ToulÉco Green

Publié le jeudi 24 août 2017 à 21h30min par Aurélie de Varax

« Le scénario Repos, Région à énergie positive 2050, est ambitieux mais atteignable »

Article diffusé le 29 juin 2017

La Région a présenté lundi, à Toulouse, le très attendu scénario Repos. Il fixe la trajectoire pour que l’Occitanie devienne une région à énergie positive d’ici 2050. Au menu : une baisse de 40% des consommations d’énergie et un triplement de la production d’énergies renouvelables.

« Ce scénario donne un tempo », a précisé Thierry Salomon du bureau d’études Izuba énergies qui a coordonné les travaux menés par les cent experts mobilisés depuis quatre mois sur le projet Repos. « La démarche a consisté à quantifier année par année une trajectoire énergétique prospective de 2015 à 2050 et à vérifier que la totalité de la demande en énergie, pour tous les modes de consommation et en prenant en compte l’augmentation démographique, peut être assurée à partir d’une production issues de ressources renouvelables situées sur le territoire ».

Par rapport au coefficient d’atteinte de cet objectif, la région se situe actuellement à 19,4%. Une politique qui ne ferait que suivre la tendance ne s’élèverait qu’à 34% en 2050. Il va falloir donc frapper fort. « L’objectif 100% d’ici trente-trois ans est ambitieux mais atteignable », a déclaré Carole Delga, présidente de la Région Occitanie. « Nous devons diviser par deux la consommation d’énergie par habitant et multiplier par trois la production d’énergies renouvelables ».

Sobriété et efficacité énergétique

C’est sur les secteurs les plus consommateurs d’énergie - le bâtiment et les transports - que le défi semble le plus important. Les bâtiments représentent actuellement 47% des consommations d’énergie. Le scénario prévoit la généralisation de constructions neuves à très basse consommation d’énergie en anticipant la RT 2020 ainsi qu’un plan massif de rénovation énergétique des logements existants. Le rythme très soutenu sera de 52.000 rénovations par an en moyenne jusqu’en 2030 et 75.000 au-delà. De quoi faire diminuer la consommation de ce secteur de 25% d’ici 2050. Côté bâtiments du tertiaire, l’accent sera mis sur les rénovations et les approches d’efficacité énergétique avec une attention particulière sur la minimisation des besoins en climatisation et un objectif de diminution finale des consommations de 28%.

C’est sur la mobilité qui représentent 38% des consommations d’énergie actuelles dont 98% à base de pétrole, que le scénario Repos demande le plus d’efforts en invitant la région à sortir progressivement du pétrole. L’objectif de réduction de la consommation d’énergie est de 61% d’ici 2050. Il Il combine le développement des transports doux, mais aussi collectifs et serviciels (autopartage et covoiturage), la réduction de la mobilité via le télétravail ou la vidéoconférence, ainsi qu’un basculement vers des véhicules électriques aux renouvelables, ou alimentés au bioGNV (méthane carburant) ou encore des flottes captives de véhicules à hydrogène. Mêmes enjeux pour le fret avec un basculement vers le ferroutage.

Développement massif des renouvelables


« Le scénario vise une diminution de 40% de la consommation par habitant sans limiter l’usage mais en utilisant mieux l’énergie », insiste Thierry Salomon « mais rien ne se fera sans un triplement dans les trente-trois ans de la production d’énergies renouvelables ».

La feuille de route Repos envisage une forte augmentation de la puissance installée de solaire photovoltaïque qui pourrait croitre d’un facteur 11,8 soit 15070 mégawatts installés en 2050 grâce à à la baisse des coûts qui laisse envisager une parité réseaux sous deux ans ainsi qu’au faible impact des installations sur l’environnement. Autre pilier qui conditionne l’atteinte de l’objectif 2050 : le déploiement de l’éolien flottant avec l’ambition d’un parc installé de 3000 mégawatts d’ici 33 ans. Sur l’éolien terrestre, la région vise un accroissement de puissance installée de l’ordre de 200 mégawatts par an en misant sur l’installation de nouveaux sites et le repowering. Enfin le solaire thermique dans l’habitat et l’utilisation de la biomasse sous ses formes liquide (carburants) ou gazeuse après méthanisation (biométhane) devraient se généraliser.

Une transition énergétique multi-bénéfices qui doit être citoyenne

Si le tempo est ambitieux, pour que tout cela se traduise en résultats, « il va falloir emmener les territoires, les entreprises, les associations et les citoyens », a insisté Thierry Salomon. La région a d’ailleurs prévu, en nouvelle étape, un temps fort d’information et de concertation de septembre à décembre 2017, ce scénario ayant vocation à devenir le volet énergie du schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité du territoire (SRADDET). Selon Carole Delga, cette nouvelle donne donnera « un avantage multi-bénéfique à la région en terme d’emplois, de résorption de la précarité énergétique, de résilience face aux chocs énergétiques extérieurs et de mise en synergie des compétences régionales tant sur les sévices que l’industrie. »
A. de V.

Photos Frédéric Scheiber

2 Commentaires

  • Le 30 juin 2017 à 10:13 , par philotrain

    Il est curieux de ne pas voir évoqués dans cet article deux éléments importants.

    Le premier concerne les échanges d’électricité inter-régionaux ; car le volume des imports-exports devrait se développer mécaniquement, grâce aux hausses de prix consécutives à la multiplication des investissements de production et à la mise en place des smart grids. Si toutes les régions avancent au même rythme, les échanges seront globalement équilibrés. Mais que se passera-t-il si une région voisine tardait à investir dans les EnR et comptait sur l’Occitanie pour lui permettre de verdir son image ? Une analyse des trajectoires voisines est-elle à l’ordre du jour ?

    Le second est l’absence du mot avion, si magique à Toulouse qu’il ne se trouve pas grand monde pour défendre les trains, notamment les couchettes qui vous amènent à pied d’œuvre à Paris dès 7h du matin, avec une empreinte carbone nettement plus avouable que celle des navettes aériennes depuis Blagnac. Réduire la consommation par habitant ne suppose-t-il pas de freiner l’essor des vols aériens ? Or, toujours pour l’exemple de Blagnac, c’est une progression de 9% du trafic qui est attendue en 2017… avec une part minime de carburants non fossiles, du fait de l’exemption de taxe sur le kérosène pour les vols intérieurs. S’agit-il d’un silence pudique, évitant de froisser un grand constructeur régional d’avions de ligne ?

  • Le 25 août 2017 à 08:31 , par Jean-Pierre Harpoutian

    Si on « met en synergie les compétences régionales sur les sévices… », cela risque de faire très mal. Désolé.

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