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Publié le jeudi 6 juin 2019 à 18h37min par Valérie Ravinet

Lundi Vert : « Mesurer l’impact d’une opération citoyenne sur la consommation de viande »

Chercheur à l’Inra, Nicolas Treich est responsable du groupe de recherche en économie sur l’environnement à Toulouse School of Economics. Avec Laurent Bègue, professeur de psychologie sociale de l’université de Grenoble, il est à l’initiative de l’opération « lundi vert », qui veut changer les habitudes (...)

Nicolas Treich, pourquoi avez-vous lancé cette opération ?
La baisse de la consommation de viande est un levier majeur pour freiner le réchauffement climatique et réduire les pollutions locales de l’air et de l’eau. Ces pollutions sont imparfaitement gérées par les pouvoirs publics et on parle d’exception agricole sur la question climatique. Nous avons voulu mesurer, dans le cadre d’un programme scientifique, l’impact d’une opération citoyenne sur la réduction de la consommation de viande. Mise en œuvre dans plusieurs pays, cette opération était inédite en France.

En quoi consiste la démarche ?
Il s’agit de s’engager à ne manger ni viande ni poisson le lundi, pendant un an. Les participants volontaires peuvent s’inscrire sur un site dédié. Ils remplissent un questionnaire en ligne qui nous renseigne sur leur profil. Chaque lundi, ils reçoivent un message de rappel de l’opération, avec un lien vers des recettes végétariennes, et chaque mardi, on leur demande s’ils ont ou non participé au « lundi vert ». On dénombre aujourd’hui plus de 25.000 inscrits sur le site depuis sa mise en ligne le 7 janvier dernier.

Mesurez-vous son succès aujourd’hui ?
Le manifeste lancé dans le journal Le Monde, au départ de l’expérimentation, a été signé par 500 personnalités du monde académique, politique et artistique. L’opération a fortement gagné en visibilité grâce à l’engagement de ces personnalités publiques. Un sondage mené par l’institut Toluna auprès d’un échantillon de 2005 personnes représentatives de la population française indiquait que plus de la moitié des répondants avait entendu parler de l’opération et que 10,5% l’avaient mis en œuvre. L’impact nous a impressionnés.

Quels enseignements comptez-vous tirer de cette expérimentation ?
Ce qui nous intéresse, ce sont les questions scientifiques : qui sont les personnes qui pratiquent le lundi vert ? Que nous révèlent-elles sur leurs comportements ? Quels sont les messages qui renforcent leurs motivations ? Nous avons observé que les inscrits sur le site sont plutôt des gens plus riches, plus jeunes et plus éduqués que la moyenne des Français. Parmi les inscrits, 77% sont des femmes. L’étude du profil psychologique révèle aussi que les inscrits sont plus « ouverts à l’expérience ». Dans un second temps, nous confronterons nos résultats à d’autres études, conduites de manière plus large, pour évaluer la portée des approches douces pour changer les habitudes alimentaires.

Que répondez-vous à vos détracteurs, qui estiment que l’opération est sans portée ?
A lundi vert, certains ont répondu par samedi rouge ! Même avec des moyens humains et financiers limités, cette opération a un impact important et contribue à la sensibilisation aux questions environnementales, sanitaires et éthiques autour de l’alimentation. C’est aussi un message aux pouvoirs publics indiquant qu’il est nécessaire et possible d’accompagner la végétalisation de l’alimentation.
Propos recueillis par Valérie Ravinet

Sur la photo : Nicolas Treich, chercheur à Toulouse Scool of Economics. Crédits : TSE Pictures.

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