ToulÉco Green

Publié le mercredi 19 mars 2014 à 21h18min par Aurélie de Varax

« Le projet Searcch permettra de donner une seconde vie aux matériaux composites »

Labellisé par le pôle Aerospace Valley, le projet Searcch a été lancé le 17 mars à Toulouse : un projet de recherche fondamental pour concevoir les futures filières de recyclage des matériaux composites. Un enjeu clé pour les industries aéronautiques et automobiles.

Financé par l’Agence nationale de la recherche, à raison de 568 000 euros sur trois an et demi, le projet Searcch a été lancé le 17 mars à Toulouse. Quinze personnes vont apporter leurs compétences dont deux doctorants. L’objectif ? Concevoir le cadre méthodologique permettant d’apprécier la « valeur durable » des filières de recyclage des matériaux composites. Rencontre avec Valérie Archambault, Directrice d’Altran Research coordinatrice du projet.

Les composites organiques sont de plus en plus utilisés, notamment dans l’aéronautique et l’automobile pour leurs propriétés mécaniques exceptionnelles et leur légèreté. Pourquoi leur recyclage pose-t-il problème ?
Valérie Archambault : Le recyclage est difficile car les résines thermodurcissables utilisées dans les composites ne peuvent être ni fondues, ni dissoutes. Donc il est compliqué de récupérer les fibres de carbone sans altérer leurs propriétés chimiques. Il existe différents procédés à divers niveaux de maturité - mécaniques, céramiques, chimiques, physiques - et la qualité des fibres recyclées en dépend. L’objectif est de trouver le meilleur rapport qualité/prix. Avec dans certains cas, des questions de développement durable.

Comment est né le projet Searcch ?
La question clé derrière le recyclage est : comment garantir que ce que nous faisons constitue un réel progrès environnemental, économique, voire social ? Je suis personnellement convaincue que cette question est complexe et que sur certains sujets nous n’avons pas les outils pour y répondre. C’est pourquoi nous pensons que l’activité qui consiste à concevoir des méthodes pour apprécier la valeur durable est une activité de recherche essentielle. J’ai engagé Altran Research sur cette voie et s’agissant du projet SEARCCH, nous travaillions depuis 2011 avec le Laboratoire de Génie Chimique de l’INP et en 2013 nous avons proposé aussi à l’Institut des Sciences Moléculaires de l’université de Bordeaux 1 et à la Toulouse Business School de répondre avec nous à un appel à projet de l’Agence Nationale de la Recherche.

Ce n’est pas un projet de recherche technologique mais méthodologique sur le recyclage des composites, à qui s’adresse-t-il ?
Aux différentes parties prenantes des secteurs concernés : l’aéronautique, l’automobile, le recyclage, les matériaux… On s’attend à une augmentation forte des volumes de matériaux composites. Dans l’automobile, les volumes sont très importants et dans l’aéronautique ils augmentent parce que des avions arrivent en fin de vie et parce que les nouveaux modèles en utilisent plus. Dans l’A350 il y a plus de 50% de matériaux composites. Es-ce qu’on va faire une filière de recyclage pour chaque industrie étant donné les différences d’attentes en matière de qualité des fibres recyclées ou est-ce qu’on pourra mutualiser des aspects ? C’est une question essentielle. Nous espérons fournir aux décideurs des moyens utiles, pratiques, fiables pour intégrer les enjeux du développement durable dans leurs processus décisionnels quant au cycle de vie de leurs produits.

Quelles sont les questions que vous posez pour apprécier la valeur durable des systèmes de recyclage de ces matériaux ?
Nous les avons classé en cinq catégories. Quel est le système de recyclage à évaluer ? Qu’est-ce que veut dire une filière de recyclage durable sur ces matériaux composites ? Ensuite quelles sont les méthodes déjà utilisées et sont-elles fiables ? Comment faire de l’optimisation multi-critères et enfin quel serait l’impact des différentes mesures et les actions utiles pour les promouvoir (incitations fiscales, réglementations, campagnes de publicité.)

A quel moment considérerez-vous que la recherche sera aboutie ?
Nous pensons que c’est vraiment un nouveau champ de recherche que nous ouvrons. Nous n’aurons pas fini en trois ans mais nous espérons mettre au point déjà des méthodes qui seront utiles aux décideurs sur leur gestion des cycles de vie. Nous aurons des livrables permettant des applications même si nous continuerons d’approfondir la recherche.
Propos recueillis par Aurélie de Varax

Sur la photo : Valérie Archambault, Directrice d’Altran Research coordinatrice du projet.