ToulÉco Green

Publié le vendredi 3 juillet 2015 à 17h55min par Aurélie de Varax

Café Green. Innovation et développement durable : quelles sont les recettes gagnantes ?

Qu’y a-t-il de commun entre le robot Oz de Naïo Technologies et la phytotière d’Alg&You ? De l’innovation technique, environnementale et sociale. Pour son premier café Green, Touleco Green a réuni des start-up pour décrypter ces stratégies d’innovation qui préparent demain.

Demain, l’entreprise devra trouver sa place dans une économie décarbonée où la performance se mesurera autant à l’aune du résultat net que de le plus value environnementale et sociale. Pour son premier Café Green, Touleco Green a réuni plusieurs entrepreneurs à l’avant-garde du développement durable afin de décrypter les nouvelles approches de l’innovation portées par ce modèle.

La technologie au service de l’impact social

Dans une autre vie il travaillait en Afrique pour approvisionner en énergie renouvelable des sites isolés. « L’énergie c’était un confort pour les habitants, l’accès à l’eau potable un besoin vital. L’eau est présente dans ces pays mais souvent contaminée, » souligne Christophe Campéri-Ginestet, le co-fondateur de Sunwaterlife fin 2014. Et d’ajouter : « nous avons donc créé Aqualink, un système de décontamination de l’eau des virus et bactéries qui tient dans une valise portable et se met en route en cinq minutes via des panneaux solaires. Il nécessite peu de maintenance et est autonome en énergie ». Cette prouesse technologique brevetée qui repose sur la miniaturisation de technologies connues, a un coût 50 à 100 fois moins cher que l’eau en bouteille et peut produite 800 litres par jour.

« Notre modèle d’innovation repose sur l’amélioration continue pour adapter nos produits aux marchés visés, les rendre plus légers, plus performants », ajoute le dirigeant. « Travailler avec des ONG, des Etats, des bailleurs de fonds, c’est pareil mais demande des temps de décisions plus longs qu’il faut anticiper. Au-delà du produit, nous apportons aussi de la sensibilisation sur les risques sur la santé d’une eau contaminée. Enfin ce qui est clé sur un marché de ce type, c’est le service après vente. Il faut des commerciaux qui soient aussi des techniciens. Pour se financer à l’amorçage, la start-up a fait appel au crowdfunding, un modèle très en vogue dans le domaine du développement durable, et levé 350.000 euros sur Wiseed. »C’est le moyen le plus simple et le plus rapide de se financer avec au final, une seule personne au capital. C’est une bonne solution quand le projet a un impact social qui parle aux gens et ce n’est pas incompatible avec une levée de fonds classique."

La RSE comme moteur de l’innovation

Le robot Oz de Naïo Technologies est né de la demande des agriculteurs bio en attente de solutions techniques pour diminuer la pénibilité et l’exigence en temps du désherbage manuel. Passionnés de robotique, les fondateurs de l’entreprise Naïo Technologies leur concoctent des robots sur-mesure à partir de logiciels de guidage qui désherbent, notamment dans les rangées de légumes. Et bientôt de vignes. Pour Gaétan Séverac, le co-fondateur de Naïo Technologies, le management de l’innovation doit intégrer la RSE pour une fabrication pertinente et responsable. « Nous travaillons avec les consultants de Palanca depuis le début pour intégrer l’analyse du cycle de vie dans notre démarche de conception des robots et réfléchir à des approches de circuit court et d’économie de fonctionnalité. Par exemple vendre une surface désherbée par an plutôt qu’un robot permettrait de faire tourner les machines en continu ».

Révolution à tous les étages, la start-up mise également sur un management « libéré » comme gage de performance. « Cela commence par demander à tout les collaborateurs de donner leur avis dans les décisions stratégiques, impliquer chacun dans les décisions quant aux salaires et donner à chacun la possibilité de lancer un projet utile à l’amélioration de l’entreprise, » explique Gaétan Séverac.

Miser sur une innovation de rupture

Rendre la culture de micro-algues alimentaires à la maison accessible et désirable, tel est le pari fou de la jeune start-up Alg&you avec la mise sur le marché programmée de sa phytotière domestique, sorte de yaourtière du plancton. Une innovation de rupture. « Les trois microalgues autorisées dans l’alimentation sont très riches en micronutriments, vitamines et protéines. Comme un oeuf, elles peuvent être valorisées sous forme sucrée et salée. Elles poussent également très vite avec peu d’énergie, » explique Georges Garcia, le co-fondateur d’Alg&You. « Nous visons l’accès à l’alimentation saine pour tous dans une démarche d’entrepreneuriat social, l’intention première étant de faire connaitre la spiruline dans les pays du Nord pour convaincre au Sud que ce n’est pas l’alimentation du pauvre ».

En attente de la réponse du Concours mondial de l’innovation qui permettra à la start-up d’avancer sur deux ans de R&D en partenariat avec Seb, Georges Garcia détaille son modèle d’innovation. « Nous sommes sur un temps long parce qu’il faut créer l’adhésion au produit. Nous nous appuyons sur la complémentarité entre l’association La Voie Bleue qui sensibilise les communautés pour créer cette adhésion et l’entreprise Alg&You qui propose les phytotières. Convaincre Seb d’y aller fait partie du projet initial. L’entrepreneuriat social, c’est l’association d’une entreprise qui porte des valeurs et d’une grande entreprise qui a la force de frappe de produire en grand nombre. Le tout permet d’avoir l’impact social. » Pour susciter l’adhésion sur un produit de rupture, Alg&You milite pour une co-création de cette innovation avec les consommateurs, les cuisiniers, les industriels, les PME de l’agro-alimentaire etc.

Réduire son empreinte carbone, step by step

Pour l’hébergeur Fullsave, la transition vers une économie décarbonée est un véritable casse-tête. Le secteur des data center est fortement émetteur de gaz à effet de serre (GES) avec 2 % des émissions mondiales, soit autant que l’aviation civile. « Ce n’est pas parce qu’on pollue qu’on ne peut pas faire des efforts pour moins polluer », scande Emmanuel Prat, responsable qualité chez Fullsave. Et de détailler : « Côté amont, nous nous approvisionnons auprès de Dell pour les machines, un des constructeurs les plus transparents sur la fabrication des machines et le recyclage des serveurs. Côté consommation énergétique le PUE [1] du data center TLS00 ouvert depuis avril 2014, est à 1,6 quand la moyenne en Europe est à 2,2. Ce nouveau data center est équipé des technologies dernières générations. Pour refroidir les machines, on a choisi de concentrer l’air chaud dans un couloir et le refroidir ensuite. Et nous comptons descendre à 1,5 en optimisant au quotidien grâce à des mesures du PUE en temps réel qui permettent de placer chaque installation au meilleur endroit. »
Selon le responsable, le management de l’innovation est une stratégie step by step où l’on se heurte parfois au principe de réalité. « Nous sommes en contrat avec EDF car le fournisseur d’énergie renouvelable Enercoop ne peut pas encore nous fournir les deux mégawatts nécessaires. » Au-delà de sa stratégie d’évitement des émissions carbone, l’entreprise amorce une approche autour de la compensation carbone dans laquelle elle compte emmener ses clients.

Clairement la montée des préoccupations autour de l’homme et l’environnement conduit à des approches méthodologiques nouvelles pour aborder le financement, le marketing, le commercial, les achats et les RH, voire la mission de l’entreprise dans le modèle de l’entrepreneuriat social porté par Alg&You.
C’est un processus d’amélioration continue. Il n’y a pas de recettes préétablies mais des tendances qui émergent. C’est un domaine où une large place est laissée à l’expérimentation. Pour limiter les risques et faciliter l’adhésion, un atout se démarque : la co-construction avec les communautés parties prenantes.
Aurélie de Varax

Crédits photos : Hélène Ressayres Touléco Green.

Notes

[1C’est le Power Usage Effectiveness : le calcul de l’énergie en kWh consommée pour la climatisation, les équipements et réseaux par rapport à l’énergie délivrée par le service informatique

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