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Publié le jeudi 4 mai 2017 à 17h29min par Aurélie de Varax

Avec Agr’eau, l’agriculture entre dans l’ère du stockage du carbone et de la nutrition

Lancé en 2012 auprès de 300 agriculteurs du Sud-Ouest, le programme Agr’eau a prouvé les bénéfices de l’agroforesterie et de l’agriculture de conservation des sols sur les rendements et la productivité. Il peaufine actuellement les atouts de son modèle sur le volet nutritionnel.

Il y a des agriculteurs optimistes en Occitanie : ceux du réseau Agr’eau. Depuis mai 2012, trois cents agriculteurs dans le Sud-Ouest sont engagés dans le programme Agr’eau. Et plus de cinq milles gravitent autour de ce noyau dur, dans vingt-cinq départements, grâce à des Journées techniques organisées par le réseau, comme celle de Nérac (Lot et Garonne), le 4 avril dernier. Depuis cinq ans, les partages d’expériences vont bon train sur cette nouvelle agriculture, en plein raz de marée en France, selon le président de l’association d’agroforesterie (AFAF) Alain Canet qui est aussi directeur d’Arbres&Paysage 32, dans le Gers.

« Les deux piliers sont les couverts végétaux dans tous les types d’agricultures et l’agroforesterie. En Occitanie, depuis trois ans, nous avons pu fédérer via le réseau Agre’eau, toutes les initiatives qui étaient dispersées sur des techniques complexes. Nous avons aussi demandé à la recherche scientifique officielle de venir vérifier tout ce que nous avons mis en place. Ensemble, nous avons écrit la colonne vertébrale de la fertilité en agriculture. Par les intrants et le travail du sol, toutes les agricultures biologiques ou conventionnelles perdaient du carbone, donc de la fertilité. Avec ces nouvelles approches, nous quittons l’ère la fertilité carbone pour entrer dans l’ère de la fertilité organique et du stockage du carbone ».

Produire plus avec moins, n’est plus une utopie

La nouvelle fertilité en agriculture se fait donc, avec la nature. Et vingt ans de pratiques en ont stabilisé les règles d’or. Mais cela n’est pas si simple d’emboiter le pas, lorsque l’on a mis les plantes sous perfusion aux intrants depuis des décennies. Cela passe par le relancement de l’activité biologique dans le sol, la réduction du travail du sol et la réduction drastique voire définitive des intrants. Ce qui est récent et extrêmement encourageant selon Alain Canet, « c’est que les résultats sont là et les agriculteurs optimistes. Ils ne sont plus dans des postures. On parle d’agronomie, de carbone et surtout le cap intellectuel franchi est celui d’accepter qu’on puisse produire bien et protéger les sols, en même temps ». Des rendements qui sont au moins égaux si ce n’est supérieurs avec moins de dépenses d’énergie et d’intrants. C’est un message extrêmement fort dans le contexte agricole actuel, si dégradé.

Avoir de la biodiversité au milieu des champs et laisser le sol se couvrir à l’image des couverts forestiers, serait donc le nouveau moteur de la production ? « Oui », répond Alain Canet et la région Occitanie est en train de prendre le leadership sur cette question par l’ampleur que prends la dynamique Agr’Eau. Outre de la performance, c’est aussi une vision optimiste que promeut ce modèle. « La contrainte va être de plus en plus violente mais au lieu de la vivre comme cela, notre message est qu’il faut travailler en en amont sur des pratiques vertueuses afin d’atteindre les objectifs, sans les vivre dans la contrainte ». Le réseau Agr’Eau étend maintenant sa dynamique de co-construction même au-delà des frontières hexagonales en s’appuyant sur la force des échanges et des partages d’expériences entre agriculteurs, qu’ils soient bio ou non. Une vertu de la profession qui pourrait lui apporter, enfin, son second souffle.

Quand agro-écologie rime avec nutrition

Fort de cette dynamique participative autour du socle de la fertilité, le réseau Agr’Eau et l’AFAF viennent d’entamer un autre travail global sur la question de l’alimentation et de la gastronomie. L’idée est de montrer que la plante, le légume ou le fruit qui poussent sur un sol avec une forte activité biologique, ou l’oeuf né d’une poule bio agroforestière, sont plus riches en nutriments et en goûts. « Les premiers résultats sur l’oeuf et le blé demandent à être confirmés. Nous travaillons avec les laboratoires officiels dont l’Inra sur cette questions ainsi que des laboratoire spécialisés et d’éminents spécialistes de la nutrition », confie Alain Canet qui invite encore à la prudence en l’absence de publications, à ce jour. « Depuis un mois, notre comité nutrition a dédié une personne à l’inventaire de tout ce qui a été dit sur l’analyse nutritionnelle et résiduelle des aliments de base, par catégorie : tomate bio, tomate hors sol, tomate au sol en conventionnel, tomate avec des engrais verts, tomates avec zéro travail su sol et des engrais vert, tomate avec zéro travail du sol en bio etc. » Un inventaire qui devrait livrer ses premiers résultats sous six mois.
Aurélie de Varax

Photo Pierre Honoré