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Publié le jeudi 17 avril 2014 à 17h00min par Virginie Mailles Viard

La qualité de l’eau : en deçà des objectifs européens


L’Observatoire Eau et Territoires de l’Arpe en Midi-Pyrénées publie la situation régionale de l’eau. Entre pollution aux herbicides, et comportement citoyen dans la gestion de l’eau potable, le résultat est très contrasté.

Chaque année un état des lieux de l’eau est dressé en Midi-Pyrénées. Il apporte en 2014 des éléments de fond pour l’élaboration du Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE) pour la période 2016-21. Ce document fixe les orientations et les objectifs de la politique de l’eau à l’échelle du bassin ainsi qu’un Programme de Mesures (PDM) qui décrit les actions à mettre en oeuvre pour atteindre ces objectifs.

Une condamnation en 2013 par la Cour de Justice de l’Union européenne

"L’eau les chiffres Clés 2014", réalisé par l’observatoire Eau et territoire de l’Arpe Midi-Pyrénées, s’appuie sur des prélèvements réalisés toute l’année, et des analyses des masses d’eau faites, elles, tous les six ans. L’ensemble de ces calculs modélisés permet de dresser un état écologique général des eaux. Ils prennent en compte les pressions exercées sur les masses d’eau, qui sont des rejets, des concentrations en polluants, des consommations. En Midi-Pyrénées 857 masses d’eau superficielles sur 1237 présentent au moins une pression significative selon le rapport. Mais si le nombre de sites « où l’état écologique est bon à très bon, n’évolue pas significativement entre 2006 et 2010, en 2010, il est de 45%. » selon l’étude. Or, « la directive cadre sur l’eau demande d’atteindre les 100% en 2027 » signale Cécile Bedel, chef de projet Eau&Territoires, en charge de l’étude. « Nous avions en 2010, moins de masse d’eau à l’état médiocre, mais nous ne sommes pas encore dans les objectifs européens. »

Zoom sur les Nitrates

Ce qui a valu à la France une condamnation en 2013 par la Cour de Justice de l’Union européenne, qui a jugé que les actions mises en oeuvre pour répondre aux exigences de la directive 91/676/CEE (dite directive "Nitrates") étaient insuffisantes.
Ainsi en 2014 en Midi-Pyrénées, le projet PAR prévoit « l’extension des périodes d’interdiction de fertilisation dans les zones à risques de dissolution accrue du sud de la région. L’introduction d’un seuil de pente de 15 % au-dessus duquel sont imposées des limitations d’épandage (il était initialement prévu à 7%). Des règles de mises en place obligatoires de cultures « piège à nitrates » en période d’interculture. » Ces plans d’action s’appliqueront dans les zones vulnérables, soit 34% de la SAU (Surface agricole utile) de Midi-Pyrénées, un tiers des exploitations régionales.

L’état des lieux

Plus de points ont dépassé les normes, entre 2011 et 2012. Mais ce qui peut expliquer cette dégradation, ce sont l’augmentation du nombre de stations de mesure - 231 stations en 2012 - et les épisodes pluvieux « qui lessivent les terres traitées, peuvent être à l’origine de l’évolution de ces pollutions, souligne Cécile Bedel.
S’agissant des pollutions liées au pesticides l’année 2012, reste une année où la contimanitipoan est la plus importante, depuis 2008. Mais on retrouve encore aujourd’hui dans les prélèvements des molécules interdites, comme l’atrazine, qui ont du mal à se dégrader, notamment dans les eaux souterraines. »

L’année 2012 reste malgré tout celle qui relève le plus de concentration et de nombre de molécules détectées. Et parmi les pesticides, ce sont les herbicides qui sont les plus présents. A ce titre, le Gers récolte la triste palme du département le plus doté en points rouges. Tandis que l’Aveyron, le Lot, ou encore le sud de la Haute-Garonne, ont eux des points bleus, selon le seuil « eau potable ». [1] Reste à espérer que le plan Ecophyto 2018 qui vise à réduire l’usage des pesticides en France, permettra de répondre aux exigences fixées par l’Union Européenne. D’autres outils sont prévus par le SDAGE, détaille Cécile Bedel. « Comme cibler les masses d’eau à risques, et financer des actions territoriales destinées à reconquérir l’état des eaux. Les outils d’aménagement du territoire, les SCOT, sont stratégiques pour réfléchir aux rapports entre eau, agriculture et urbanisme. »

Les midi-pyrénéens économes en eau potable

Suite aux inondations de 2013, la directive inondation sera prise en compte dans le SDAGE 2016-2221. Là encore, réfléchir à des zones d’expansion des crues permettra d’éviter l’accélération des cours d’eau, rappelle Cécile Bedel. Notamment sur des territoires aux enjeux particuliers, ciblés par la Directive, comme Toulouse, Cahors, Montauban, Moissac, Castres ou Mazamet. »
Côté bonne nouvelle, cette situation régionale de l’eau en Midi-Pyrénées souligne la baisse des prélèvements en eau potable par habitant. Et ce malgré l’augmentation de la population. « Une tendance forte, précise Cécile Bedel, qui a tendance à s’affirmer. Nous pouvons l’attribuer à un changement de comportement plus économe des consommateurs, et à des efforts réalisés pour mieux détecter les fuites sur les réseaux. »

Virginie Mailles Viard
Sur la photo, la rivière L’Ariège sur la commune de Grépiac en Haute-Garonne. Crédit photo Anne Letuffe.

Pour consulter l’intégralité de l’étude sur les chiffres clés de l’eau en Midi-Pyrénées – édition 2014 : http://www.arpe-mip.com/actualites-2/chiffres-clefs-eau-2014

Notes

[1Seuil choisi comme paramètre, les eaux concernées ne servent pas à l’alimentation en eau potable