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Publié le mercredi 22 janvier 2014 à 18h01min par Virginie Mailles Viard

« Les petits gars de la campagne », un documentaire historique sur la PAC

Le documentaire « Les petits gars de la campagne » réalisé par Arnaud Brugier, sort cette semaine sur les écrans nationaux. Co-produit par Télé Toulouse, il décrypte la Politique Agricole Commune des années 60 à nos jours. Projection et débat à Montauban le 24 janvier.



Il y a ce jeune éleveur bovin, qui a vu le cours du lait baisser tant et tant, qu’il ne vit que grâce aux subventions de la Politique Agricole Commune, la PAC. Il y a ce couple d’éleveurs de chèvres, totalement dépendants des aides. Les hommes et les femmes qui témoignent dans le dernier documentaire d’Arnaud Brugier ont tous un point en commun : ils ont vécu la transition imposée par la PAC, le principal budget de l’Union Européenne. Ce géographe de formation, a ramené d’un long et patient voyage, un véritable documentaire historique sur les impacts de la PAC, des années 60 à aujourd’hui.



Cinq années durant, Arnaud Brugières a arpenté les montagnes des Pyrénées Orientales, sillonné en voiture les hectares de champs de céréales du Languedoc-Roussillon. « A l’origine de ce film, je voulais travailler sur l’évolution des territoires, voir comment ils avaient changé aussi rapidement. Puis j’ai assisté à la désertification des villages. Il fallait partir, par ce que ce n’était plus rentable de travailler la terre. J’ai vu dans le même temps, les céréales gagner du terrain. »

Le fil conducteur de ces errances géographiques et économiques, Arnaud Brugier l’identifie rapidement : la PAC. Le documentaire ‘’Les Petits gars de la campagne’’, réussit l’exploit d’éclairer un système complexe, en s’appuyant notamment sur le spécialiste de droit rural, Jean-Marie Gilardeau. Le film déroule les différentes partitions d’un processus, qui mène l’agriculture française à une confusion totale : la surproduction, à n’importe quel prix. 



« Produisez plus, quoiqu’il arrive, vous aurez un prix minimum garanti »



Le film revient sur les premiers pas de ce système d’aide à l’agriculture. La vision économique et industrielle s’impose :« Produisez plus, quoiqu’il arrive, vous aurez un prix minimum garanti ». Pour faire face à l’exigence, les machines agricoles sombrent dans le gigantisme. Les champs s’étendent à l’infini. Le paysage ondule au rythme des négociations de la PAC. « Mais nous nous sommes trop modernisés d’un coup, aujourd’hui nous avons un SMIC à deux. », témoigne ce couple d’agriculteurs.

Dans les années 80, on produit trop, alors on stocke la surproduction. En 2003, les agriculteurs basculent sur le DPU : un droit de paiement unique, découplé de l’acte de production. Dans une archive de 1999, le sociologue Bertrand Hervieu - aujourd’hui vice-président du Conseil Général de l’Alimentation, de l’Agriculture et des Espaces Ruraux - rappelle que « Les agriculteurs sont des producteurs du territoire, de la biodiversité, de l’eau, des paysages. On peut avoir une production qui se porte bien à l’international, et avoir une eau sale, une mauvaise viande, une biodiversité raréfiée. » Ce que cet agriculteur illustre dans un témoignage bouleversant sur sa production d’agneaux. 
« Oui on est capable de produire, mais quoi ? Je ne mangerai pas un de mes agneaux. »



A travers une représentation poétique et symphonique des paysages et des hommes, Arnaud Brugier rend hommage au monde paysan, à un territoire qu’il aime, et que les valses folles de la PAC ont bouleversé. Co-produit par Les Productions de la Main Verte et le dispositif Case Doc de TLT,
 le film a fait salle comble à l’Utopia Toulouse lors de son passage en avant-première, le 13 janvier.

Virginie Mailles Viard

« Les petits gars de la campagne » est projeté le 24 janvier au cinéma Cap Cinéma à Montauban, à 20h30. Projection suivie d’un débat en présence du réalisateur.