ToulÉco Green

Publié le jeudi 16 juin 2016 à 20h32min par Aurélie de Varax

Café Green. La compensation écologique en débat, à Toulouse

La loi biodiversité, qui passe en troisième lecture à l’Assemblée Nationale, va cadrer la notion de compensation écologique. Notamment en créant des « biobanques ». Quels en sont les risques et les opportunités ? ToulÉco Green a réuni ce vendredi des experts pour y répondre.

La biodiversité est-elle un nouveau capital à manager et si oui, comment ? C’était la question soulevée par la sixième édition du Café Green, organisé par ToulÉco Green et ses partenaires à l’Espace EDF Bazacle, ce mardi. En introduisant la possibilité d’un système de compensation écologique par l’offre dans les projets d’aménagements, avec la création de réserves d’actifs naturels (appelés aussi biobanques), la loi espère améliorer la protection de la biodiversité. Si certains y voient l’émergence possible d’une économie de la protection de la biodiversité, d’autres craignent des dérives vers la marchandisation du vivant.

Mickaël Douette, chef de division biodiversité à la Dreal Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées, le bras régional du ministère de l’Écologie, a rappelé que « la compensation écologique doit intervenir en dernier recours dans les projets d’aménagement, après les mesures d’évitement et de réduction des impacts. » L’expert convient que la compensation d’un milieu est difficile car « dans certains cas ce n’est pas possible de respecter le principe d’équivalence écologique, notamment sur des espèces patrimoniales et en respectant aussi un principe de proximité géographique ». L’acquisition d’unités de compensation dans le cadre d’une réserve d’actifs naturels s’est donc déjà développée, l’exemple français le plus emblématique étant la Plaine de Crau où « la CDC Biodiversité, filiale de la Caisse des Dépôts, a acquis 350 hectares d’un milieu dégradé en 2008 qu’elle restaure en vendant aux aménageurs des unités de compensation ». Selon Mickaël Douette, « la création de réserves d’actifs naturels peut être une opportunité pour la protection de la biodiversité dans des territoires fortement anthropisés ou dans le maintien des trames vertes et bleues », mais gare au « risque de marchandisation de la nature si le principe incite certains décideurs à ne pas intégrer les contraintes de l’espace naturel comme une composante essentiel du projet, au profit d’un gros chèque. »

Pour Céline Ménard, directrice régionale Sud du bureau d’ingénierie écologique Biotope, « le coût des unités pourrait être un frein à une marchandisation de la compensation ». Aux Etats-Unis où le secteur s’est largement développé, certaines unités peuvent atteindre 200.000 dollars. « La question de la compensation ne doit pas être diabolisée mais orientée dans le bon sens pour faire de la restauration de la nature une économie qui peut profiter aux territoires. » il faudra cependant que les dossiers soient « évalués, accompagnés et contrôlés » par des acteurs indépendants pour éviter les dérives et que les collectivités et des acteurs privés s’emparent du dispositifs plutôt que les banques. L’expert voit une opportunité de seconde vie pour des territoires en déshérence ainsi qu’une économie prometteuse pour le secteur de la conservation de la nature actuellement en difficulté ou trop confiné au monde associatif. « Cela peut créer aussi une alternative économique compétitive par rapport à l’usage d’un terrain en bâti mais il va falloir créer chez les élus une culture de la restauration de la nature. » Sur la question des inventaires et des équivalences écologiques, Céline Ménard reconnait qu’aujourd’hui les cabinet d’études travaillent souvent à partir de leurs propres méthodes sans qu’il y ait de norme établie.

Pour Sébastien Conan, responsable RSE du Groupe Ecocert, « il faut initier, chez les entreprises et les aménageurs, une culture de la biodiversité comme un capital à manager et ce, pas seulement sur les pressions foncières, mais sur toute la chaine de valeur. » Il faut aussi prendre en compte « l’ensemble des pressions exercées sur la nature : la dégradation des espèces, des habitats et des continuités écologiques, la pollution des écosystèmes, la surexploitation des ressources naturelles, les espèces invasives sans oublier les pressions exercées sur le changement climatique. » Une résilience doit donc être mise en place qui passe par un système de management pour « apporter des réponses aux exigences réglementaires et engager l’entreprise dans l’évitement et la réduction plutôt que dans les schémas de compensation ». Selon Sébastien Conan il faut de plus en plus travailler en amont, en s’appuyant sur des outils comme le référentiel « engagement biodiversité » lancé en novembre 2015 par le Groupe Ecocert.
GSM granulat, Sanef (autoroutes), Bolloré Logistics, Guerlain et Séché Environnement font partie des pionniers engagés dans la démarche.

Au-delà des aires protégées existantes, la compensation par l’offre pourrait ouvrir la voie de la protection des milieux ordinaires. Mais les modalités restent à préciser pour éviter les dérives marchandes.
Aurélie de Varax

Crédits photos : Hélène Ressayres Touléco.