ToulÉco Green

Publié le vendredi 30 septembre 2016 à 17h44min par Aurélie de Varax

Café Green. L’économie de la coopération, un nouvel eldorado ?

L’économie de la coopération n’est plus l’apanage des acteurs de l’économie sociale et solidaire mais trace sa route au sein du monde économique. Quels en sont les mots clés et pour quels résultats ? ToulÉco Green a réuni ce vendredi des experts pour y répondre.

« Economie de fonctionnalité », « nouvelles coopérations économiques », « open innovation », « intrapreneurs », c’est une réflexion autour de ces nouveaux concepts qu’a ouvert le Café Green organisé par ToulÉco Green et ses partenaires au Périscope, ce vendredi. Face à un monde qui se complexifie, une prise de conscience collective pousse les acteurs - et pas seulement ceux de l’économie sociale et solidaire - à expérimenter de nouvelles formes de coopérations. Comment fonctionne cette économie ? Si la coopération semble être un atout au service de la compétitivité, elle bouscule des codes établis et nécessite de la méthodologie.

Pour Cyril Marcerou, fondateur et dirigeant de la Scic Altern Mobilqui développe les livraisons écologiques en ville sur le dernier kilomètre, l’économie de la coopération est dans les gènes de l’entreprise. « Notre statut de société coopérative d’intérêt collectif implique de travailler de façon collégiale avec nos salariés, nos bénéficiaires et les collectivités dans le processus de prise de décision. C’est le coeur de notre modèle économique et cela n’exclut pas la performance, » souligne le dirigeant. La société compte actuellement 54 collaborateurs dont sept en insertion pour 1,1 millions de chiffre d’affaires. Si ce type de modèle recèle de nombreux atouts - l’adhésion initiale au projet permet une cohésion globale des parties prenantes dès le début ; la coopération sur les choix techniques facilite les prises de décisions ; le management participatif permet la réduction des résistances et un certain « bien-vivre » au travail -, Cyril Marcérou ne cache pas que ce modèle n’est pas facile. « Ce type de société est plus lent à mettre en mouvement que le modèle classique, très descendant et il repose beaucoup sur l’état d’esprit du leader qui fédère les énergies. »

Pour Antoine Maurice, responsable du développement du PTCE Le Périscope, un des Pôles Territoriaux de Coopération Economique de l’aire toulousaine, la coopération ne va pas de soi. « Il faut que les entrepreneurs soient prêts à investir du temps pour rencontrer d’autres acteurs de secteurs identiques ou totalement différents en se disant que cela peut générer pour eux de l’innovation. Ce n’est pas naturel. » D’où le rôle primordial de facilitateur des PTCE. « Nous avons d’ailleurs des soutiens financiers publics car ils reconnaissent l’importance du rôle d’animation du développement économique. En étant au coeur des territoires, nous avons les moyens d’identifier des besoins émergents et d’y répondre en générant de l’activité économique pour les entreprises de l’ESS. » Et de citer la mise en place actuellement d’un service de conciergerie au sein de la zone d’activité du Parc technologique du Canal ou siège le Périscope, afin de répondre aux besoins des services achats ou des salariés : cours de sport, paniers de légumes, restauration rapide etc.

Non, l’économie de la coopération n’est pas l’apanage de l’ESS. Elle se taille aussi sa part au sein des grandes entreprises qui s’ouvrent notamment aux démarches d’open innovation en interne mais aussi avec leurs pairs, sur des problématiques communes. Selon Carole Maurage qui accompagne ces démarches depuis une dizaine d’années, « cela fait quatre ans que les entreprises s’ouvrent à des expérimentations plus horizontales qui cassent les codes hiérarchiques. Il y a beaucoup de peurs mais elles y vont portées par l’exemple des pairs et par la conviction que, comme disait Einstein : on ne peut pas résoudre un problème avec la même forme de pensée que celui qui l’a produit. » Le succès des démarches de coopération passera par la forte implication du top management et un certain lâcher prise des dirigeants, l’introduction d’une réelle diversité dans les participants, la bonne gestion du facilitateur dans la mise en confiance mais aussi la réciprocité dans la confiance. « Une démarche d’open innovation dure en général huit mois car nous allons jusqu’à la concrétisation du projet, » insiste Carole Maurage. Au final les entreprises y gagneraient puisque « les parties prenantes deviennent complices de la stratégie globale. Cela permet de réveiller les motivations, le plaisir, l’implication et du coup la performance ». La performance au rendez-vous donc.

Même son de cloche pour Stéphane Letron, président du CJD (Centre des Jeunes Dirigeants) de l’ex-Midi-Pyrénées, la coopération est gage de performance pour les PME. L’organisme qui expérimente des solutions pour accompagner les entreprises - PME,PMI, ETI - vers la notion de performance globale vient d’ailleurs de lancer une expérimentation autour de « l’économie de la fonctionnalité et de la coopération ». Douze entreprises vont se réunir dans l’idée de faire évoluer leur business model actuel à l’aune de l’économie de fonctionnalité en passant de la vente d’un produit à celle d’un service et ceci en coopérant avec des acteurs du territoires. « De telles approches sont bousculantes pour les entrepreneurs. Elles impliquent de sortir de sa zone de confiance, de se confronter à ses parties prenantes, d’accepter de faire évoluer son modèle économique. C’est par l’exemple des réussites que nous pourrons lever ces résistances. Il faut aussi du temps et de l’accompagnement. » Pour le dirigeant, l’économie de la coopération est au coeur de la performance globale car elle crée de la compétitivité en adressant en même temps des sujets comme l’obsolescence programmée, la relocalisation de l’économie, le mal être au travail.

C’est un fait. L’économie de la coopération progresse au sein du monde économique en portant des fruits au niveau de la compétitivité et de l’humain. Elle est également portée par la révolution numérique qui facilite les échanges et ouvre des possibles. Selon les intervenants, les démarches nécessitent des facilitateurs, du temps, de l’investissement humain car elles brisent l’ordre établi mais le mouvement sera certainement amplifiée par les nouvelles générations d’entrepreneurs. Il entrainera aussi des mutations. Par exemple, si les grandes entreprises génèrent en leur sein de plus en plus « d’intrapreneurs », cela impliquera une réflexion sur la notion et le statut de salarié.
Aurélie de Varax

Photos Hélène Ressayres.