ToulÉco Green

Publié le jeudi 10 novembre 2016 à 16h52min par Aurélie de Varax

Comment Organic Vallée® vise l’économie circulaire territoriale

Le projet lauragais Organic Vallée® est un projet en économie circulaire, pionnier en France. Il préfigure le monde de demain. Explications avec Jean-Luc da Lozzo, président d’Organic Vallée® et François-Michel Lambert, président directeur de l’Institut de l’économie circulaire.

Jean-Luc Da Lozzo, Organic Vallée® a mis l’économie circulaire au coeur de son modèle économique. Comment ça marche ?
Jean-Luc Da Lozzo :
Nous avons souhaité créer la première zone d’agroactivités organisée selon les principes de l’économie circulaire. Nous travaillons sur une approche ressource et flux à partir de ressources sous forme de matière organique primaire ou transformée. L’ensemble est adossé à la plateforme d’activités multifilières de Cler Verts® qui génère des flux de matières, de l’énergie, des fertilisants, des amendements et de l’alimentation animale. Par exemple, les déchets de la restauration scolaire sont transformés en compost ou en digestat par Cler Verts®. Ensuite, ils sont utilisés sur Organic Vallée® en tant que fertilisants pour développer les activités de maraichage. Activités qui donnent des productions de légumes utilisées sur le territoire par les différents consommateurs. On retrouve bien là l’approche circularité des flux et l’approche économie de ressource.

Donc toutes les entreprises d’Organic Vallée® seront recrutées en fonction de leur complémentarité avec ce modèle ?
JLD :
Tout à fait. Nous avons identifié des activités qui auront ce lien de flux. On ne prendra pas un carrossier ou une entreprise de maçonnerie à moins que ces activités soient pertinentes dans notre approche économie circulaire.

François-Michel Lambert, c’est une initiative regardée au niveau national, qu’est-ce qui est exemplaire ?
François-Michel Lambert :
C’est d’avoir compris combien le territoire était porteur d’opportunités à travers les ressources disponibles. C’est d’appréhender l’ensemble des flux de ce territoire, de poser des éléments de réflexion, de rechercher des valorisations. Le tout dans une démarche d’amélioration continue : toujours dégager plus de valeur ajoutée, aller scanner jusqu’au dernier kilo d’une matière pour déclencher d’autres croisements de flux. Il est en train de s’écrire sur ce territoire ce qu’il est nécessaire d’écrire partout en France et dans le monde : une vision systémique du territoire qui préfigure la pensée que l’on dit avoir de l’économie circulaire. C’est un modèle qui s’inscrit dans l’imaginaire moderne du paysan du XXe siècle avec l’apport des outils numériques. C’est totalement duplicable, même en milieu urbain. Et le maçon ou le carrossier ont tout-à-fait leur place à condition qu’il y ait des ruptures technologiques d’usage. Est-ce qu’il n’y a pas des déclinaisons de la matière organique qui pourraient s’insérer dans le bâtiment et d’autres dans l’automobile ? Ce qui est extrêmement excitant dans ces démarches est que cela n’est jamais fini. Et tout est extrêmement humain.

Quel peut-être le rôle du digital dans tous ça ?
FML : La révolution numérique est en vérité la révolution logistique. Cette révolution de toutes ces informations va permettre de complètement revoir des schémas logistiques. Si vous avez une information de qualité et d’instantanéité, vous pouvez monter des modèles extrêmement complexes informatisés et créer des écosystèmes, des échanges très denses. Le numérique doit absolument être au coeur de l’économie circulaire. On doit imprégner ces univers qui sont d’une grande complexité en matière de flux mais d’une grande simplicité au niveau perception humaine et d’une efficacité la plus totale.

Quels sont les principaux freins à lever ?
FML  : Le premier est cette capacité de remise en cause et de partage avec d’autres, c’est une culture qu’on a perdue. La coopération entre le très puissant et le tout modeste. Même les flux les plus modestes sont important. Après il y a tout l’aspect réglementaire : ce sont des modèles qui se heurtent à une législation qui a 150 ans, autour de l’économie linéaire. Et il y a la fiscalité. Elle est à revoir au niveau local pour impulser les changements. Et dernier point : le changement culturel doit être dans les achats publics. C’est un levier d’accélération très fort.
Propos recueillis par Aurélie de Varax