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Publié le jeudi 11 juin 2015 à 20h11min par Aurélie de Varax

Marc Rivière, Midi-Pyrénées Bois : « Il faut développer le bois énergie avec parcimonie et intelligence »

Avec 4000 entreprises et 20.000 emplois en Midi-Pyrénées, la filière bois pèse son poids même si elle ne fait pas beaucoup de bruit. A l’occasion de l’assemblée générale de l’association interprofessionnelle Midi-Pyrénées Bois, rencontre avec Marc Rivière, son président.

Le bois a été inscrit parmi les 34 filières prioritaires de la « nouvelle France industrielle », où en sommes-nous en Midi-Pyrénées ?
Marc Rivière : La part de marché vers la construction et le bois énergie ne cesse d’augmenter. Aujourd’hui nous sommes aux alentours de 7% du marché de la construction - c’était 1% il y a dix ans -, avec beaucoup de constructions mixte bois béton sur du collectif. On adjoint l’efficacité du mur ossature bois en terme d’isolement, de légèreté à une structure générale en béton. C’est ce qui se développe le plus actuellement puisque les normes limitent l’ossature bois à deux, voire trois étages.

Il y a actuellement des remontées négatives sur l’entretien des construction bois. N’y a-t-il pas un risque pour le développement de la filière ?
Ce sont des aspects qui n’ont jamais été traités. Avec chaque bâtiment, il faudrait vendre une prestation périodique d’entretien incluse dans le contrat de construction, comme cela doit être le cas dans les pays nordiques. Aujourd’hui on est tous à l’économie donc ce paramètre n’est jamais pris en compte. Mais avant d’en arriver là, il faut faire de la prescription pour inciter les donneurs d’ordre et les clients à poser des saturateurs en surface pour garantir une esthétique sur 4 à 5 ans. Malheureusement ce n’est pas dans la culture en France d’entretenir le bois des bâtiments. Il faut savoir ce que l’on veut. Soit on utilise un matériau renouvelable et on fait ce qu’il faut pour qu’il perdure des siècles, soit on en reste au PVC et autres matériaux qui ne s’entretiennent pas mais qu’il faut remplacer.

Et où en sommes-nous sur le volet de la valorisation énergétique ?
Cela va très vite et il faut arbitrer ce développement pour que l’activité bois-énergie soit en adéquation avec la ressource. Il ne s’agit pas de monter des chaudières et de ne pas avoir l’accès à la ressource comme cela a été le cas pour plusieurs sites importants. L’important est d’implanter ces chaudières là où il existe réellement des ressources. D’autre part, il y a aussi d’autres industries qui utilisent la ressource comme la papeterie et l’important est de ne pas déshabiller Paul pour Jacques. Si vous faites monter le prix de la matière première pour le bois énergie, vous le faites aussi monter pour la papeterie. Il faut développer le bois énergie avec parcimonie et intelligence via une analyse complète de la ressource. Et il faut que cela soit surveillé par les agences de l’Etat et de la Région. On essaie de le faire au sein de Midi-Pyrénées bois mais ce n’est pas simple.

Quelles sont les stratégies développées en Midi-Pyrénées pour « relocaliser » les activités de transformation ?
Notre défi n’est pas de relocaliser mais de soutenir la filière existante. En ce qui concerne les produits meubles classiques, on ne peut plus lutter. Si on ne prend pas de mesures protectionnistes, qui ne dépendent pas de la filière, nous sommes obligés de passer par de l’innovation, ce que des pays comme la Chine ne peuvent apporter. Il faut travailler sur la qualité, le sur-mesure, le service, l’innovation. Midi-Pyrénées Bois mène des actions auprès des fabricants de meubles. Nous avons accompagné certains sur l’innovation produit et sur la commercialisation. Nous sommes aussi là pour relayer les difficultés de la filière auprès des services de la Région et de l’Etat, et solliciter des aides.

Qui sont les acteurs les plus vulnérables ?
Ce sont les scieries. Nous menons actuellement une action pour les 104 scieries de Midi-Pyrénées qui sont en perte de vitesse de marchés. Les propriétaires forestiers vendent au plus offrant et actuellement beaucoup de grumes (arbre coupé) partent directement en Chine. Ce n’est pas majoritaire mais cela a une incidence sur le prix du marché qui augmente dans un marché de la construction morose. Les scieries sont coincées entre une hausse des prix de la matière première et une baisse de son prix de vente. La Région nous a demandé une enquête auprès des scieries pour voir comment agir. Une étude est en cours pour savoir comment aider ces scieurs sur l’accès à la ressource, et comment les aider à la réindustrialisation pour produire moins cher. Et comment vendre à de nouveaux clients donc sur la commercialisation de leurs produits.

Et où en sommes-nous sur l’accès à la ressource bois ?
Nous sommes la troisième région forestière et le bois est détenu à 80% par des propriétaires privés. Face au problème des propriétaires qui vendent à des négociants en lien avec le marché international, il y a un réseau efficace de mobilisateurs. La forêt midi-pyrénéenne présente des contraintes. Il y a des accès en pentes, un morcellement de la forêt privée et elle est majoritairement de feuillus alors que la demande industrielle se porte plutôt sur du résineux. Face à ces contraintes, c’est un travail de longue haleine. A la suite de travaux et recommandations, il y a des dispositifs mis en oeuvre. Des travaux ont été menés sur la desserte forestière, l’équipement des machines de mobilisation et la reconversion des forets dépérissantes. Les conférences à l’issue de notre Assemblée générale ont mis en évidence quatre initiatives privées dans une logique de développement durable. Il y a Fibre Excellence, Alseide, Plantons pour l’Avenir qui est un fonds de dotation pour le reboisement de la forêt française, et un projet d’exploitation des bois en forte pente.
Propos recueillis par Aurélie de Varax.

Sur la photo : la Scierie des trois Vallées à Cugnaux (Haute-Garonne). Photo Midi-Pyrénées Bois.