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Publié le jeudi 2 avril 2015 à 20h31min par Aurélie de Varax

Claude Aubert : « les adversaires du bio cultivent la stratégie du doute »

A l’occasion de la semaine pour les alternatives aux pesticides, le leader de la certification bio Ecocert, accueillait dans le Gers Claude Aubert, agronome pionnier de l’agriculture biologique en France. L’occasion de démasquer les stratégies du lobby anti-bio.

Le vent soufflera-t-il bientôt en faveur du bio ? "Oui si nous établissons avec des chiffres significatifs et incontestables une corrélation entre la consommation de produits bio et l’amélioration de la santé." Pour Claude Aubert, agronome pionnier de l’agriculture biologique en France, un changement de paradigme est possible même si les pro pesticides tiennent le haut du pavé. Il était l’invité d’Ecocert au siège de l’entreprise à L’Isle-Jourdain, le 27 mars.

Sans équivoque, l’expert - auteur de nombreux livres sur l’agriculture biologique, l’alimentation saine et les relations entre environnement et santé -, a égrené les méta-analyses qui attestent des corrélations entre le développement des cancers et des maladies chroniques et l’usage des pesticides et de perturbateurs endocriniens (comme le DDT) dans l’agriculture conventionnelle. "L’impact négatif des pesticides sur la qualité du sperme été confirmé dans quinze des dix-sept études sur le sujet réalisées entre 2007 et 2012", a martelé Claube Aubert. Face à une situation de déni collectif, les plus vulnérables restent les enfants. Et de souligner les résultats de nombreuses études dont celle publiée dans The Lancet en 2001 qui atteste que "plus le sang des femmes contient du DDE, plus le pourcentage de naissances prématurées ou avec faible poids augmente."

L’effet cocktail

Dans son dernier rapport annuel, l’Efsa, l’autorité européenne de sécurité des aliments, souligne que globalement un aliment sur deux contient des résidus de pesticides. Les plus touchés étant les fruits, raisin en tête. "L’Efsa dit que 97% des échantillons sont inférieurs à la LMR [1] donc tout va bien" s’insurge l’expert. Sauf que l’évaluation ne prend en compte que les doses par substances et non le cocktail de doses. Et que "pour rester en dessous des normes, les agriculteurs utilisent des mélanges de pesticides."

La stratégie du doute

Si les pro-bio égrènent les études prouvant le danger des pesticides, leurs opposants ont fourbi leur arme : "Ces études ne prouvent rien" clament les industriels. Pour preuve, la réponse de Monsanto face au classement du glyphosate dans la catégorie « cancérogènes probables » par l’OMS publié le 20 mars. C’est la molécule du désherbant Roundup, le pesticide le plus utilisé dans le monde. " Monsanto a envoyé un communiqué en qualifiant de "science poubelle"(junk science, dans le texte) l’avis rendu par l’agence intergouvernementale," raconte Claude Aubert.
Si le glyphosate est précisément en cours de réévaluation au niveau européen,"son interdiction n’est pas en vue. Le journal le Monde a fait remarquer que dans le comité responsable de la procédure un tiers des membres travaillent pour l’agrochimie," fustige l’expert. Parallèlement, une étude publiée en mars dans le Journal of clinical endocrinology & metabolism évalue le coût des perturbateurs endocriniens à 150 milliards d’euros par an, en Europe.
Aurélie de Varax

Sur la photo : Claude Aubert, agronome pionnier de l’agriculture biologique en France donnait une conférence autour des dangers des pesticides, au siège d’Ecocert à L’Isle-Jourdain, le 27 mars.

Notes

[1Les limites maximales de résidus (LMR) sont les niveaux supérieurs de concentration de résidus de pesticides autorisés légalement dans ou sur les denrées alimentaires et les aliments pour animaux.