplissage sur le circuit d’Albi. Sur la mobilité, nous avons aussi le constructeur de bus régional Safra avec l’offre Businova, et le projet d’autoroute de l’hydrogène de Rodez à Saragosse avec une forte implication de l’entreprise Braley dans l’Aveyron. Beaucoup d’entreprises commencent sérieusement à se mobiliser dont de grands groupes industriels.

Quels sont les principaux freins à lever ?
La situation mûrit vite mais il faut donner une cohérence à cette nouvelle filière. C’est la mission que Martin Malvy a confié à Madeeli. Cela ne va pas se faire en claquant des doigts. Il faut faire en sorte que les acteurs se parlent entre eux et que toutes les pièces du puzzle puissent être organisées pour donner une visibilité à la filière. Mais pour donner cette cohérence, il va falloir traiter aussi la question de la réglementation. Berlin a déjà développé le véhicule à hydrogène. En France pour promener un modèle à l’autre bout de la France, il faut encore des dérogations. Il faudra aussi informer sur ce qu’est le combustible à hydrogène et ses avantages. L’ingénierie en est consciente. A chaque fois qu’un projet est mené sur la mobilité à l’hydrogène, il intègre une réflexion sur la sécurité.

Avez-vous une idée du potentiel économique pour notre Région ?
C’est en cours. Dans le contexte de cette explosion générale, c’est important pour nous d’évaluer le potentiel économique, mais c’est difficile dans une filière où des acteurs se lancent quand d’autres hésitent encore. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne pourra pas se passer d’énergie et ni de mobilité. Avec l’hydrogène, nous avons une source d’énergie absolument extraordinaire. Il faut la dompter et c’est exactement ce que nous sommes en train de faire en Midi-Pyrénées.
Propos recueillis par Aurélie de Varax

Sur la photo : Catherine Jeandel, présidente déléguée de Madeeli. Photo Guillaume Oliver