ToulÉco Green

Publié le vendredi 25 septembre 2015 à 18h49min par Aurélie de Varax

Economie circulaire : le modèle économique de demain ?

Produire plus et mieux avec moins. C’est le pari de l’économie circulaire. 400.000 emplois sont en jeu. Comment mettre en oeuvre ce défi sur le territoire ? ToulÉco Green a réuni, ce vendredi, des acteurs au coeur du sujet, pour y répondre.

L’économie circulaire implique l’utilisation en boucle des matières grâce à des démarches d’éco-conception, de réemploi, de recyclage des déchets, d’économie de fonctionnalité et, à l’échelle d’un territoire, d’écologie industrielle. C’est une réponse à la raréfaction croissantes des ressources, à la dégradation des écosystèmes et au changement climatique avec un vrai potentiel économique. Inscrite au coeur de la loi de transition énergétique, elle promet jusqu’à 400.000 emplois en France et une économie de 700 milliards de dollars par an en Europe, selon la Fondation Ellen MacArthur. Est-ce le modèle économique de demain ? A l’occasion de son Café Green ce vendredi 25 septembre, ToulÉco Green et ses partenaires ont réuni plusieurs pionniers du sujet en Midi-Pyrénées, pour y répondre.

L’importance d’une expertise indépendante

L’économie circulaire est inscrite au coeur du projet de Macadam Garden. Créée en 2013, l’entreprise s’est restructurée récemment autour du maraichage bio, en circuit court, ainsi que de l’installation de potagers urbains dans les entreprises à commencer par celui du toit de la Clinique Pasteur, sur 500 m2, avec la redistribution d’une partie de la collecte à la cantine de l’établissement. Installée à Seysses à proximité d’un centre équestre et d’une distillerie, l’entreprise étudie actuellement les potentialités d’une économie circulaire avec ses voisins immédiats, accompagnée par le bureau d’étude toulousain Palanca.« Nous avons trois projets de synergies à l’étude : l’élaboration d’un compost pour le maraîchage à partir des déchets du centre équestre et de la distillerie, la mise en place d’un réseau de chaleur et, la diversification du maraîchage via la production de spiruline, en lien avec la start-up Alg&You, » précise Cédric Jules, le fondateur de Macadam Garden.

Selon le jeune dirigeant, le montage de ces projets inter-entreprises nécessite l’accompagnement d’une expertise extérieure. « Un bureau d’étude spécialisé aide à poser le cadre de référence, à faciliter la négociation entre les parties prenantes et permet d’élargir le périmètre du projet en identifiant éventuellement d’autres acteurs cibles ». Côté finances, le projet de Macadam Garden a reçu le soutien de l’Ademe à hauteur de 70% sur la phase étude et l’entreprise compte s’appuyer sur le nouvel Ami (appel à manifestation d’intérêts) sur l’économie circulaire pour financer une partie de la mise en oeuvre.

Miser sur la compétitivité collaborative

Pour Jean-Luc da Lozzo, le gérant de la SCIC Organic’ Vallée fondée en juin dernier à Belestat-en-Lauragais, organiser des échanges de flux entre acteurs selon le modèle de l’économie circulaire est une réelle opportunité, aussi bien pour les entreprises que les instances territoriales. « C’est une réponse double à la demande des consommateurs de produits locaux et tracés et aux enjeux du durcissement de la réglementation sur les déchets » précise-t-il. L’entrepreneur qui est également à la tête de Cler Verts, une entreprise spécialisée dans le tri et le recyclage des déchets organiques de la région toulousaine, s’est donc lancé le défi de co-construire le premier pôle d’agro-activité du territoire autour de l’économie circulaire.

« Nous avons eu l’opportunité d’acquérir un terrain de 55 hectares à côté des activités de Cler Verts avec donc, la possibilité de fertiliser des sols et chauffer des bâtiments. » Les protagonistes, dont le cluster Biovallée lauragais, ont opté pour le statut de SCIC (société coopérative d’intérêt collectif) afin de réunir des acteurs, publics et privés, dans une approche de compétitivité collaborative. « En lien avec les flux entrants et sortants de Cler Verts, nous allons installer des acteurs ayant une activité de flux. Trente hectares sont prévus en maraichages biologiques, une légumerie, de l’élevage, une huilerie, une meunerie. On va louer les terrains avec une part variable indexée sur le chiffre d’affaires réalisé », détaille Jean-Luc da Lozzo. Un modèle d’économie circulaire. Face à un accueil mitigé du monde financier, la SCIC a d’ailleurs choisi de recourir au financement participatif pour ses acquisitions. « Le retour sur investissement prévu est de 3 à 4%, mieux que le livret A », plaisante Jean-Luc da Lozzo. Ce projet devrait générer cent nouveaux emplois sur le territoire, sous le regard approbateur des élus.

« C’est à la matrice territoriale de préparer le terrain »

Selon Florian Julien Saint Amand, conseiller entreprise et économie circulaire à la CCI de Montauban et de Tarn-et-Garonne, si le territoire midi-pyrénéen fourmille d’initiatives portées par des acteurs dynamiques et parfois visionnaires, l’économie circulaire est encore loin d’être le modèle dominant. « Nous sommes en phase de transition avec des signaux positifs sur l’offre et la demande mais il faut pousser ce modèle. C’est le rôle de la matrice territoriale de se poser en intermédiaire pour faciliter les échanges et rendre le territoire plus compétitif et créateur d’emplois » explique-t-il. La chambre consulaire a développé en 2013 le progiciel Act’If pour cartographier les besoins et les offres des acteurs du territoire, - machines, véhicules ou personnels sous-employés, flux de matière non utilisée, locaux disponibles - afin de revenir vers les entreprises avec des propositions de synergies en réponse à leurs besoins. L’outil est actuellement en déploiement dans sept autres régions françaises.

« Cent cinquante entreprises sont intégrées dans Act’If, une dizaine de synergies sont devenues opérationnelles pour dix emplois créés. Notre premier bilan prouve que c’est rentable pour l’économie et le territoire de mettre de l’argent dans cette démarche. Mais aujourd’hui le prix des matières premières et de l’énergie n’est pas si cher et le retour sur investissement des projets est encore trop long », précise Florian Julien Saint Amand. Et d’ajouter : « Les démarches ont besoin de la force publique. Demain, peut-être que des acteurs privés prendront le relai. »

Le besoin de signaux politiques forts

Une analyse que confirme Vincent Aurez, co-auteur de l’ouvrage « L’économie circulaire : un désir ardent des territoires » et chargé de mission à l’Institut de l’économie circulaire [1]. « Nous sommes à une phase initiale où le partage d’expériences et d’outils est nécessaire pour voir ce qui marche. Une entreprise qui adopte l’économie circulaire au coeur de son modèle d’affaires diminue de 36% ses émissions de gaz à effets de serre et crée un avantage compétitif en intégrant, avant les autres, l’économie d’usage et le recyclage des produits. Ce n’est pas une pratique à la marge comme la RSE. C’est ce qui va rapporter de l’argent. Pour démultiplier ce modèle, il faut un signal politique fort. Actuellement le prix des matières recyclées est peu compétitif par rapport aux matières premières vierges. »

Selon l’expert, les premiers leviers pour déployer l’économie circulaire sont la commande publique et la fiscalité. « C’est le point le plus ambitieux : une stratégie nationale sur l’économie circulaire va être rédigée qui va permettre à tous les ministères de prendre des engagements. Cette fiscalité sur les ressources ne serait pas une nouvelle taxe mais une réallocation de la fiscalité sur le travail ». Un projet qui pourrait être poussé par ce qui aboutira de la Cop 21 autour de la fiscalité carbone. Pour l’heure, Vincent Aurez invite les acteurs du territoire à s’investir pour que les « futures stratégies régionales soient ambitieuses et que la politique climat inclut la politique ressource. »
Aurélie de Varax

Crédits photos : Hélène Ressayres Touléco.

Les Café Green sont organisés par ToulÉco Green, en partenariat avec l’Agence de l’eau Adour-Garonne, la CCI Midi-Pyrénées, Cler verts, Ecocert et Toner d’Encre.

Notes

[1Un think tank de 200 membres, collectivités et entreprises, qui travaille sur le territoire national pour promouvoir l’économie circulaire dans toutes ses dimensions.