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Publié le mardi 4 novembre 2014 à 18h00min par Virginie Mailles Viard

Les visages du biogaz

Tel Janus, il a deux visages. Triste méthane, l’un des pires gaz à effet de serre, mais qui, quand on le récupère, devient une énergie renouvelable naturelle. La région Midi-Pyrénées s’est attelée à la tâche avec un plan Biogaz. Pour que la récupération du méthane soit une priorité.

Elles ont fait en janvier 2014 la Une des journaux européens : les flatulences de 90 vaches ont quasiment fait exploser une étable à Rasdorf, en Allemagne. Un fait divers qui rappelle que ce gaz, que l’on dit bio, détone, mais est aussi 23 fois plus puissant que le CO2 en effet de serre. Les chimistes l’appellent le CH4, qui quand on le brûle, devient CO2 et H2O. A l’image de l’étable de Rasdorf, la planète Terre souffre du trop de méthane qu’elle émet. Tout tissu vivant s’il se décompose en absence d’oxygène produit du méthane… Les décharges d’ordures, l’extraction du charbon, les déchets verts, les reflux des ruminants font grimper une note qui pourrait exploser avec la fonte des glaces. La décomposition organique piégée par le couvercle de glace depuis des millénaires est une bombe à retardement.
Avec ses 350 millions de tonnes d’émissions par an, le méthane est un poids lourd des gaz responsables du réchauffement climatique.


La culture du biogaz diffère suivant les continents

Face à ce « poison écologique », une solution : le récupérer. Il ne faut pas laisser partir le méthane : parce qu’il est un GAE, et parce qu’il est une énergie renouvelable. Une fois brûlé, il devient relativement propre, c’est tout son paradoxe. L’ensemble du monde agricole est porteur d’un réel avenir énergétique et écologique. Il suffit de récupérer le méthane produit naturellement et d’apprendre à l’utiliser à la place des énergies fossiles. Les pays du Sud nous montrent la voie : l’Asie, depuis les années 30, a développé une vraie culture du biogaz. Aujourd’hui, des millions de digesteurs en Chine et en Inde équipent des foyers qui cuisinent et se chauffent grâce au méthane. A Madagascar, sous l’impulsion de l’association Jiro, et de l’Etat français, elle est une alternative au charbon de bois, qui ravage les forêts et est la première cause de mortalité.


La région Midi-Pyrénées traite le méthane à la source

L’Allemagne a elle fait le choix de produire artificiellement du méthane. Elle subventionne la production intensive de 800 000 hectares dédiés à des cultures énergétiques au détriment de l’alimentation qu’elle importe en masse. Ce scénario est rejeté en Midi-Pyrénées. Cette région a lancé un plan Biogaz à grande échelle. Elle a fait le choix de traiter les émissions à la source, en ouvrant des études et des financements aux porteurs de projets. Des cabinets d’études comme Solagro, Méthaneva, ou Méthaneo, accompagnent les exploitants. En Midi-Pyrénées, les projets se multiplient. Contrairement à d’autres territoires, la région se démarque par sa diversité, souligne Christian Couturier de Solagro : « Du bovin dans l’Aveyron, du canard dans le Gers, du cochon dans le Lot… C’est une richesse, et un handicap parce qu’il faut faire du cas par cas et s’adapter. » Aujourd’hui cent projets sont soutenus par le dispositif Biogaz, qui les accompagne jusqu’à leur réalisation. Des petites unités à la ferme, jusqu’aux projets collectifs, la région ne s’interdit aucune piste pour valoriser les 2200 GWh/an de biogaz qui couvent.

Virginie Mailles Viard

  • La région Midi-Pyrénées a signé une convention d’objectif avec l’Etat, dans le cadre du plan national Energie Methanisation Autonomie Azote, qui vise 1000 installations d’ici 2020 en France.

  • Le dispositif Biogaz 2014 vise les 100 installations de méthanisation.

  • Un opérateur régional entièrement dédié aux énergies renouvelables, Midi-Pyrénées Energies Investissements (MPEI), est créé depuis mai 2013.
  • Le premier certificat d’engagement de MPEI a été délivré à la société Méthanéo, intitulé PERLA (pôle d’énergie renouvelable de Lannemezan – 65).