ToulÉco Green

Publié le vendredi 8 avril 2016 à 16h45min par Aurélie de Varax , Martin Venzal

Café Green. Prix du pétrole et transition énergétique : gare aux liaisons dangereuses

Le prix du pétrole a chuté de 70% en deux ans. Personne aujourd’hui ne peut prédire l’avenir. Un prix du pétrole bas peut-il entraver la transition énergétique et économique en Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées ? ToulÉco Green a réuni ce vendredi des experts pour y répondre.

La chute du baril de brent peut-elle entraver la transition énergétique et économique en Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées ? C’était la question soulevée par la dernière édition du Café Green, organisé par ToulÉco Green et ses partenaires à l’École d’ingénieurs de Toulouse Purpan. Et pour y répondre, un panel d’acteurs spécialisés dans les secteurs clés de la transition énergétique ont commencé par poser leur diagnostic.

Ainsi, Jérôme Llobet, chargé de mission à l’Ademe Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées et spécialiste de l’énergie, estime que le secteur le plus touché par les prix du carburant sont les énergies renouvelables thermiques comme la biomasse et le solaire thermique. « Le pétrole bas entraine un prix bas du gaz également et le bois n’est plus compétitif… Du coup, nous constatons une baisse des projets malgré la prospection et les subventions proposées », explique-t-il. « Mais c’est conjoncturel car le potentiel de la maitrise de l’énergie est acté par les entreprises. Par exemple, un gros industriel que nous accompagnons peut faire rapidement des économies d’énergie de l’ordre à 40 à 50% sur ses sites et donc sur ses coûts d’exploitation ». L’Ademe et la CCI viennent d’ailleurs de lancer sur l’ex-région Midi-Pyrénées le plan « Énergie compétitivité » pour entrainer 600 entreprises dans des projets de maitrise de l’énergie d’ici trois ans.

Pour Jean-Louis Espic, thermicien, ancien directeur régional adjoint et directeur commercial de Dalkia Est, « il faut rappeler que cette baisse du pétrole profite d’abord aux ménages qui font de réelles économies, mais du coup, attention au gaspillage », prévient-il. « On avait connu des situations similaires dans les années 80 après les chocs pétroliers. A l’époque, des investissements sur de grands projets de géothermie sur la grande couronne parisienne qui exploitaient l’eau chaude du Dogger avaient été remis en cause. Mais la situation aujourd’hui est différente et ces opérations sont relancées dans le cadre des objectifs de la loi de la transition énergétique, même si elles sont compétitives sur le long terme ». Selon l’expert, la transition énergétique ne se vit pas à travers le prisme du prix des énergies fossiles mais dans une vision de développement territoriale.

Vincent Delage, PDG de la Sovamep, société spécialisée dans l’économie circulaire des métaux et basée en Haute-Garonne, constate lui aussi l’impact de la baisse du brent sur cette économie. « Aujourd’hui, pour l’industrie plastique, c’est moins cher de prendre de la résine vierge que des résines recyclés. Donc cela a un réel impact », explique-t-il. « De même, le coût du minerai de fer est passé de 120 à 55 dollars la tonne en trois ans. Aujourd’hui, le prix du pétrole impacte le marché des matières secondaires, puisque l’énergie pour les transformer est moins cher ». La production du marché chinois entrave aussi l’économie circulaire, malgré l’imposition de taxes par l’Union européenne. Pour autant, la situation n’est pas catastrophique. « Les transporteurs profitent de cette baisse du pétrole, ils respirent enfin. Même si certains projets sont plus complexes à monter, le mouvement de l’économie circulaire est en marche ».

Stéphane Amant, consultant au sein du cabinet Carbone 4, rappelle que « en 2003, le prix du baril était de l’ordre de 20 dollars. Puis le prix est monté jusqu’à 100, 140 dollars. Donc 37 dollars actuellement, ce n’est pas si bas pour le prix du pétrole ». Pour ses clients, qui sont majoritairement des grands groupes, le prix de l’énergie finira par remonter. « On ne peut pas prédire l’avenir, mais on peut bâtir des scénarios. Si le prix reste bas à 40 dollars, c’est que l’économie mondiale ne repart pas. Et donc l’économie française va rester en berne. Mais si le pétrole remonte, alors la croissance économique repartira d’autant et actuellement tous les moyens sont réunis pour que la transition énergétique se concrétisent : la fiscalité, la réglementation, la technologie et les bénéfices de l’efficacité énergétique ». Stéphane Amant reste optimiste à moyen terme. « La réduction de 40% des émissions de CO2 imposée aux industriels français à l’horizon 2030 reste réalisable, car les industriels deviennent aujourd’hui de bons élèves en matière énergétique. »

Des questions importantes, car dans notre société moderne, l’énergie est au cœur de notre quotidien. Que ce soit dans les transports, les produits manufacturés, et même, notre alimentation. Jérôme Llobet rappelle ainsi que « dans un menu moyen »entrée plat dessert« , il y a 2 litres d’essences utilisés pour la transformation de ce repas… La baisse du pétrole en 2015, c’est 10 milliards d’euros d’économies sur la facture énergétique de la France sur une facture de 50 milliards, ce n’est pas rien. »

Reste l’aspect purement financier. Ainsi, « le prix du baril du pétrole est totalement décorrélé du prix de son extraction. Il est important que les pouvoirs publics tiennent compte de cette équation », affirme Stéphane Amant. Le législateur a cependant intégré une fiscalité censé favoriser la transition énergétique. « Avec la contribution climat énergie (ex-taxe carbone), on part de très loin. La fiscalité carbone on en parlait pas il y a quelques années » poursuit Stéphane Amant. « Aujourd’hui l’opinion publique est sensibilisée et cet aspect va aller crescendo avec les années ». Le prix de la tonne de carbone actuellement fixé à 22 euros devrait monté à 56 euros en 2020 et 100 euros d’ici 2030.

Parviendrons-nous à une énergie 100% renouvelable à l’horizon 2050 ? C’est une scénario envisagé par l’Ademe. « Si cela arrive, nous aurons un avantage concurrentiel indéniable », s’enthousiasme Jérôme Llobet. Un objectif qui sera peut-être d’abord atteint en Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées, puisque la présidente de région Carole Delga a pour ambition de faire de LRMP la première région à énergie positive d’Europe. « C’est tout à fait possible », répond le spécialiste de l’Ademe. « Nous avons de nombreux atouts naturels qui favorisent le déploiement des énergies renouvelables et déjà 47 territoires à énergie positive dans la grande région. Nous en compterons 65 territoires d’ici 2019 ». À suivre donc.
MV. et ADV.

Crédits photos : Hélène Ressayres Touléco.

Les Cafés Green sont organisés par ToulÉco Green, en partenariat avec l’Agence de l’eau Adour-Garonne, Cler verts, Ecocert et Toner d’Encre.

1 Commentaire

  • Le 9 avril 2016 à 10:32 , par Jérôme

    Je trouve le ton du résumé de Café Green un peu positif. Au quotidien il est exceptionnel de voir un changement de pratiques qui vise à réduire le gaspillage énergétique que ce soit les moteurs qui tournent à l’arrêt (auto-école, services municipaux et bien sûr citoyens lambda), l’éclairage des magasins, la pratique des portes ouvertes, les ordi qui restent allumés 24/24 et week-end, une alimentation subventionnée pour permettre les intrants (polluants pour la santé et l’environnement) et le transport longues distances… le développement de méga centres commerciaux, les choix d’une LGV, 2nd Rocade, autoroute Tlse-Castres… tous désapprouvés par les Enquêtes Publiques et même parfois par la Cour des Comptes…

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