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Publié le jeudi 26 janvier 2017 à 22h15min par Aurélie de Varax

Christian Couturier, négaWatt : « Nous pouvons devenir neutre en carbone en 2050 »

Le scénario 2017-2050 publié par l’association négaWatt ce mercredi, pourrait influencer les décideurs politiques et économiques. Rencontre avec Christian Couturier, directeur énergie au sein du bureau d’étude toulousain Solagro et président de négaWatt.

Pouvez-vous nous rappeler les trois piliers des scénarios négaWatt ?
Christian Couturier : les trois fondamentaux sont toujours les mêmes : une articulation entre la sobriété où l’on joue sur les comportements - les choix de société, d’urbanisme, d’alimentation…- ; l’efficacité, qui vise toujours les meilleurs technologies disponibles ; et le recours maximisé aux renouvelables. Dans ce dernier scénario, la division par deux de la consommation d’énergie finale, combinée à la mobilisation des énergies renouvelables, conduirait à fermer le dernier réacteur en 2035 et à s’affranchir à terme des énergies fossiles.

Pourquoi un nouveau scénario en 2017 ?
Depuis le scénario de 2003, nous produisons des mises à jour pour tenir compte des évolutions et re-questionner l’ensemble de nos hypothèses sur le degré de maturité des technologies mobilisées et leur capacité à s’intégrer dans un système cohérent. Cette année, nous avons voulu aller plus loin sur l’évaluation des impacts, notamment socio-économiques et environnementaux. Nous avons par exemple mieux intégré la notion de changement climatique : nous avons réduit l’hydraulicité (caractérisation de l’abondance de l’écoulement d’eau pendant une année) à échéance 2050 car on aura des questions de ressource en eau à gérer un peu différemment. Nous avons aussi pris des rendements de culture prudents en nous basant sur des scénarios de changement climatique qui ne sont pas les plus catastrophistes mais pas non plus les plus favorables.

Quelles sont les nouvelles tendances ?
La première tendance, c’est que la courbe de la consommation d’énergie s’est inversée depuis le scénario de 2003. C’est une tendance qui dure depuis quinze ans qu’on peut considérer désormais comme structurelle. Cela veut dire que nous avons des politiques et des actes de comportements de consommateurs et des entreprises qui enclenchent une diminution de la consommation d’énergie. En même temps, tous les signaux d’alerte restent au rouge et les climatologues disent que ça va être très difficile d’atteindre les objectifs nécessaires et qu’il faudra diminuer les consommations plus vite que ce qu’on a imaginé jusqu’alors. Le second enseignement, c’est une confirmation de la faisabilité de nos choix technologiques. Par exemple, la technologie de la méthanation qui permet d’articuler le réseau électrique avec le réseau gaz paraissait il y a une douzaine d’année futuriste, mais actuellement tous les retours confirment que cette technologie a sa place et sera mobilisable quand on en aura besoin, dans une dizaine d’année pour les premiers pilotes. Enfin, notre triptyque qui conduit à une division par deux de l’énergie finale en 2050, est confirmé. On peut devenir neutre en carbone en 2050 entre ce qui est émis et ce qui est compensé, notamment via les puits de carbone (systèmes forestiers, pratiques agro-écologiques).

Et après 2050 ?
Après 2050, les puits de carbone seront presque remplis et donc ils vont finir par ne plus jouer de rôle à horizon 2100. Il restera alors des émissions résiduelles, qui ne seront plus d’origine fossile mais agricoles : du méthane et du protoxite d’azote. Actuellement, on ne sait pas les compenser. Cela pose les bases de la discussion sur l’après 2050. Autant sur les trente-cinq ans qui arrivent, la question va rester celle du CO2 fossile, autant les années suivantes, ce sera la questions des gaz d’origine agricole et des puits de carbone. La neutralité est un état qui ne durerait pas. Cela ouvre des perspectives et renvoie aux questions du rôle de l’agriculture.

Le scénario 2011 avait inspiré la loi de transition énergétique. Qu’espérez-vous de ce nouvel opus ?
On souhaite qu’il inspire toujours beaucoup de monde, dont les candidats aux élections, mais aussi le monde de l’entreprise, des collectivités, tous les acteurs qui mettent en oeuvre la transition énergétique sur le terrain. Il faut la transition écologique résiste aux alternances politiques comme c’est le cas depuis quinze ans. Ce qu’on disait en 2003 s’est vérifié, maintenant il faut accélérer le mouvement.
Propos recueillis par Aurélie de Varax