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Publié le vendredi 21 novembre 2014 à 11h17min par Aurélie de Varax

Biogaz : « La réalité ne permet pas à la filière de se construire »

Les 2e rencontres nationales du biogaz se sont déroulées du 19 au 21 novembre à Toulouse, sur fond de morosité. L’industrie est prête à faire du transfert de technologies mais le marché ne suit pas. Résultat, la filière est toujours en émergence.

Voilà huit ans que le paysage français du biogaz a vu pousser ses premières unités de méthanisation à la ferme et, malgré des objectifs ambitieux fixés dans le cadre du plan national biogaz (1.000 méthaniseurs à la ferme d’ici 2020) et la certitude que le relais de croissance réside dans ces installations dites « rurales », la filière piétine. La précédente édition des rencontres nationales du Biogaz avait rassemblé 800 acteurs à Toulouse, en présence du ministre de l’énergie et du développement durable. Elles s’étaient clôturées dans un vent d’optimisme assez éloigné du sentiment global qui plombe un peu l’ambiance de cette seconde édition. Si les acteurs sont à nouveau au rendez-vous, le doute s’est installé. « La volonté politique est indéniable mais la réalité réglementaire et économique ne permet pas à la filière de se construire », nous livre Antoine Stouff, président de Prometer.

Agriculteur dans l’Aveyron, il a entamé depuis cinq ans un projet collectif de méthanisation sur le plateau de Montbazin. Soixante-treize agriculteurs sont associés sur un gisement de 100.000 tonnes de biomasse annuelle dont 92.000 d’effluents d’élevage. C’est le plus gros projet de la région mais il peine à définir son modèle économique face aux exigences réglementaires - « On impose des tarifs plus bas aux projets collectifs alors que nos frais de fonctionnement et de logistique sont plus importants » - et à celles des banquiers qui « demandent un niveau de rentabilité de 10% sur les fonds propres. » En clair, les freins identifiés au développement des unités de biogaz s’enlisent : complexité des homologations des digestats, difficultés du financement, structures tarifaires peu encourageantes (20% inférieures aux autres pays d’Europe), sans oublier l’acceptabilité sociale.

L’urgence d’une concertation entre acteurs

« Nous sommes optimistes sur le développement de la filière mais inquiets sur la réalisation des objectifs nationaux pour 2020 », déplore Antoine Jacob, président du Club biogaz de l’ATEE. Et de souligner que sur les 50 propositions des acteurs de la filière réunies dans un livre blanc remis à la Ministre de l’Ecologie en mai dernier, celle-ci n’a accepté que la première : « créer un comité national de pilotage pour la filière biogaz ». Une promesse orale qui n’a, à ce jour, pas eu d’effet. Et pourtant les débats qui émergent de ces Rencontres démontrent l’urgence de mettre tout le monde autour de la table. La France a fait le choix de recycler dans ses digesteurs des déchets agricoles et agroalimentaires plutôt que des cultures énergétiques (modèle allemand) afin de ne pas nuire à la vocation première, nourricière, des terres agricoles. Même cette décision ne fait pas l’unanimité. La Région Bretagne finance les projets qui ont un apport en culture énergétique jusqu’à 8% alors que Midi-Pyrénées s’y oppose fermement.

Pour Sébastien Couzy, président du groupe de travail biogaz au Comité stratégique de filières éco-industries (COSEI), « de nombreuses questions se posent en matière de politique tarifaire, de financements, d’industrialisation, de R&D. Il faut créer un consensus global avant de faire des déclinaisons locales. On lance une filière par des mesures radicales et non des annonces. »

Une filière vertueuse pour Midi-Pyrénées

Dans ce contexte où l’attentisme règne, Martin Malvy, président de la région Midi-Pyrénées, reste confiant quant aux retombées locales des projets biogaz pour la région. « Le marché à venir d’ici 2020, avec notre objectif de 100 unités, correspond à 200 à 300 millions d’euros d’investissements et une somme de 600 à 700 millions d’euros en exploitation. Cela devrait représenter environ un millier d’emplois directs ». La région a déjà soutenu vingt-deux unités pour 4,3 millions d’euros et intervient à travers sa structure de tiers investissement MPEI (Midi-Pyrénées énergies investissements). Mais pour rassurer les porteurs de projets et les banques, il faudra probablement trouver, collectivement et rapidement, de nouveaux leviers.
Aurélie de Varax

Sur la photo : Martin Malvy, président de la Région Midi-Pyrénées. Photo D.R.