ToulÉco Green

Publié le jeudi 6 août 2015 à 20h14min par Virginie Mailles Viard

Documentaire : « Quand la Garonne aura soif »

article publié le 26 février

Il y a un homme devant une chaîne de montagne. Ses lunettes infrarouges cherchent en vain la source de la Garonne. Ce cauchemar est celui de Mathieu Gimenez, personnage central du documentaire du réalisateur toulousain Thierry Gentet : « Quand la Garonne aura soif ».

Si la Garonne a une espérance de vie limitée, c’est qu’elle est soumise à des aléas météorologiques et à des usages qui eux, ne doivent rien au hasard. Mathieu Gimenez, - interprété par le comédien toulousain Bernard le Gall - sac au dos, descend le cours du fleuve pour reconstruire le récit de cette disparition annoncée : les scénarios à horizon 2050 prédisent jusqu’à moins 30 % d’eau. Après avoir filmé les eaux du globe au Maroc, en Asie Centrale, aux Etats-Unis (la dernière rivière du Sud-Ouest américain, la San Pedro River en Arizona), Thierry Gentet a posé sa caméra sur son territoire, en Midi-Pyrénées. Il réalise ici son septième documentaire co-écrit avec Claude Albanese, « un film de réflexions, qui pose les enjeux. Nous sommes à un moment charnière. On commence seulement à comprendre que les dérèglements climatiques nous concernent aussi et ne sont pas simplement l’affaire des populations Inuits ou des Îles Tuvalu dans le Pacifique. »

« A Toulouse il pleut 600 ml/ an… comme à Niamey, la capitale du Niger. »

La Garonne brûle, et se consume. Mais son débit, son apparente volubilité, sont trompeurs : « De l’eau ? s’exclame ce tenancier commingeois. Il y en aura toujours ! » La voilà, en effet, bouillonnante en 2013, lors de la crue décennale. Difficile de l’imaginer tarie. Mais les experts de l’Agence de l’eau Adour-Garonne sont inquiets : la fonte des glaciers, le réchauffement climatique, des usages abusifs, aboutiront à un scénario catastrophe. Les experts du SMEAG [1], comme Bernard Leroy sont formels : les grands massifs pyrénéens ne peuvent alimenter suffisamment la Garonne en eau. Les 50 mètres cubes d’eau par seconde souhaités pour répondre aux usages actuels ne sont pas atteints. Et de surcroit, « il faut aider la Garonne pour en avoir 40, sinon on en aurait 30. » Yann Kenn de Cesbio [2] rappelle, lui, qu’à Toulouse « il pleut 600 ml par an… comme à Niamey, la capitale du Niger. »

Le marcheur Mathieu Gimenez capte les témoignages, puis croise les expertises. L’intelligence de ce documentaire repose sur ce personnage de fiction, faussement naïf, réceptacle des hypothèses, des espoirs, des égoïsmes, et des aveuglements. Il n’accuse pas, ne juge jamais, mais demande simplement à cet agriculteur devant son champ de maïs : « Alors, vous pensez continuer comme ça ? » Guide attentif pour le spectateur, veillant à ce qu’il ne se perde pas dans les chiffres assénés - pour répondre aux besoins des sept millions d’habitants dans le grand Sud-Ouest en 2050, il faudrait trouver un milliard de mètres cubes d’eau, soit dix Charlas ! - , il mène l’enquête : pourquoi cette raréfaction ? Qui en porte la responsabilité ? Quels usages accepterons-nous d’abandonner, pour maintenir un niveau acceptable ?

Thierry Gentet a fait de Mathieu Gimenez un personnage relais, un double du spectateur, à son tour témoin de la présence inquiétante des silures dans les eaux de la Garonne. Autour du marcheur, les solutions pleuvent : stocker l’eau, oui mais comment créer ces réserves d’eau ? Des Charlas, des retenues colinéaires ? L’agroforesterie ? Et Golfeich, "et le maïs qui réclame 2000 mètres cubes par hectares", rappelle Rémy Martin de France Nature Environnement. En collectant des témoignages au fil de l’eau, Thierry Gentet incite le spectateur à affronter son propre rapport à cette ressource et lui confie la tâche de réfléchir à sa préservation.


Virginie Mailles Viard

Après une avant-première au Muséum de Toulouse, et des diffusions sur France 3, le documentaire « Quand la Garonne aura soif » est disponible en contactant Mira productions sur www.mira.fr (rubrique documentaires), ou par mail : mira@mira.fr, ou téléphone au 05 61 25 40 45.

Notes

[1Syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne

[2Centre d’Etudes Spatiales de la BIOsphère

2 Commentaires

  • Le 27 février 2015 à 11:48 , par Jérôme

    La Garonne a déjà soif. Il n’y a plus de « neige éternelle » sur la chaîne des Pyrénées et les glaciers ne sont plus que quelques vestiges dont le dernier glaçon devrait disparaître avant 30 ans. 30 ans, 1/3 d’une vie à l’échelle humaine alors que l’on parle « d’éternité » c’est bien sans rapport… La Garonne, à l’image du Monde, a soif mais :

    • on débat encore sur la construction de nouveaux barrages pour arroser en plein soleil. Quid de l’agroforesterie, du goutte à goutte, des cultures adaptées à leur environnement ?
    • on tente vendre des centrales nucléaires qui coûtent plus de 2 fois le prix de vente et qui ne pourront être refroidies. « Seul l’imbécile ne change pas d’avis » se vérifie-t-il encore ?
    • on favorise des LGV pour lesquelles on n’a pas les financements, dont les coûts prohibitifs accentuent la dégradations du reste du réseau ferroviaire…alors qu’on ne sait même pas comment on alimentera un TGV qui en roulant près de 2 fois plus vite, a des besoins énergétiques multiplié par plus de 4.

    Le progrès peut-être poussé par l’imaginaire mais il doit intégrer les contraintes du réel sinon c’est un handicap supplémentaire.

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