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Publié le jeudi 27 juillet 2017 à 21h46min par Aurélie de Varax

L’agriculture biologique reste un colosse aux pieds d’argile en Occitanie

Article diffusé le 2 mars 2017

Avec des consommateurs en demande et un nombre de producteurs et de conversions record depuis deux ans, l’agriculture bio confirme son envol en Occitanie. Pour assoir son modèle, elle doit néanmoins monter en compétences, affronter la concurrence et fidéliser ses convertis.

Tel Janus aux deux visages, l’agriculture biologique vit une heure historique en France, tout en laissant éclater au grand jour ses fragilités. Un constat à méditer en cette période de Salon de l’agriculture à Paris et qui concerne, en premier chef, l’Occitanie consacrée première région de France en matière d’agriculture biologique avec 20% des producteurs bio français, soit plus de 7.220 producteurs dont 27% en conversion.

« Les derniers chiffres du baromètre de l’agence bio publiés la semaine dernière indiquent que la part de l’alimentation biologique a bondi de 20% dans le panier des consommateurs en 2016. Cela signifie que les consommateurs sont prêts à signer un nouveau contrat de confiance avec le monde agricole », se réjouit François Garcia, viticulteur dans la commune de Quarante dans l’Hérault et référent bio à la Chambre d’agriculture Occitanie. L’expert invite néanmoins à la prudence, en dressant un portrait tout en nuances du contexte régional.

Monter en compétences sur la technique et les volumes

Premier constat : certaines filières n’arrivent pas à valoriser leurs produits sur le marché. C’est le cas notamment des filières oeufs et viande qui peinent à rentabiliser les investissements initiaux. « Sur une bête entière, vous faites une plus-value sur certains morceaux mais vous peinez à valoriser le reste car les gens ne cuisinent plus », précise l’expert. Si ces deux filières attirent moins les conversions, le maraichage, les grandes céréales, la viticulture ainsi que les fruitiers tirent leur épingle du jeu. "Le grand boom en Occitanie s’est fait sur les céréales avec 35.000 hectares en conversion. Il va falloir trois ou quatre ans pour avaler ces surfaces mais le marché est demandeur’, précise François Garcia.

Second constat, les chiffres ne disent pas tout car les exploitants restent prudents face à de nombreuses impasses techniques. « L’Occitanie représente 30% des vins bio français. Il y a eu beaucoup de conversion entre 2010 et 2015 mais la tendance se ralentit actuellement, notamment sur les grandes exploitations, car les exploitants ont peur. En réalité, il est urgent pour l’ensemble des filières de nous rapprocher de la recherche et de la robotique, afin de développer un bio performant », analyse François Garcia.

Troisième constat corollaire au précédent : la France ne performe pas à l’export par rapport à l’Espagne et l’Italie. « Nous devons massifier les volumes sur certaines filières avec le développement de pôles logistiques sur le territoire si nous voulons passer un cran pour répondre au marché. » L’expert indique qu’une nouvelle organisation régionale réunissant l’inter-profession de la bio est en cours de structuration en Occitanie. « Nous travaillons à un observatoire avec tous les acteurs des filières afin d’identifier les besoins et pouvoir y répondre côté recherche, transformation, logistique, mise en marché etc. » Parallèlement le viticulteur attend des instances régionales : du pragmatisme : « La bio est à un tournant et a besoin de vraies orientations : quelle place pour la robotique ? Quel accompagnement sur l’irrigation ? Quelle valorisation des cultures méditerranéennes ? Il faudra trancher sur le financement des priorités. A vouloir tout mener de front, on ne génère que des mécontents. » Un sujet épineux dans le contexte financier actuel où les budgets régionaux, nationaux et européens se sont fait débordés par les conversions et où la situation financière de certains agriculteurs fraîchement convertis au bio devient critique.

Fragilité du modèle économique

C’est le cas de Xavier Duffau, céréalier en conversion vers le bio dans le Gers près de Marciac et membre de l’association Jeunes Agriculteurs du Gers. « Lorsque j’ai construit mon modèle économique, on annonçait une aide de 300 euros par hectares et par an pendant cinq ans. C’était un filet de sécurité pour développer de nouvelles cultures et accueillir la technicité que nécessite l’agriculture biologique. » Deux ans plus tard, l’agriculteur n’a toujours pas reçu la totalité des aides 2015. Et entretemps, les aides ont été plafonnées à 30.000 euros par exploitation puis 15.000 euros pour faire face à la demande. « Nous avons fait les investissements mais les retards de paiement mettent à mal la trésorerie même si les résultats économiques sont bons. Nous avons dû prendre un prêt court terme fin 2015 que j’ai dû prolonger de six mois en 2016. J’estime le manque à gagner par rapport au plafonnement des aides à 10.000 euros par an, » estime l’exploitant.

Mardi 28 février, Stephane Le Foll a annoncé qu’une enveloppe de 343 millions d’euros allait être débloquée d’ici le 31 mars pour régler 80% des sommes dues au titre des aides bio et des MAEC (mesures agro-environnementales) pour l’exercice 2016. De quoi rassurer Xavier Duffau qui reste cependant prudent. « J’attends que la situation soit régularisée. L’avenir de mon exploitation est au 100% en bio mais c’est le moment de mener une réflexion régionale sur comment seront menées les futures conversions pour ne pas saper l’élan. »
Aurélie de Varax

Sur la photo : François Garcia, viticulteur dans la commune de Quarante dans l’Hérault et référent bio à la Chambre d’agriculture Occitanie. Photo DR.