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Publié le jeudi 17 septembre 2015 à 19h49min par Virginie Mailles Viard

En Haute-Garonne, inquiétudes autour du projet des Serres de Bessières

Des milliers de pieds de tomates produits localement, une serre de dix hectares chauffée en co-génération. Mais les Serres de Bessières sont-elles durables ? Ce projet de 20 millions d’euros inquiète les tenants d’une agriculture à taille humaine.

Le chantier des serres de Bessières (Haute-Garonne) a le feu vert. Ce projet pharaonique, d’un montant de 20 millions d’euros, n’a pas d’équivalent en région : dix hectares de serres, de type cathédrale, soit 100.000 mètres carrés maraîchères, d’où sortiront 4.500 tonnes de tomates par an et 1.250 tonnes de concombres. Les légumes se retrouveront entre autres sur les étals du Min( Marché d’Intérêt national) de Toulouse. Une production hors sol qui doit bénéficier d’un substrat bio et de l’énergie calorifique de l’incinérateur de déchets ménagers du nord de l’agglomération toulousaine.

Du côté d’Econotre, gestionnaire des déchets pour Suez Environnement, on se réjouit de la récupération de cette énergie fatale « dont on ne faisait rien », explique un salarié. Le syndicat mixte Décoset a investi deux millions d’euros dans ce réseau de chaleur. « Nous sommes dans un projet économiquement viable », estime la directrice Claire Gérard. « Nous répondons aux critères d’une agriculture raisonnée. » Le projet, porté par la ville de Bessières, le Syndicat mixte Décoset, l’acteur privé Econotre, et par Gilles Briffaud, gérant de société, prévoit l’embauche de 100 salariés.

François Calvet EELV : « On a menti aux élus »

Co-génération, production locale, emplois. Des mots qui devraient sonner agréablement aux oreilles d’Europe Ecologie les Verts. Le groupe a pourtant voté contre, et François Calvet, conseiller régional EELV et agriculteur bio, dénonce une production industrielle, et un mensonge fait aux élus. "La région met sur la table un million d’euros d’avance remboursable, et 200.000 euros d’aides à l’investissement. Les 18 millions sont portés par la SAS Gilles Briffaud, un agriculteur, qui n’est qu’un cache-sexe. Derrière, il y a des holdings, la FNSEA, et le fond de capital risque Cap Agro Innovation [1]. Ces gens-là n’ont pas besoin d’argent de la région, qui aurait mieux fait d’investir en aidant les petits agriculteurs à acheter du foncier, pour faire du bio, et du circuit court. On aurait fait travailler plus de personnes, dont des jeunes formés dans nos lycées agricoles et qui galèrent pour s’installer. »

« Faux », proteste Claire Gérard,« nous ne sommes pas en concurrence avec les petits maraîchers locaux, mais avec les échanges internationaux. Dorénavant le Min n’aura plus à aller chercher ses tomates au Maroc. »
La mairie de Bessières n’a pas répondu à nos demandes d’interview sur ce que François Calvet nomme « La future ferme des 1000 millions de tomates de Midi-Pyrénées. »
Virginie Mailles Viard

Notes

[1«  Cap Agro Innovation  » est un fond de capital‐risque dédié à l’agronomie, à l’agriculture, à l’agroalimentaire et aux valorisations alimentaires, industrielles et énergétiques de la biomasse. Il rassemble Sofiprotéol, Tereos et Bpifrance, le Crédit Agricole et la compagnie d’assurances AG2R-La Mondiale

3 Commentaires

  • Le 21 septembre 2015 à 09:23 , par Bardou Gérard

    Bonjour,
    Ce projet créateur d’emplois va valoriser l’énergie fatale de l’incinérateur qui partait chauffer l’atmosphère. Comme précisé dans l’article , il n’ y a pas de concurrence avec les petits producteurs locaux .
    Encore une désinformation des écolos .

  • Le 22 septembre 2015 à 15:46 , par Jéjé31

    Soyons réalistes, mieux vaut produire les tomates sur place avec de l’énergie « fatale » comme ils disent plutôt que d’importer du Maroc ou des Pays-Bas ; à mon avis pas trop de risque de concurrence entres tomates bio achetées au marché (très bonnes d’ailleurs) et tomates de supermarché. Arrêtons de nous voiler la face comme si tout le monde achetait tout le temps des fruits et légumes de saison et directement au producteur. Mais bon le bal des hypocrites va commencer, les mêmes qui partent en vacances en avion (qui vole au kérosène bio ?) et dans des hôtels où j’aimerai voir la provenance des fruits et légumes… M’enfin faites ce que je dis, mais pas trop ce que je fais…

  • Le 14 décembre 2015 à 09:01 , par Marc Moreno

    C’est le consommateur qui décide de ce qu’il veut acheter et chez quel commerçant s’approvisionner. Il y a donc de la place pour les deux modes de distribution, grandes surfaces et magasins de proximité en circuit court.
    De plus il vaut mieux pour la production de légumes de masse qu’elle se réalise sur notre territoire, d’une part pour favoriser l’emploi et d’autre part pour mieux gérer à l’échelle industrielle la récupération d’énergie provenant d’autres activités, et avoir un impact réel sur les déperditions de chaleur.
    Il ne faut pas systématiquement s’opposer à ce type de projet, mais plutôt chercher à en contrôler la bonne adaptation à nos besoins sur le plan économique et écologique au niveau dimensionnement et procédés.

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