ToulÉco Green

Publié le jeudi 11 juillet 2019 à 23h10min par Béatrice Girard

Baisse de la collecte en 2018 pour le IéS, le financeur solidaire d’Occitanie

Depuis vingt ans, le fonds IéS accompagne des entreprises d’occitanie via un financement citoyen. Eric Jourdain, son président dresse un bilan 2018 en demi-teinte avec une collecte en baisse malgré un territoire toujours dynamique.

Éric Jourdain, le fonds IéS est une coopérative de financement créée en 1998. Quel est votre positionnement ?
Notre singularité, c’est que nous finançons du capital risque en fonds propres et ces fonds proviennent de l’épargne citoyenne. 100 % de l’épargne citoyenne est investie dans la collecte d’entreprises et notre périmètre d’action est la région Occitanie Depuis la création d’IéS il y a ving ans, 130 projets ont été financés, nous accompagnons actuellement 68 entreprises et avons 960 coopérateurs. 2,5 millions d’euros ont été investis par des citoyens depuis 1998 et l’encours actuel s’élève à 852 910 euros.

Quel type d’entreprises financez-vous ?
Historiquement nous financions plutôt des coopératives, mais nous accompagnons désormais tous types d’entreprises dans un spectre très large. Récemment nous avons financé un café culturel dans le Tarn et une start-up qui développe un process de récupération de chaleur des outils de production, à Perpignan. 60% sont des structures coopératives et 40% d’autres types aux formes juridiques variées. D’ailleurs jusqu’à présent nous accompagnions des entreprises dont la gouvernance était toujours partagée (par deux associés minimum), mais nous venons d’ouvrir à des EURL , c’est à-dire-des entreprises qui n’ont qu’un seul dirigeant pour répondre à une demande qui émanait de territoires un peu diffus.

Quels sont vos critères d’éligibilité ?
Nous prenons en compte la création d’emplois, le poids sur l’économie locale, la gouvernance participative ou collective et l’innovation technique ou environnementale. Nous limitons volontairement le nombre de start-up financées à deux par an, car ce sont des structures très gourmandes en financement. Une fois le projet défini comme éligible, il est examiné et nous ne sommes jamais les seuls dans le tour de table. Notre fourchette de financement oscille entre 5000 et 50.000 euros en fonction de la demande et du niveau de risque et le ticket moyen s’affiche à 20.000 euros. La durée maximale de prêt est de sept ans.

Quel est le bilan 2018 ?
En 2018 nous avons enregistré 100 demandes de financements et onze ont finalement abouti. C’est représentatif car chez nous en moyenne, 10 à 12 % des demandes de financement aboutissent. La collecte a, quant à elle, fortement chuté (de 70 %) elle est tombée à 62.000 euros au lieu des 200.000 euros habituels. Heureusement, l’argent collecté n’est pas investi immédiatement, donc il n’y a pas eu d’impact sur les montants investis, car nous nous sommes appuyés sur notre « matelas ». On peut cependant dire que 2018 aura été une année particulière avec un impact sur notre fonctionnement.

Comment expliquez-vous cette chute de la collecte ?
Les modifications fiscales - les donneurs ne peuvent aujourd’hui plus déduire leurs dons en cas d’ISF - peuvent expliquer environ 30 % de la baisse. Mais pour le reste, on a du mal à comprendre. Plusieurs facteurs ont sans doute pesé, l’effet gilets jaunes, le prélèvement à la source, la perte de pouvoir d’achat. Ceci nous oblige à devenir proactifs pour communiquer davantage et fidéliser les donneurs en leur donnant la possibilité d’étaler leur souscription. (une action coûte 76 euros). Nous avons aussi souscrit un partenariat avec la plateforme de financement participatif Lita.co.
Propos recueillis par Béatrice Girard

Sur la photo : Eric Jourdain, le président de la SCIC IéS, livre un bilan 2018 en demi teinte. Crédits : Hélène Ressayres - ToulÉco