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Publié le jeudi 13 août 2015 à 18h50min par Virginie Mailles Viard

L’usine Fibre Excellence pilote BIO3 : du sucre à partir du bois

article publié le 30 avril 2015

Adoubé par l’appel à projets interministériels FUI, doté de 5,2 millions d’euros, le projet Bio3 est piloté par l’usine Fibre Excellence à Saint-Gaudens. La cellulose entre dans l’ère de la chimie verte.

Sur l’autoroute A 64, il est fréquent de doubler des camions chargés de troncs d’arbres. Ils se dirigent vers Saint-Gaudens, et l’usine Fibre Excellence, une usine de pâte à papier installée dans les Pyrénées. Elle pilote depuis 2005, le projet BIO 3 [1] qui vient de recevoir une aide au titre du 19e appel à projets du FUI (fonds unique interministériel). D’un montant de 5,2 millions d’euros, il porte sur la valorisation de composés du bois pour les marchés de l’alimentaire et de la chimie. Un nouvel or vert qui doit permettre à Fibre Excellence de pérenniser l’activité de son entreprise.

Fibre Excellence dispose d’une ressource en bois importante, dont une partie était issue dernièrement des restes de la tempête Xynthia. Mais cette manne arrive à épuisement, et l’usine est prise dans l’étau d’une concurrence mondiale sur le secteur de la pâte à papier, explique Marie-Jose Villette en charge du projet BIO3. « Notre usine produit 300.000 tonnes de pâtes par an, tandis qu’en Amérique du Sud ou en Asie, elles sont à 1,5 millions de tonnes. Soit cinq fois la production de Saint-Gaudens. On a donc ce handicap de capacité de production. Le deuxième handicap, c’est qu’en Amérique du Sud ce sont des plantations d’eucalyptus qui poussent plus vite que les bois de feuillus en France. Et dans les pays développés comme l’Europe ou en Amérique du Nord, il y a une baisse de la consommation de papier impression-écriture. Il nous fallait trouver un nouveau modèle économique. »


BIO3 : un nouveau process technique et économique

Mais c’est toujours le bois qui détient les solutions pour l’avenir de cette industrie : sur ses trois principaux composants, la cellulose, les hémicelluloses et la lignine, seule la cellulose est commercialisée sous forme de pâte à papier. « Et les deux autres constituants sont brûlés, une combustion qui nous rend autonome en énergie et l’excédent est revendu en électricité verte à EDF. Mais cette voie de valorisation n’est pas suffisante pour pérenniser la situation économique de notre usine. Le projet BIO3 a pour objectif de valoriser les hémicelluloses dans la production de composés biosourcés destinés aux industries de l’alimentaire et de la chimie. La lignine continuera à être brûlée pour assurer l’autonomie énergétique de l’usine. »

Une voie de valorisation qui repose sur une ressource locale conséquente : 1,3 millions de tonnes de bois sont traitées par l’usine de Saint-Gaudens. C’est à partir de la biomasse bois, que du projet BIO3 doit naître une bio-raffinerie qui valorisera les constituants du bois. Mais, BIO3 ne va pas extraire que des hémicelluloses précise Marie-José Villette. « On va trouver d’autres composés dans le jus que l’on va extraire. Il faut donc purifier , séparer les constituants qui nous intéressent. C’est la société Novasep qui est spécialisée dans la purification qui aura en charge cette partie là. » Novasep, qui aux côtés de Seppic, Pennakem Europa, Roquette, Grenoble INP et Pagora, composent le consortium d’industriels et de chercheurs impliqués dans BIO3. « Les industriels qui travaillent avec nous s’intéressent à des sucres issus de ressources renouvelables, locales, mais qui ne sont pas en compétition avec le marché de l’alimentation. »

Le lancement de BIO3 doit se faire d’ici l’été. Le pilote de démonstration technique s’installera sur une durée de quatre ans dans l’usine Fibre Excellence. Un volet nouveau pour cette entreprise, qui permettra l’acquisition d’une expertise dans l’extraction et la purification des hémicelluloses. Ce pari sur l’or vert, est aussi celui du maintien des 270 emplois, plus les 2500 emplois induits dans la Région. Et une pérennisation de toute la filière approvisionnement bois.

Virginie Mailles Viard

Notes

[1un des 5 projets labellisés par le pôle Chimie-Environnement Axelera