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Publié le jeudi 23 octobre 2014 à 17h46min par Aurélie de Varax

Loi de transition énergétique : « Mettre la barre plus haut ne correspond pas à la réalité du terrain »

A l’occasion du 28e Congrès International Amorce : « Déchets, énergie, environnement, quels enjeux pour 2025 ? » du 22 au 24 octobre à Toulouse, Elisabeth Toutut-Picard, présidente de la Commission environnement de Toulouse Métropole, évoque la loi de transition énergétique.

Le 28e Congrès International Amorce réunit à Toulouse les décideurs des collectivités du 22 au 24 octobre sur la thématique : « Déchets, énergie, environnement : quels enjeux, quels objectifs, quelles gouvernances pour 2025 ? ».
Rencontre avec Elisabeth Toutut-Picard, adjointe au Maire en charge du développement durable et présidente de la commission environnement de Toulouse Métropole.

Elisabeth Toutut-Picard, comment accueillez-vous la nouvelle loi sur la transition énergétique ?
Elisabeth Toutut-Picard : Je reçois cette loi avec un mélange de satisfaction et de scepticisme. De satisfaction, car les acteurs s’interrogent de nouveau sur la nécessité d’une démarche de développement durable et il faut savoir que Midi-Pyrénées va être particulièrement concernée par le réchauffement climatique. C’est là que l’augmentation de température entre 1945 et 2007 est la plus importante en France (1,3 degré quand la moyenne française est à 0,9). Par contre, je suis très sceptique au niveau des nouvelles exigences qui sont proposées par cette loi. Dans le cadre de nos plans climats, nous étions déjà sur des objectifs européens ambitieux avec les trois fois 20 (20% de réduction des émissions de gaz à effets de serre et des énergies fossiles et 20% d’énergies renouvelables) et il va falloir faire plus. Ce sont des objectifs actuellement inatteignables pour une grande métropole en pleine mutation démographique comme la nôtre. Et quand on voit arriver des objectifs encore plus ambitieux, même si le délai proposé est un peu plus long, cela ne correspond pas à la réalité de nos capacités sur le terrain.

Et sur le volet des déchets ?
Cela donne l’impression que la montagne a accouché d’une souris car on nous donne l’objectif « zéro déchet », mais une collectivité n’a aucun moyen de pression sur l’ensemble du processus de création des déchets. Il faudrait plutôt donner ces consignes à l’univers de l’industrie qui multiplie les couches d’emballage. Le seul terrain sur lequel on peut intervenir avec les coudées franches, ce sont toutes les démarches de sensibilisation pour faire évoluer les comportements. Nous avons un plan de prévention de la production des déchets (PPPD) qui commence à avoir quelques retours.

Qu’allez-vous mettre en œuvre au niveau du Plan climat énergie territorial ?
Nous allons commencé à travailler sur sa réactualisation en 2015. Tout ce qui est rappelé dans la loi de transition énergétique est déjà présent dans notre plan climat. Ce qui a changé, c’est les niveaux d’exigences proposés. Et nous allons essayer d’accélérer les démarches. Pour les énergies renouvelables, j’ai fait faire une évaluation et nous sommes actuellement à 4% sur la communauté urbaine. Voyez l’écart qu’il y a.

L’Autorité organisatrice de l’énergie (AOEn) a été créée en 2013 par la communauté urbaine, qu’a-t-elle réalisé ?
Un bilan des infrastructures existantes, une étude prospective en matière de recommandations pour les énergies renouvelables et celle-ci a débouché sur notre schéma directeur des énergies renouvelables.

Quels sont les projets majeurs en matières d’énergies renouvelables ?
L’AOEn a défini un axe prioritaire que sont les réseaux de chaleur. C’est le système qui existe sur le Mirail. Nous récupérons la chaleur issue de l’incinération des ordures pour assurer le chauffage et l’eau chaude sanitaire de tous les quartiers du Mirail. On a déjà 22 km de canalisation et nous souhaitons étendre ce réseau sur d’autres quartiers car c’est une énergie moins chère pour le consommateur. A Toulouse aussi nous travaillons sur un projet de récupération de chaleur sur l’usine de traitement des eaux usées de la ville pour alimenter le quartier des Izards. Nous avons aussi un projet de valorisation de la chaleur issu de supers calculateurs utilisés par Météo France sur la ZAC de Montaudran. Dans cinq à six ans on va réussir à améliorer notre performance, l’objectif étant de doubler la production sur le territoire à horizon 2020. Nous restons très modeste car ce sont des investissements très importants.
Propos recueillis par Aurélie de Varax

Sur la photo : Elisabeth Toutut-Picard, présidente de la Commission environnement de Toulouse Métropole lors du Congrès Amorce à Toulouse. Photo Bernard Aïach- Mairie de Toulouse.

Chiffres clés de la loi de transition énergétique :

  • Réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40% entre 1990 et 2030 et les diviser par quatre à l’horizon 2050 (facteur 4) ;
  • Réduire la consommation énergétique finale de 50 % en 2050 par rapport à 2012 et porter le rythme annuel de baisse de l’intensité énergétique finale à 2,5 % d’ici à 2030 ;
  • Réduire la consommation d’énergies fossiles de 30 % en 2030 par rapport à 2012
  • Porter la part des énergies renouvelables à 23% de notre consommation énergétique finale brute d’énergie en 2020 et à 32 % en 2030 ; - Porter la part du nucléaire à 50% dans la production d’électricité à l’horizon 2025.