ToulÉco Green

Publié le mercredi 8 octobre 2014 à 18h00min par Aurélie de Varax

« L’économie circulaire est le seul mode de développement économique viable »

Entre 300.000 et 500.000 emplois pourraient émerger grâce à l’économie circulaire. Une opportunité pour Midi-Pyrénées. Rencontre avec Bernard Storup, Président de Biovallée Lauragais, co-organisateur des Deuxièmes Rencontres Régionales de l’Economie Circulaire, ce jeudi 9  (...)

Plus de 300 acteurs socio-économiques de la région sont attendus ce jeudi 9 octobre, aux Rencontres Régionales de l’Economie Circulaire, à Revel. Une manifestation organisée par la CCI de Toulouse, la Communauté de Communes de Revel-Lauragais-Sorèzois, Biovallée Lauragais et le Club d’Entreprises de Revel ARDIAC.
Rencontre avec Bernard Storup, Président de Biovallée Lauragais.

Bernard Storup , qu’entendre par économie circulaire ?
Bernard Storup : On oppose souvent l’économie circulaire à l’économie linéaire. L’économie linéaire c’est extraire des matériaux, les transformer, les utiliser et les jeter. L’économie circulaire est la réutilisation maximum de ces produits qui ne sont plus en usage qu’on réinjecte dans un cycle de production nouveau. C’est une question de bon sens qui prend de plus en plus un sens économique au niveau de la compétitivité des entreprises car on s’approche d’une finitude des approvisionnements pour certaines matières premières. Les minerais comme les denrées agricoles deviennent chères.

L’économie circulaire serait donc un nouveau levier de croissance. Comment se met-elle en place en Midi-Pyrénées ?
Nous en sommes à la prise de conscience de l’enjeu environnemental et économique. Des solutions régionales existent, notamment sur le volet des déchets - on a des plateformes de compostage et de traitement des déchets bois, des aides de la région sont apportées sur des unités de méthanisation pour générer de l’énergie à partir de la biomasse -, mais il n’y a pas encore de politique claire d’économie circulaire. Pour l’instant les démarches sont initiées par les entreprises, face à cette question de la finitude des matières premières et sous la pression réglementaire du coût de l’élimination des déchets. Mais l’économie circulaire n’est pas uniquement réduire ou réutiliser des déchets mais, en amont du cycle de production, réfléchir à l’éco-conception, à utiliser moins de matériaux pour fabriquer un produit. Je sais qu’il y a un cadre réglementaire national qui tend à considérer les déchets comme une ressource avec une pression sur les collectivités locales mais peut-être qu’il faudrait mettre en place, au niveau de la région, un plan directeur fort.

Est-ce que le coût peut être un frein ?
Le financement n’est pas un problème car les acteurs y voient un retour économique, ne serait-ce qu’en payant moins de taxes sur les déchets, en faisant des économies sur un process industriel à partir de l’éco-conception etc. Au niveau des pouvoirs publics et des collectivités, c’est un enjeu national car les collectivités locales produisent de plus en plus de déchets. Or, on s’aperçoit qu’on peut recycler les matières de façon plus intéressantes économiquement que l’incinération génératrice d’énergie.

Quel est l’objectif de ces Deuxièmes Rencontres de l’Economie circulaire ?
Le but premier est de faire échanger des acteurs économiques - collectivités locales, entreprises, acteur de l’amont de la production agricole- qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble. Il y a peu d’échanges entre des entreprises de secteurs différents, entre l’agroalimentaire et la mécanique, alors qu’il y a des problématiques communes en terme de flux (approvisionnement, logistique, traitements des déchets). Nous voulons aussi montrer qu’il y a des pratiques très avancées sur le territoire, faire que les entreprise échangent entre elles sur ces bonnes pratiques et qu’elles entrent dans cette vision globale qu’est l’économie circulaire, le seul mode de développement viable, durable.

Comment créer ces ponts entre secteurs ?
Nous voulons aller vers une meilleure connaissance des flux régionaux pour développer des partenariats entre les entreprises et le secteur public. On voudrait qu’à travers chacun des ateliers de l’après-midi émergent une ou deux idées fortes applicables au niveau du territoire de Biovalley ou de la région. Par exemple cela pourrait être un projet autour de la nécessité de mieux connaitre les boucles logistiques régionales de circulation de matières premières du monde agricole. De nombreux acteurs achètent des matières premières loin alors que notre région a des productions agricoles très pointues mais il y a une absence de lien entre l’amont et l’aval.

Quelles sont les principales difficultés inhérentes au modèle ?
Peut-être qu’il faudrait plus d’incitation à l’usage des matières premières secondaires. Et finalement reconnaitre cette économie de la réutilisation de façon plus officielle. Une des mesures qui émergent est l’incitation fiscale, peut-être un taux de TVA moindre pour les matières premières issues du recyclage. C’est à la fois contraignant et incitatif mais cela ne peut s’inscrire que lorsqu’il y aura un plan cohérent au niveau national comme certaines économies nationales l’ont fait : les allemands, les chinois. Les chinois sont devenus les leaders mondiaux de panneaux solaires car ils n’ont pas assez d’énergie et cela répondait à une nécessité économique de leur territoire. Pour eux, réduire la consommation de matières premières est une nécessité vitale. Dès qu’une entreprise conçoit un produit, il y a déjà des boucles qui prévoient la réutilisation de ses activités. En France, on est loin de là. Le frein principal est la prise de conscience qui n’est pas encore suffisante de la part des acteurs parce que nous ne sommes pas dans le manque de matières premières. L’urgence écologique n’est pas perçue actuellement au niveau où elle devrait l’être mais dans cinq ans, tout cela sera une évidence.
Aurélie de Varax
Sur la photographie, de gauche à droite : Jean-François Rezeau, Président de la Commission Développement Durable et RSE à la CCI de Toulouse, Thierry Dumas, Président de l’ARDIAC, Alain Di Crescenzo, Président de la CCI de Toulouse, Bernard Storup, Président de Biovallée Lauragais, et Jean-Luc Da Lozzo, Co-gérant de l’entreprise Cler Verts.

Deux exemples de projets innovants en Midi-Pyrénées

  • Chaque année, entre 3 et 5 000 de tonnes de déchets de verre (bouteilles, pare- brises, verres plats issus des procédés de déconstruction de bâtiments…) servent à la fabrication des liants d’Esportec. Ces produits sont exploités pour revêtir les sols extérieurs tels que les trottoirs, les voies vertes, les pistes cyclables, ou encore les voies de personnes à mobilité réduite.
  • Créée en septembre 2013, Cellulopack fabrique des produits en cellulose moulée issue de vieux papiers, carton et journaux récupérées à proximité et mélangés à de l’eau. La start-up lancent d’ici fin 2014 une barquette alimentaire compostable, une première au niveau mondial.