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Publié le mercredi 9 octobre 2013 à 22h30min par Virginie Mailles Viard

Aude : 110 mètres de fer sur neuf siècles d’h*Histoire

Les ruines d’un village médiéval audois font le buzz sur Internet. Les vestiges de Saint-Pierre-le-Clair, site du XIIe siècle, servent de fondations à l’implantation de six éoliennes de 110 mètres de haut. Mais leur taille fera-t-elle le poids face à l’Histoire ?

Les descriptions de destruction du site sont éloquentes : maisons rasées, cimetière éventré. Le village médiéval de Saint-Pierre-le-Clair, dans la commune de Bouriège dans l’Aude, daté du XIIe siècle, aurait été en partie détruit lors de travaux de nivellement destinés à l’installation de six éoliennes de 110 mètres de haut. Un état des lieux que réfute la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) du Languedoc-Roussillon, en charge du dossier.

Au service régional à l’archéologie, le SRA, on s’insurge contre l’avalanche médiatique de ces dernières semaines. « Tout ce qui est dit dans la presse est faux. Il n’y a pas de destruction du site. Le débroussaillage a été réalisé mécaniquement, sur une surface de 50 m². Le village n’a pas été touché, la chapelle n’a pas été touchée. Les éoliennes quant à elles sont installées à la périphérie des ruines. »



Instruit depuis déjà une dizaine d’années, passé par deux fois sous les fourches caudines des tribunaux de Montpellier et de Marseille, le dossier de l’installation de ces éoliennes, mené par Alstom sur les hauteurs de la commune de Bariège, fait aujourd’hui le buzz sur Internet. Mais si la presse monte sur ses grands chevaux, et que les internautes réagissent en nombre, c’est bien que certaines énergies vertes posent paradoxalement des problèmes environnementaux. Bien que la destruction du site soit modéré par les services de la Drac, des éoliennes de 110 mètres de haut sont malgré tout susceptibles de modifier en profondeur le paysage.



La dimension archéologique du site oubliée dans le dossier d’instruction


Pour les archéologues amateurs audois, cet endroit était naturellement protégé par son isolement géographique. Tombé dans l’oubli, il ne présentait apparemment guère d’intérêt, même touristique, pour la commune et n’était soutenu par aucune association locale. Si, lors de la mise en place du projet en 2003, de nombreux recours ont été portés par des riverains, ils n’ont jamais concerné la dimension archéologique et ont été systématiquement rejetés.

L’existence des ruines a resurgi lors des premiers travaux de nivellement en août 2013. « Et c’était donc déjà trop tard », regrette cet archéologue amateur du centre d’archéologie médiéval du Languedoc. « Le projet était bien avancé, et dans l’enquête publique il n’y a aucune mention d’un site archéologique. Mais nous notons le manque d’intérêt du conseil municipal pour son patrimoine, son identité locale. Nous aurions dû attaquer en amont. »


Du côté du SRA, on estime avoir suivi le dossier conformément à la loi sur l’archéologie préventive. C’est ce que confirme Henri Marchesi, conservateur régional de l’archéologie : « Nous nous sommes entendus avec Alstom sur le fait que l’aménagement doit être le moins perturbateur possible pour les ruines. Des pistes d’accès au site seront modifiées pour préserver les traces. » Le SRA estime également que la taille des fondations des éoliennes - des cubes de béton de 10 mètres de large - n’auront pas d’incidence sur un site qui s’étend lui sur 1 hectare. 


« Nous ne pouvons pas fouiller toutes les ruines médiévales. »

Pour Florent Hautefeuille, spécialiste de l’archéologie médiévale à l’université Toulouse II Le Mirail, le site aurait mérité d’être étudié avant les travaux, ne serait-ce que sur les lieux d’implantation des éoliennes. Un relevé topographique indique la nécessité ou non de réaliser des fouilles avant les futurs aménagements. Mais le SRA ne se déplace pas systématiquement sur les sites, une mission impossible avec 2000 dossiers à traiter par an, estime Henri Marchesi : « Nous ne pouvons pas fouiller toutes les ruines médiévales. Nous faisons donc des choix. Les vestiges du site de Saint-Pierre-le-Clair témoignent d’un abandon récent du village, aux alentours du XVIe siècle. Une époque que nous connaissons bien. Quand par contre, nos connaissances sur l’époque sont insuffisantes, on y va. Et nous devons étudier également l’impact de recherches archéologiques sur un projet économique. Si la fouille coûte deux fois le prix de l’aménagement, nous trouvons des solutions techniques pour protéger le site et permettre la réalisation de l’aménagement. Nous ne pouvons pas transformer la France en un grand musée. » _ Le département de l’Aude détient aujourd’hui quinze parcs éoliens et prévoit d’en construire trente-six.

Virginie Mailles Viard

Crédits : ToulÉco

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